Plutôt deux fois qu'une [Adam]

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Plutôt deux fois qu'une | Feat Adam Jonson
Février 1690, dans les bois bordant Warwick's Bay.




    La neige roulée au creux de sa paume gantée n'attendait que d'être envoyée sur la cible que les grands yeux plissés visaient depuis quelques secondes à peine. Dissimulée derrière un buisson enneigé, sa chevelure blonde, tressée, couverte d'un chaperon blanc se fond parfaitement dans la douceur du paysage d'hiver ; de même que sa robe aux couleurs claires, à peine chaudes. Indétectable, elle guette cette silhouette foncée qui patauge dans la poudreuse depuis plusieurs minutes déjà, se préparant à envoyer son projectile à tout instant.

    Oh, elle l'a reconnu. Adam, son plus jeune serviteur, de deux ans à peine son aîné, que son père a repêché à leur arrivé quand le pauvre traînait dans la rue et cherchait travail et couvert. De la pitié, sans doute, du besoin, évidemment, mais de la charité non. Ce cher Hann Perkins ne fait pas vraiment dans l'altruisme, bien que ça ne soit pas un rustre non plus, il a suffisamment à faire avec ses affaires pour s'occuper de celles des autres. Puis, avec la mort d'un de leur servant durant le voyage, la présence active de l'ancien traîne-patin a grandement servi aux Perkins et a soulagé le cœur des autres serviteurs, sans doute. Depuis quatre ans que Caoimhe le voit tous les jours, elle serait presque capable de le reconnaître entre milles, avec cette sombre chevelure frisée et son air de lapin apeuré qui se méfie du moindre bruit dés qu'il sort d'un lieu familier. Sans doute est-il ici sous-ordre de son père, jamais elle n'aurait imaginé qu'il soit sorti de son propre chef. Alors, elle a décidé, en le voyant venir à travers les larges pins, de lui faire une petite frayeur. De quoi s'amuser un peu avant de rentrer ; elle n'opposera pas de résistance à l'idée de le suivre, et de toute façon le soleil commence à décliner. Il fera très sombre dans moins d'une heure, le temps suffisant pour retourner à Warwick Bay. Et pour une fois, elle est allée se promener en plein milieu de l'après-midi, sans dire où elle allait, comme à son habitude, saluant et ordonnant à ce cher Adam de prévenir son père quand il rentrerait.

    La voilà désormais cachée dans les fourrées enneigées, prête à faire feu, dés qu'il la dépassera suffisamment.

    Encore un peu...

    Et avec une énergie propre à son jeune âge, elle envoie la boule de neige pour qu'elle aille se fracasser... Au niveau des mollets. Un peu déçue, Cherry reste cependant cachée, reformant bien vite un nouveau projectile avec la neige à sa portée, attendant qu'il s'approche ou de le voir fuir en courant pour décider quoi faire.
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le 09.01.17 22:13
La situation d'Adam n'était pas la pire qu'il soit. Le rôle de serviteur était ingrat, mais cela permettait de dormir au chaud et de manger à satiété. Il savait ce qu'était la faim. Comme à chaque fois qu'il repensait en ces jours sombres, sa main droite le démangeait. Bref, la situation difficile qu'il avait vécue lui faisait grandement relativisé, et quelque fois même apprécié sa vie chez les Perkins. Mais là, il avait froid.
Quand il avait vu partir Caoimhe en direction de la forêt, il savait que ça ne sentait pas bon. Et son instinct ne l'avait pas trompé. Il ne tarda pas à se faire appeler par Mr Perkins.
« Allez me chercher ma fille Adam, elle est encore allée vaquer je ne sais où, je m'inquiète qu'elle ne rentre avant la nuit surtout par les temps qui courts. »

Adam dut donc sortir, par se froid à ne pas faire dormir un chien dehors, avec un vieux manteau miteux qu'on avait bien daigné lui passer. Il était donc en train de chercher des traces de pas dans la neige, en tremblant de tout son corps. Il ne put retenir de s'imaginer, en un instant aussi fugace que délectable, baffer violemment sa maitresse. Il ne désirait pas réellement le faire, mais en l'état actuel des choses, Caoimhe n'était clairement pas la personne qu'il appréciait le plus.

Il ne la détestait pas. Elle n'était pas méchante. Elle n'était même pas pénible la plupart du temps. Il voyait d'ailleurs aux airs hautains qu'elle se donnait une simple bulle de protection pour se faire passer plus forte qu'elle ne l'était réellement. Mais elle avait la fâcheuse tendance à faire comme elle le désirait, peu importe les autres,, et en ce moment il faisait parti des dommages collatéraux.

Il marchait, ruminant ses idées, quand il reçut une boule de neige à la hanche droite. Adam inspira profondément. Surtout, rester calme. Il se tourna dans la direction du projectile, et , sans chercher à avancer ni voir l’attaquant, il dit d'une voix posée, mêlant supplication et désabusement
« Miss Perkins, veuillez me suivre je vous pris, votre père vous attend. »
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le 09.01.17 23:48

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Plutôt deux fois qu'une | Feat Adam Jonson




    Une petite moue désabusée à l'entente des mots pointe sur ses lèvres ; ce que les gens peuvent être rabat-joie, parfois. Certes, il fait froid, et alors ? C'est l'hiver. C'est normal. Et puis, si celui-là n'est pas enjoué à l'idée de pouvoir profiter de la forêt de pins comme ça, tant pis pour lui. Il n'est pas esclave, il peut très bien partir, et sans doute s'aura été moins contraignant pour lui de travailler au port ou dans les bois. Oh, mais avons-nous oublié que ce charmant jeune homme fait une tête de six pieds de long à l'idée d'aller chercher sa maîtresse dans les bois ? Hm, il semblerait, oui, qu'il ne soit pas bon à grand-chose, de toute façon, et n'a donc aucune raison de quitter la demeure Perkins. Perdu, cher Jonson.
    Quelques secondes s'écoulent et, roulant toujours sa boule-de-neige désormais durcie par l'effort, la jeune bourgeoise se relève lentement, montrant enfin son éternel air peu jouasse et hautain sur son charmant minois. De quelques pas, elle dépasse le buisson enneigé pour rejoindre la route, ne prenant même pas la peine de baisser son chaperon pour saluer le serviteur venu à sa rencontre.

    Est-ce cette fameuse créature rôdant dans ces bois qui a dévoré votre sens de l'humour avant de me rejoindre ? Demande-t-elle d'un ton on ne peut plus désabusé, pince-sans-rire et railleuse, visiblement quelque peu mécontente de l'attitude de l'homme. Elle espérait un peu plus d'action, voyez-vous. Cela dit, plaisanter au sujet de ce "monstre" auquel elle ne croit que peu n'est pas de bon goût, et elle le sait. Mais que ne ferait-elle pas pour exaspérer un peu l'employé de maison venu la quérir, sans doute contre son gré ? Vous me décevez, Adam. Déclare-t-elle finalement alors qu'elle fini d'arriver à sa hauteur.

    Un lent battement de paupières, elle détourne son regard du plus âgé pour lorgner les grands arbres à leurs côtés, le chemin qui mène à Warwick Bay. Son père, son père... Il l'attend, mais pour quoi au final ? Souper ? Qu'il se passe bien de passer du temps avec elle pour autre chose que ceci ; toujours forcée d'être accompagnée d'un servant pour sortir au lieu de son père, elle a préféré continuer seule. Au moins, si les passants se posent des questions, peut-être jugeront-ils Hann Perkins responsable. Oh, sans doute Adam ne sait-il pas ce que c'est d'être attendu à la maison ? Sans doute ne le sait-il plus, en tout cas. Après une rapide réflexion, Caoimhe constate qu'elle ne sait que peu de chose au sujet de cet individu. Un vif coup d’œil à son égard et elle commence déjà à marcher dans la direction inverse de la venue du domestique, semblant connaître le chemin. Évidemment, à force de vadrouiller en forêt, son sens de l'orientation s'est grandement amélioré.

    Elle serre ses paumes.

    Et se retourne d'un coup pour lancer son projectile, profitant de la proximité pour viser le visage. Un léger rire s'en suit et un sourire illumine son visage, un sourire derrière lequel l'on peut lire quelques traces de mesquinerie, un peu de moquerie, mais beaucoup d'innocence propre à son jeune âge. Baissant enfin son chaperon pour correctement découvrir son visage, elle secoue un peu la tête en riant, toujours aussi légèrement et discrètement.

    Contemplant encore un peu sa bêtise, son intérêt est vite tourné vers le ciel alors que quelques flocons descendent doucement des épais nuages gris et blancs qui planent au dessus d'eux. Ce qu'elle peut aimer la neige.
    Nous ferrions mieux de nous dépêcher, Adam. Le ton employé est, étonnement, plus bienveillant que d'habitude, ne cherchant pas à le presser. Je n'allais pas tarder à retourner à la maison, de toute façon. Confirme-t-elle avant de se remettre en route, remontant son chaperon sur sa chevelure blonde.
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le 10.01.17 2:27
Plus qu'une boule de neige, c'était littéralement une boule de glace que Adam se serait pris en pleine face s'il n'avait pas eu l'heureux réflexe de la protéger avec son bras. Il allait d'ailleurs sans doute avoir un léger hématome à l'endroit où la boule avait touchée.
Il ne savait pas exactement à quoi Caoimhe jouait avec lui. Il se sentait telle un souriceau  prise dans les pattes d'une chatte, qui préférait le faire courir pour s'amuser que de l'achever. Serviteur ou pas, il n'allait pas se laisser mener par le bout du nez comme ça longtemps. Puisqu'elle lui était passé devant, Adam en profita pour faire un croche-pied. Une fois sa maitresse affalée par terre, il se contenta de dire, d'un ton parfaitement neutre renforçant la moquerie du geste :
« Je vous pris de vous dépêcher Madame, où vous risqueriez de vous faire dévorer votre humour par la créature rôdant dans ces bois. »
Adam, n'attendant pas qu'elle se relève, avançait désormais tranquillement, un large sourire sur son visage. Oh ça, il allait le payer. Mais dieu savait que cet instant avait valu le coup.
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le 10.01.17 20:20

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Plutôt deux fois qu'une | Feat Adam Jonson




    Alors ça, elle ne s'y attendait pas le moins du monde, et s'en rappellera plus que bien. Rancunière ? Assez, oui, et fort heureusement qu'il n'y a personne d'autre; ou elle lui aurait sans doutes fait manger plus que de la neige. Ce n'est même pas une humiliation, un juste retour des choses, simplement. Mais... Caoimhe ne va pas s'arrêter là. Elle se relève en vitesse, donnant de larges revers de main sur sa robe claire pour en déloger la neige. Une chance pour elle qu'elle a préalablement tressé ses cheveux ; avez-vous déjà essayé d'enlever de la neige d'une longue chevelure, ondulée qui plus est, avec des gants ? Un désastre. Emboîtant le pas du serviteur, elle lui adresse quelques mots.

    Vous auriez au moins pu avoir la courtoisie de me relever. Déclare-t-elle avant de marcher délibérément sur l'arrière de son soulier, juste assez pour le faire trébucher. Oh, aucune intention à le mettre par terre, en revanche si elle peut grappiller un peu de vengeance çà et là, cela lui convient aussi parfaitement.

    Oh, comme elle espère qu'il aime les cafards dans les draps.

    Reprenant sa route de la façon la plus innocente du monde, elle ne dépasse pas le domestique pour garder un œil sur lui, histoire de ne pas se reprendre les pieds dans le tapis, n'est-ce pas.
    Vous avez quand même eut bien de la chance de tomber sur une famille comme la mienne, Adam. En occultant le fait que vous soyez forcé de venir me quérir dans la forêt, soit, mais ça c'est bien parce que vous y mettez de la mauvaise volonté. Vous devriez apprécier le paysage, il est charmant. Dit-elle finalement, portant dans sa voix tout le sarcasme du monde.

    Son petit air supérieur est accentué par son port de tête, droit malgré l'instabilité du terrain. Cherry regarde droit devant elle, ne considérant même pas l'idée de lorgner du coin de l’œil le jeune homme à ses côtés. De toute façon, elle doit faire attention à la route, sans quoi elle risque de tomber de nouveau, sans l'aide de personne cette fois-ci.
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le 10.01.17 21:24
«  Oh rassurez-vous, j’ai conscience de cette chance. Et vous, miss Perkins, vous rendez-vous compte de la vôtre ? Croyez-moi, on estime jamais assez ce que l'on a réellement avant de le perdre.
Adam laissa un flottement d’une seconde avant de pousser un léger soufflement, exaspéré lui-même par ce qu’il venait de dire. Il reprit, parlant plus à sa propre personne qu’à la jeune fille à ces côtés
Mon dieu, écoutez-moi donc déblatérer des pseudo-philosophies tel un vieux grincheux dispensant ses sermons. On se croirait à la messe. Il refit une pause de deux trois secondes avant de reprendre. Blague à part, nous ferions réellement bien de nous dépêcher. Monstre ou non, il y a bien quelque chose qui rôde dans cette forêt et qui ne veut pas du bien aux habitants du coin.
Adam était persuadé qu’une créature mystique trainait dans les environs. Worwick Bay possédait son lot de chasseurs. Ces derniers étaient habitués aux ours, loups et autres prédateurs. S’ils ne s’étaient pas déjà chargés du problème, c’était certainement que ce n’était pas l’une de ces bêtes. Certaines rumeurs faisaient l’hypothèse d’un tueur humain. Ça ne faisait aucun sens. De ce qu’on avait rapporté au jeune homme, les cadavres état bien trop mutilés, voire dévorés. Aucun homme n’aurait la force de faire ça. Enfin, il restait la sorcellerie bien sûr, Adam se doutait bien qu’il n’était pas le seul à défier l’inquisition ici. Il n’était pas aux faits des limites de pouvoir que pouvait détenir un utilisateur des forces occultes. D’ailleurs l’hypothèse d’un sorcier n’était pas incompatible avec celle d’un monstre. Il avait vu des rituels d’invocations dans son grimoire, peut-être un sorcier avait invoqué la créature et la contrôlait. Où ne la contrôlait pas d’ailleurs…
Comme à chaque fois qu’il s’inquiétait d’une situation Adam réfléchissait. Trop. Perdu dans ses pensée, il buta plusieurs fois lors du trajet de retour, ne faisant plus attention que partiellement à son environnement.
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le 11.01.17 20:52

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Plutôt deux fois qu'une | Feat Adam Jonson




    Qu'est-ce que...

    Caoimhe toise quelque peu Adam avec un air clairement circonspect. Qu'est-ce que c'était que ce genre moralisateur qu'il s'est soudainement donné ? Le visage de la bourgeoise s'assombrit alors qu'elle le darde désormais du regard, quelques instants à peine, suffisamment pour qu'il ressente la pression qu'elle met sur ses épaules, puis tourne la tête, se concentre de nouveau sur le chemin. Qui est-il pour lui tenir de tels propos ? Un domestique, rien de plus, et qu'il se garde bien de recommencer. Elle fait mine de l'ignorer quand il se rend lui-même compte de son attitude. Et la suite lui donne la chair de poule ; non pas par frayeur, mais par colère.
    De quel droit vous permettez-vous de tenir de tels propos à mon égard ? Toujours sans le regarder ; ses pas sont décidés, lourds sur la neige poudreuse. Elle a accéléré, adoptant une allure manifestant son mécontentement. Ce n'est pas parce que je suis "jeune" que je ne me rend compte de rien. Alors vos propos "pseudo-philosophiques de vieux grincheux dispensant ses sermons", vous allez pouvoir les garder pour quelqu'un d'autre de plus idiot.

    Oh, oui, qu'elle est vexée. D'un autre côté, il n'est pas chose ardue de la mettre dans de tels états ; puis, en toute honnêteté, s'aurait été quelqu'un d'autre que son domestique, elle aurait juste silencieusement soufflé du nez et l'aurait maudit six fois de suite dans sa tête. Quelque chose somme toute plus classique.

    Et ces histoires de monstres... Elle pousse un soupir exaspéré. Vous croyez vraiment n'importe quoi. Dés qu'une chèvre est retrouvée dévorée, l'on crie au monstre ici. Il y a de nombreux animaux sauvages dans cette forêt, et l'activité des hommes ne fait qu'accroître depuis leur arrivée sur ces terres ; les chasses se sont multipliées, forcément que les animaux commencent à se montrer plus agressifs ! Et les vieux fous qui font mine d'avoir vu une bête à cornes... Sottises, ils restent de vieux fous. Et...

    Elle glisse un regard en arrière. Serait-il en train de l'ignorer ?

    Il est décidé à accumuler les fautes, visiblement.
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le 12.01.17 17:44
Le jour s'assombrissait au fur et à mesure qu'ils se rapprochaient de la ville, mais ils ne devraient pas avoir de problèmes à revenir avant le début de la nuit. La neige se remit soudainement à tomber, faisant trembler Adam comme par un vieux réflexe. Il aimait bien la neige. Avant. Avant de devenir serviteur et de devoir aller se chercher une gamine paumé dans les bois. La nuit allait être froide (et à ce moment-là il savait très bien de quoi il parlait en parlant de froid). Rien que de penser aux moments où il allait devoir allez chercher les bûches pour le feu en plein milieu de la nuit... Adam se rendit soudainement compte que l'espèce de bourdonnement qu'il entendait dans son oreille était en réalité une Caoihme, passablement énervé, racontant il ne savait quoi :
« Vous m'avez adressez la parole, miss Perkins ? lui demanda-t-il sincèrement, avec ce ton propre aux personnes qui sortent de leurs songes. »
Pas que cela l'importait vraiment, sans doute déblatérait-elle quelques insanités ayant pour but de se moquer de lui. Mais bon, peut-être avait-il loupé une information essentielle. Il fallait espérer qu'il lui arrivait d'ouvrir la bouche pour autre chose que de montrer qu'elle avait un fort caractère.
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le 12.01.17 19:17

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Plutôt deux fois qu'une | Feat Adam Jonson




    Un instant.

    Juste un instant.

    Elle s'arrête de marcher. Dévisage Adam d'un air plutôt peu commode, semblant le fusiller du regard.
    Et Dieu sait, ô Dieu seul sait, que si elle pouvait tirer avec ses yeux, Adam serait réduit en miettes à l'heure qu'il est.

    Sa petite gorge, couverte d'un collier serré à peine visible sous son chaperon, se contracte pour déglutir. Elle ravale sa colère. Une grosse boule de colère qui a du mal à passé ; elle pourrait s'étouffer avec tant elle est gorgée d'indignation.
    Adam Jonson. Elle commence avec un ton parfaitement calme, reprenant déjà sa marche d'un pas lent. Vous n'êtes qu'un pathétique mufle sans aucune éducation ni aucun respect. Vous devriez avoir honte de vous et demander à être renvoyé sur-le-champs de la maison de mon père et vous exiler loin dans les montagnes tant votre existence est un outrage à ceux qui la subissent.

    Son pas s'est accéléré. Fort heureusement pour Adam que Caoimhe n'est autre qu'une petite bourgeoise à l'ego irritable mais dont la parole n'a aucune autre incidence sur le monde que celle de bousiller les esgourdes de ceux qui l'écoutent. Lorsqu'on en a l'habitude, c'est sûr que l'on ne prend plus au sérieux ce genre de réflexions désobligeantes de sa part ; elle attend de son domestique, par ailleurs, de ne pas lui tenir rigueur de ce genre de comportement, comme elle ne lui tiendra pas - longtemps - rigueur du sien. Une petite guerre d'enfants, des chamailleries qui n'ont jamais retourné la maison ni fait brûlé des champs entiers. À voir où ce petit jeu les mènera, mais en attendant Caoimhe profite - et profitera - de sa place pour l'aider à garder le dessus sur la situation.

    Si elle ne peut pas remettre un domestique à peine plus vieux qu'elle à sa place, que va donc-t-elle pouvoir bien faire ?

    En effet, la neige commence à tomber de nouveau, à couvrir sérieusement les traces de pas que les deux jeunes font dans la poudreuse, signe que le temps passe et que les températures chutent, annonçant, en plus de l'environnement qui s'assombrit, la fin de la journée. Ils ne devraient pas tarder à atteindre le village, dix minutes de marche sans doute - huit si l'on compte l'allure vexée de la jeune bourgeoise.
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le 13.01.17 18:23

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Le marteau des sorcières
Intervention MJ

La neige tombe, impose sa pâleur sur le territoire. Accompagnée de la nuit, sa grande amie, elle enveloppe nos deux protagonistes d'un manteau de froideur qui les étreignent avec douceur comme les bras d'une mère. Comme si elle avait entendu les paroles du jeune homme, la nuit avait exaucé son souhait. La créature avait-il dit ? Dans un craquement qui résonne dans la clairière, la bête elle là, cachée dans l'ombre d'un fourré. Elle les observe depuis quelques instants déjà, hume leur parfum, écoute le son de leur voix. Surtout la douce enfant a la blonde chevelure... Sa faim est énorme, impossible à calmer et alors que la jeune femme glisse des mots à son comparse, trahissant son agacement, un grognement retentit. La bête se glisse dans la pénombre, pourtant malgré sa rapidité, les deux compères peuvent l’apercevoir durant un instant. Un instant de trop avant de réaliser le danger qui les guette. Odieuse monstruosité, ni homme ni bête... Sa peau est recouverte d'un manteau de ténèbres, ses yeux, deux gouffres sombres et dénués d'âmes, les fixe à travers la végétation morte de l'hiver alors que ses cornes, immenses et tordus, dépassent de la frêle végétation. Volontaire, elle fait sentir la présence car s'il y a bien une chose qu'elle aime plus que le goût de leur chair, c'est celle de leur peur. Vous la sentez à présent ? Cette angoisse qui serpente dans vos veines comme une gangrène purulente, qui vous empêche de réfléchir convenablement ? Le silence qui s'est abattu sur la sinistre clairière est si lourd qu'il vous permet d'entendre vos propres battements de cœur. Il est temps de courir à présent car si vous n'êtes pas sot, il se pourrait bien que vous ayez une chance de survit. Courrez, fuyez, car la bête déjà, vous a prit en chasse !
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le 16.01.17 19:33
Le cœur d’Adam manqua un battement quand il entraperçu la bête. Ce manquement fut vite rattrapé, car la seconde suivante, son rythme cardiaque s’était emballé. De peur bien sûr. Toutefois, pas seulement. Adam ne pouvait s’empêcher de ressentir  une fascination pour ce qu’il venait de voir. Ce corps puissant, cette aura, ces yeux, ces cornes… Bien sûr sa curiosité restait noyée dans un raz-de-marée de terreur. Et ça tombait bien que la peur l’emporte car en l‘instant il était clairement préférable de penser à fuir que de faire une étude zoologique.

Enfin ce n’était pas une si bonne nouvelle que ça. Si l’adrénaline le faisait réfléchir plus vite que jamais, ses jambes, elles, étaient plus statiques que celles d’une statue de bronze. Puisqu’il n’était bon qu’à ça, autant réfléchir aux possibilités de sauver sa peau. Enfin leurs peaux. Ce n’était pas une bête sauvage, elle ne se comportait pas comme telle. Pas de territoire à protéger, il n’était même pas sûr qu’elle ait vraiment faim. Elle voulait tuer. Mais elle voulait s’amuser aussi, il était persuadé qu’elle s’était annoncé. Elle désirait se faire voir, terroriser sa proie. Mission réussie pour le coup ! Bon les options étaient minces, il n’allait pas s’engager dans un combat avec son ridicule couteau à moitié émoussé, contre une créature faisant plus d’une fois et demi sa taille. Il fallait fuir et prier pour atteindre le village avant de se faire rattraper.

Deux options s’offraient pour rejoindre la ville, le sentier, où la forêt. La forêt allait les ralentir mais la créature aussi. Au contraire, ils courraient à leur aise sur le sentier, mais Adam aurait parié à 10 000 contre 1 que la créature était beaucoup, mais alors, beaucoup plus rapide qu’eux. Et vu leur avance minime, ils n’allaient jamais avoir le temps d’atteindre les premières maisons à quelques minutes de marche.

Ce débat intérieur intense dura moins de deux secondes, pendant lesquelles Caoimhe était également restée statique. Les membres du jeune homme décidant enfin de répondre, il ne fit en aucunes manières des délicatesses en tirant violemment par le bras sa maitresse, l’entrainant entre les arbres et en priant la divinité qui voulait bien l’entendre pour que le monstre soit plus gêné par les arbres qu’eux.
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le 16.01.17 21:18

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Plutôt deux fois qu'une | Feat Adam Jonson




    Elle aussi, elle l'a entendue. Avant même de le remarquer, de le voir. Elle l'a entendue.

    Les oiseaux ne chantent plus. Le silence les englobe, les enserre entre ses murs épais, les rend sourds. Même ses pas dans la neige ne semblent pas faire le moindre son. Rien. Tout est calme ; si calme, trop calme. Sa gorge se serre. Ce n'est pas normal.
    Sans doute était-elle trop vexée pour le voir. Sans doute était-elle trop centrée sur elle-même, pas assez attentive à son environnement pour le prédire. Elle aurait pu le prédire. Le remarquer avant que ça ne soit trop tard.
    Elle tourne la tête vers Adam, entrouvre la bouche pour lui dire quelques mots, quelque chose comme "ce n'est pas normal". Parce que non. Ce n'est pas normal.
    Un frisson la parcourt. C'est du coin de l’œil qu'elle aperçoit quelque chose se mouvoir, une ombre démoniaque dans la pénombre. Quelque chose qui ne peut pas être vu et qui, pourtant, se laisser deviner. Quelque chose d'énigmatique, qui joue. Quelque chose de joueur, qui a envie de perdre son temps, de s'occuper. Oh, presque la demoiselle pourrait-elle sentir ce souffle mordant, dévastateur, sur la peau fine de son visage. Ses yeux sont écarquillés, son teint blême. Adam aussi l'a vu. Et c'est peut-être le plus effrayant à ce moment-là. Elle n'ose pas quitter des yeux le servant ; et pourtant, elle ne le regarde pas. Son attention est portée sur autre-chose, son chaperon l'empêche de voir correctement derrière elle. Elle a l'impression d'entendre ses pas dans la poudreuse, d'entendre son souffle dans l'air, d'entendre sa fourrure frotter contre les pins. Là. Statique. Elle reste. Elle attend.

    Oh, oui, elle a peur. Mais étrangement, ce n'est pas une peur habituelle. Pas celle où l'on grelotte tant on est effrayé. C'est celle qui vous donne de l'adrénaline, l'envie de vous jeter dans le vide pour atterrir dans une étendue d'eau à peine profonde. Celle qui vous fait frissonner de délice et en même temps qu'on ne souhaite jamais ressentir. Cette adrénaline qui pulse dans le sillon que tracent nos veines sous notre peau.
    Oh, et quelle peau claire qui laisse voir ces fameuses veines que celle de Caoimhe. Si ses bras étaient découverts, elle aurait pu les regarder et sans doute voir son cœur pulser à travers elles.
    Mais ce n'était pas le moment. Ses jambes semblent être coincées dans la neige, prises dans un étau de glace qui se resserre sur elles. Elle songe. Vite. Très vite.
    La forêt ou la ville ?

    La forêt, c'est le terrain de jeux de cette créature.
    Mais c'est son terrain de jeux à elle aussi.

    Voyons voir qui est la plus joueuse de nous deux.

    Si Adam n'avait pas pris la décision à sa place, Caoimhe aurait été celle à attraper son poignet pour le tirer de sa torpeur. Sans attendre, elle se met à courir, à son tour, à en perdre haleine. Mieux vaut ne pas rester là. Pas à découvert. Pas au milieu du chemin.
    La pénombre les entoure, petit à petit, rogne la forêt, gagne du terrain sur leurs pas, laisse les ténèbres prendre place comme convenu, chaque soir, depuis des siècles.
    Et la neige leur fouette le visage, impitoyable, elle se range du côté de la nature, du côté de la bête, alors que les deux jeunes proies slaloment entre les arbres. Ils sont ralentis par la poudreuse, la végétation morte leur barre la route ; et malgré sa robe, Caoimhe a une habilité sans précédent. Elle a l'habitude de fuir. Elle a l'habitude de courir dans cette forêt, elle connaît le terrain. Et si la créature est grandement avantagée par le don que lui a fait la nature, la jeune bourgeoise saura la mettre en défauts.

    Elle oriente son domestique d'un coup d'épaule, s'enfonçant plus encore dans la forêt, semblant connaître le chemin malgré la pénombre qui s'est désormais bien installée. Là-bas, elle le sait, est un chemin peu conventionnel et peu utilisé qui ramènerait près du port. Certes, la civilisation est encore bien loin d'eux, et plus ils courent, plus ils s'en éloignent, mais si ses souvenirs sont bons, et si elle ne s'est pas trompée, un arbre couché peut leur servir d'abri. Son chaperon est tombé sur ses épaules, dégageant la vue. Elle court tant qu'elle le peut, manquant parfois de trébucher à cause de la poudreuse encore épaisse qui lui monte presque jusqu'aux genoux. Hors d'haleine, les joues rouges à cause du froid, elle ne sent plus ni son visage, ni le bout de ses membres. À leur gauche, elle peut déjà l'apercevoir. Ce grand tronc couché ; elle le savait. Ses branches mortes dépassent, comme les piques d'une palissade de guerre, bloquant le passage, empêchant quiconque le souhaite d'approcher ou de le dépasser. Ils pourraient creuser sous la neige, mais ce n'est pas ça qui l'intéresse. Ce sont les racines, pouvant potentiellement offrir de bouclier naturel.

    Alors, encore une fois, elle oriente Adam vers elles.

    Mais la créature est à leurs trousses.
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le 17.01.17 1:57

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Le marteau des sorcières
Intervention MJ

L'odeur de la femelle lui ouvre l'appétit, aiguise ses sens et enflamme son échine.
La Bête file à toute allure à travers les fourrés, les observe entre deux branches alors que son grognement guttural résonne dans la clairière. Entre elle et ses proies, pas le moindre bruit, leurs battements cœurs plus rapides et fort ne font qu’accroître son excitation pour la chasse. Elle s'enflammerait presque de ce jeu alors que leur pas crissant dans la neige trahit leur affolement. Mais c'est toujours l'odeur délicate de la femelle qui l'interpelle. À chaque pas, chaque goulée d'elle qu'elle expire, chaque fois que sa poitrine se gonfle sous son corsage... Elle grogne. Elle se sent déchirée en deux... partagé entre la faim et le besoin de la soumettre, de se l'approprier jusque dans la chair. Mais il y a une ombre au tableau... cet homme aux yeux aussi sombre que la nuit. Lui, celui dont la sombre énergie serpente dans son corps comme un venin. Un danger ? Oui, potentiellement... Mais la sinistre créature sait qu'elle n'en fera qu'une bouchée. Alors qu'il court ! Elle aussi, qu'elle court donc ! C'est jeu, un merveilleux jeu dont elle se repaît comme un nouveau né de sa première bouffer d'air. Les ombres sont son allié, la nuit son amante... La Bête gratte le sol puis pousse grognement puissant qui fait s'envoler le peu d'oiseaux qu'il restait dans les environs. L'écho de ce cri inhumain peut les glacer jusqu'au sang, les guides dans les méandres de la peur. Elle est affreuse cette créature, bien au-delà de leur imagination, bien au-delà de ce qu'ils croient avoir vu ou plutôt entrevu. Elle court, à quelques mètres d'eux, piétine les buissons sans feuilles, se glissent entre les arbres avec une vitesse qui défie l'entendement. Pour eux, il n'y aura aucune échappatoire en dehors de la mort. Mais il faut faire vite car la colonie n'est plus très loin et le canon des fusils de la milice aura vite fait de se glisser entre la chose et son repas...
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le 18.01.17 21:23
S’ils n’agissaient pas très vite, leur mort était inéluctable. Adam grimpa aussi vite que possible par-dessus le tronc, il était trop tard pour s’y cacher, la bête aurait facilement pu les débusquer. Il était suivit de très près par Caoimhe, qui n’eut aucun mal à grimper seule, étant aussi si ce n’est plus agile que lui. Ils se mirent de nouveau à courir, Adam se laissant guider par la jeune fille.

« J’espère que tu sais où tu vas Caoimhe, se contenta de dire Adam entre deux souffles »

Il fallait agir mais pour faire quoi ? Adam réfléchissait à toute vitesse, il fallait qu’il trouve un moyen d’utiliser ses connaissances ésotériques pour les sortir de là. Et tant pis si Caoimhe découvrait ses pouvoirs, il valait mieux être fiché et vivant que discret et mort.

L’avantage de la magie pratiqué par les Seriak était qu’elle était très simple. La base de tout nécessitait seulement trois choses : Un sentiment, très fort dans la mesure du possible, un don magique inné, ce qu’avait eu l’inconcevable chance d’obtenir Adam, et enfin une cible. C’était tout. On pouvait alors se demander à quoi cela servait d’avoir un grimoire, avec pléthore d’incantations allant, d’environs 5 secondes à plusieurs dizaines d’heures, des rituels, des sceaux… Et bien à trois choses également.

La première était une focalisation sur la cible. La personne visée n’était pas toujours une créature titanesque qui vous suivait de si près que vous pouviez presque sentir son souffle dans votre cou. Plus la cible était distante, d’un point de vue physique ou émotionnel, plus il était difficile de se concentrer sur cette dernière, et les rituels étaient là pour compenser cela.

Le deuxième point était la canalisation de la magie. Les incantations principalement, étaient là pour catalyser la magie du sorcier et décupler la puissance du pouvoir employé. Même la plus talentueuse des membres de la famille Seriak n’aurait pas fait long feu face à un sorcier de bas étage sans employer la moindre incantation.

Donc, ciblé et canaliser, mais il restait une utilité aux savoirs du grimoire. Et c’était peut-être la plus importante de toute. Chaque sort lancé s’accompagne d’un prix. Un prix, généralement assez lourd, et proportionnel à l’impact qu’allait avoir le sort employé. C’était quelque chose d’inévitable, ou en tous cas cela semblait l’être. Si on ne pouvait rien faire pour se prémunir du retour de bâton, les connaissances accumulées dans le grimoire étaient là pour faire en sorte de se le prendre dans les moments les moins défavorables. On ne peut pas arrêter le cours d’un torrent mais on peut essayer de dévier sa course.  

C’était ce dernier principe qu’Adam n’allait pas suivre. Les rituels pour arranger le choc du retour étaient complexes et nécessitaient du temps et des connaissances, deux choses qu’il n’avait pas à l’heure actuelle. Il espérait juste que les aléas allaient lui être favorable et que le choc de retour n’allait pas être trop violent. Après tout le sort qu’il allait employer n’était pas censé être très puissant. Le jeune homme n’avait aucunement la prétention de pouvoir blesser la bête. Seulement il savait qu’ils étaient près du village et espérait gagner du temps.

Adam se concentra, ce qui n’était pas facile puisqu’il fallait constamment éviter racines et buissons lors de sa course. Il commença à incanter à voix basse, focalisant ses pensées sur la courte formule qu’il avait mémorisée et sur le monstre qui allait être sa cible. À la dernière syllabe de son incantation, Adam se retourna subitement pour faire face à la bête et être sûr de visualiser sa cible. Il ferma les yeux au moment où, à quelques centimètres de la créature qui fonçait droit sur eux et était plus proche que jamais, un violant flash lumineux accompagné d’un "bang" sonore se produisit. Sans attendre de voir les résultats sur la créature, il se retourna et continua sa course, pris toutefois d’un léger vertige et d’une fatigue imputable à la diminution de ses ressources magiques.

Il avait utilisé ce sort pour deux raisons. Premièrement aveugler la bête et ainsi l’immobiliser quelques secondes. Et Deuxièmement, se sachant près du village, il espérait attirer l’attention grâce au bruit et faire venir des renforts.
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le 20.01.17 21:20

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    Cette immense masse informe, Caoimhe la voit du coin de l’œil. Immonde créature soufflant comme un cheval en plein travail sous un soleil d'Août, labourant similairement le sol, retournant terre et poudreuse sur son passage, elle en profite pour effacer les traces de pas des deux souriceaux fugitifs, de leur simple passage dans la forêt.

    Ils courent, tentent d'échapper à l'horreur qui les poursuit. Le gigantesque tronc leur barre la route, mais leur vie est entre les mains des Moires, elles semblent s'apprêter à couper le fil à tout instant, dés que la créature aura posé une de ses pattes griffues sur eux, pauvres mortels insignifiants, proies en fuite, écrasées sous le poids de l'immensité de la mort. Alors courir est donc tout ce qu'il leur reste ? La seule solution, la seule échappatoire, alternative ?

    Le domestique ne semble pas de cet avis.
    Et quand il s'arrête, la bourgeoise manque de trébucher de stupeur. Elle se retourne, le regarde. Vois la bête arriver droit sur lui.
    ADAM !
    Elle hurle, les lèvres et la mâchoire ankylosées par le froid, les joues gelées, les larmes plein les yeux. Pas de peine, ni de peur, mais bien d'excitation. Cette fuite est démentielle, incroyablement effrayante, comme une seringue d'adrénaline plantée en plein dans la jugulaire, qui fait monter toute la sueur au front et fait couler les larmes.
    Ses paupières s'ouvrent, sa pupille se rétracte.

    Encore plus quand le flash lumineux est apparu.
    Elle comprend immédiatement lorsque la course doit reprendre et ses jambes répondent aussitôt. Pas besoin de poser de questions, pas besoin d'en parler. Elle n'a même pas le temps d'y penser.

    La bête ne semble plus si proche d'eux ; plus suffisamment, en tout cas, pour les empêcher d'atteindre le village. Les arbres se font plus rares, l'on voit déjà quelques maisons se dessiner, avec leurs lampes pendues à leurs balcons qui brillent dans la pénombre. À droite, il y a le port. Il est encore loin, mais l'on le devine plutôt bien. La cloche, annonçant l'arrivée d'un bateau marchant, retentit dans le silence désormais nouveau et plus léger de la forêt. Plus rien. La bête a disparu. Et le son du battant se cognant violemment contre les parois d'airain en est soudainement rassurant. Caoimhe a la sensation d'une tonne de bronze dans son estomac. Elle ralentit finalement quand les arbres disparaissent totalement devant eux. Et souffle. Passe une main sur son visage. Tremble.

    Elle est tremblante. Et ignore totalement pourquoi. Pourquoi. Qu'est-ce que c'était que ça ? La bête, ce sentiment, tout... Caoimhe retient un sanglot, relève la tête, comme voulant se montrer digne et fière, ne pas se laisser gagner par les émotions. Son corps est empêtré dans ses soubresauts. Ses jambes sont désormais pesantes.
    Elle darde soudainement Adam à ses côtés.
    Pas un mot à mon père. Vous n'avez rien vu. Rien entendu. Et rien fait. Elle semble insister sur le dernier point.
    Puis elle ne l'attend pas.
    Ne reprends pas plus son souffle, ne cherche pas à cacher les violences de la course encore visibles sur son visage. Ils ont couru pour rattraper la nuit.

    Et ça ne sera rien de plus.
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le 25.01.17 0:25
Adam n’entendait plus grand-chose tant le bruit de son cœur battant dans sa poitrine était fort. Ils s’en étaient sortis ! Ils avaient échappé à la créature. Les premiers à survivre à cette rencontre. Adam tremblait. C’était à la fois le signe que son excitation et sa peur redescendaient, mais aussi celui qu’il reprenait conscience qu’il faisait froid. C’est fou comme ces considérations de chaud ou froid sont au second plan quand on est sur le point de mourir de manière aussi violente que douloureuse. Jamais il n’avait frôlé la mort d’aussi prêt. Et il espérait bien ne jamais la frôler de nouveau. Pourtant, maintenant qu’il n’était plus en danger, la sensation qui en ressortait était l’une des plus agréables qu’il n’eût jamais sentis.

Toutes les questions sur son excitation et sur la bête devaient attendre, la seconde partie de son plan avait marché et des gens commençaient à affluer pour voir ce qu’était le bruit. Il était grand temps de partir pour éviter les questions indiscrètes. Adam reprit donc le chemin de la maison Perkins, prenant du mieux qu’il le puisse l’air innocent d’une personne revenant d’une tâche toute aussi innocente.

Il ne mit pas longtemps à atteindre la demeure, où il rentra par la porte de service, à l’arrière. Caoimhe était arrivé avant lui, rien d’étonnant là-dedans, et avait dû se faire surprendre par son père puisqu’ils étaient en pleine discussion. En cet instant, Adam priait pour ne pas être interrogé par Mr Perkins. « Pas un mot à mon père. Vous n'avez rien vu. Rien entendu. Et rien fait. » Adam repensa à cet ordre. La dernière phrase était claire, Caoimhe avait compris qu’il avait utilisé des dons qu’il n’était pas censé avoir. Il se doutait bien, au moment de l’acte, qu’elle le comprendrait, sa maitresse avait énormément de défauts mais l’idiotie n’en faisait pas parti. La bonne nouvelle était qu’elle ne voulait pas qu’il en parlât, et par conséquent cela voulait dire qu’elle n’allait pas en parler non plus. Et en cet instant, le silence de Caoimhe était la seule chose qui le séparait du bûché.

Une autre partie de cet ordre, en revanche, le dérangeait beaucoup plus. « Vous n'avez rien vu. ». Cela faisait un moment que la rumeur d’une terrible bête rodant dans les bois trainait. On avait retrouvé des cadavres mutilés dans la forêt, et aucune bête connue à ce jour ne massacrait les corps comme cette dernière le faisait. Seulement il avait pu voir la bête de ses propres yeux, et cette créature n’avait rien à faire dans une forêt. Ni où que ce soit hormis le septième cercle des enfers. Or elle était bien plus près du village qu’il ne se serait douté. La plupart des cadavres avait été trouvé dans, ou proche de la forêt profonde. Mais Caoimhe et Adam était presque à la lisière quand le monstre les avait attaqués. S’il continuait de s’approcher, il finirait par frapper directement dans Warwick Bay. Et il fallait que la population soit prête à ce moment-là. Il allait donc avoir une conversation avec Miss Perkins, car il n’était pas question de laisser Warwick Bay dans l’ignorance.

Une fois son travail terminé et peu de temps après que les personnes de la maisonnée fussent rentrées dans leurs chambres respectives, Adam alla frapper à la porte de Caoimhe.

« Miss Perkins, je suis navré d’outrepasser mes droits de la sorte, mais il est nécessaire que nous ayons une discussion, dit-il d’une voix basse après avoir toqué sur la porte en bois »
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le 27.01.17 13:55

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    À l'évidence, cette aventure, histoire, expérience, peu importe la façon qu'elle a d'être nommée, a brusquement bouleversé les deux plus jeunes de la maison Perkins. Caoimhe, malgré ses tremblements qu'elle parvient à dissimuler avec brio, a le pas ferme, assuré, comme si rien ne s'était passé. Son souffle pourtant court trahit la course à la vie qu'ils viennent de faire. Dans ses tempes, elle a la sensation qu'une armée s'apprête à sortir de son crâne tant les battements de son cœur pulsent furieusement jusque dans sa tête, le long de sa mâchoire, dans les artères de son cou, dans sa poitrine, jusque dans son ventre noué et lourd. Son corsage l'étouffe, et plus le temps passe, plus elle ressent le poids de ses habits sur son corps. Çà et là, quelques déchirures dans le tissu qui couvre ses épaules, ses bras. Elle ne fait pas - plus - attention à Adam. Pas par méchanceté ou égoïsme : elle ne peut simplement pas y faire attention. Il connaît le chemin de la maison ; elle, commence à réfléchir à tous les possibles histoires et autres mensonges qu'elle pourra offrir à son père au sujet de son état. Et, malheureusement, elle ne voit pas d'autres solutions que lui dire la vérité.

    Mais c'est tout là l'avantage d'être une bonne menteuse.

    Elle enlève son capuchon en entrant ; dans le salon se tiennent debout deux hommes, visiblement sur le point de partir, et son père. Elle les salue, comme si de rien n'était. Hann n'ose pas poser de questions devant d'autres hommes d'affaires, Dieu merci. Il s'en arrangera sans doute à table. Alors, elle est montée prendre le bain qu'Elizabeth a fait chauffer, mais qui, avec son retard, a tiédit. Tous ses membres de son corps sont si froids, elle gèle à chaque extrémité, alors la température lui convient amplement ; elle se serait peut-être même plaint si l'eau avait été trop chaude à son arrivée.

    À table, la discussion fut courte, bien qu'houleuse autour du repas, où elle a lancé sur le tapis qu'Adam a du aller la chercher dans la forêt, puisque, distraite par elle ne se souvient plus quoi, elle y a passé une bonne partie de l'après-midi, dans l'intention de rentrer avant la nuit à la maison, évidemment. Pour défendre son histoire, elle a ajouté que son serviteur et elle ont joué dans la neige un moment, et lui-même sait à quel point le temps passe vite lorsque l'on s'amuse. Ils ont couru pour rattraper la nuit et ont pris peur d'un coup de feu, sans doute de la part d'un chasseur. Oh, Hann l'a sermonnée, l'a consignée même, lui interdisant désormais de sortir sans personne pour l'accompagner. Elle est une femme, comprenez-vous, plus une enfant, et elle n'aura pas la possibilité d'aller jouer dans la neige quand bon lui semble lorsqu'elle aura mari et progéniture dont il faudra prendre soin. Caoimhe a rongé son frein, puis s'est levée de table quand la permission lui a été octroyée. Sans perdre de temps, ni même saluer qui que ce soit dans la maison, elle est allé s'enfermer dans sa chambre ; songeant, ruminant. Elle a été frappée d'un doute : est-elle réellement en vie ? Tout ne s'est pas arrêté au moment de la grande explosion lumineuse ? Ne serait-elle pas dans le Purgatoire, attendant d'être jugée ? Tout autour d'elle lui semble... Si irréel. Elle en vient à songer à sa conduite. Et si le Paradis lui était interdit à cause de son comportement ? Et si... Elle n'était simplement pas que dans un rêve ? Ou un cauchemar, pire.
    Décidée à envoyer ces songes dans les Limbes et à s'assurer que tout cela est réel, elle se lève de son lit, se tient droite devant la coiffeuse et son immense miroir. Un souffle, elle saisit la paire de ciseaux bien rangée avec les autres outils de coiffure, lève son poignet, regarde ses veines grouiller sous sa peau. Là-dedans, toute cette affluence sanguine...

    L'on toque à la porte. À ce moment précis, elle réalise ce qu'elle s’apparaîtrait à faire, repose immédiatement l'outil - ou plutôt le fait tomber sur le meuble - qui fait un vacarme aussi court qu'assourdissant, couvrant la voix du servant derrière la porte en bois. C'est Adam. Elle n'arrive pas à se décider si elle est agacée de l'entendre si tôt, ou soulagée que ça ne soit pas son père. En quelques pas, elle rejoint la porte, l'ouvre dans un grincement assez significatif, toise l'homme dans l'embrasure. Sans mot dire - bien que soupirant -, elle s'écarte du chemin, ouvrant un peu plus l'accès à son domestique, l'invitant à rentrer. Une fois fait, elle ferme la porte et retourne s'asseoir sur son lit, les genoux repliés contre sa poitrine, cachés sous sa longue robe de chambre.
    J'étais sur le point d'aller dormir. Ment-elle avec un air clairement peu commode. Quel genre de discussion voulez-vous que nous aillons ? Tout avait l'air pourtant clair, je me trompe ? Sa voix est plus grave que d'habitude, son air plus renfrogné, mais surtout... Plus apeuré.
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le 28.01.17 22:34
Adam n’était pas dupe quant au fait que le ton autoritaire que Caoimhe employait n’était qu’un déguisement pour cacher son sentiment d’insécurité. Il observa la jeune fille inquiète sur son lit et ne put s’empêcher de se demander s’il la perçait ainsi à jour parce qu’elle était mauvaise pour cacher ses sentiments, ou si le fait d’avoir passé 4ans à son service faisait qu’il la connaissait bien mieux qu’il ne se l’imaginait. Un peu des deux sans doute. Enfin, il y avait mieux à faire qu’observer sa jeune maitresse sur son lit, il était déjà assez étrange comme cela que le jeune homme pénètre ainsi la chambre de la demoiselle. Il ne valait mieux ne pas tarder en ces lieux qui, qui plus est, le mettaient mal à l’aise.
« Tout avait l'air pourtant clair, je me trompe ? » Adam repensa à la phrase. Tout était clair, en effet et c’était bien le problème
« Miss perkins, je ne peux me permettre d’obéir à vos ordre, dit soudainement Adam, après quelques secondes de silence.
Il avait prononcé ces mots à voix basse pour éviter de réveiller les habitants de cette maison, mais son ton se voulait ferme et sans équivoque.
Vous m’avez donné l’ordre de ne rien dire sur ce qui est arrivé dans les bois, mais nous ne pouvons faire cela. Vous vous riiez des gens qui accusaient les actes d’un monstre mais nous sommes désormais tous deux témoins que cette créature existe réellement. Nous ne pouvons pas nous contenter de nous taire. D’autant plus que les cadavres trouvé jusqu’à présent se trouvait assez profondément dans la forêt, mais nous avons été attaqué à son orée !
Emporté par ses paroles, Adam avait commencé à élever la voix et, s’en rendant soudainement compte, il continua en baissant d’un ton.
On doit prévenir la ville que,  non seulement il y a bien une bête terrible qui rôde dans ces bois, mais qu’elle est bien plus proche du village que nous ne l’aurions pensé. Que se passera-t-il si elle décidait de sortir des bois et d’attaquer une personne esseulé dans la ville ?  
Il fit une pose quelques instants, puis reprit plus calmement mais aussi comme plus effrayé par ce qu’il allait dire.
Vous les avez vus vous aussi n’est-ce pas ? Ses yeux…. Son regard n’est pas celui d’une bête qui a peur, qui veut protéger son territoire ou chasse une proie. Ce regard était à la fois vide de vie et plein de rage. Cette créature ne s’arrêtera pas avant d’avoir été tué. Et si nous ne pouvons rien faire pour l’emmener en enfer, on peut au moins avertir le village qui soupçonne encore bien mal l’ampleur de la menace. Miss Perkins, il nous faut raconter ce que nous avons vu. »  
Il avait dit ce qu’il avait à dire. Il ne lui restait plus qu’à attendre que Coihme répondît et il espérait sans trop y croire, que pour une fois, elle n’allait pas s’enfermer dans sa bulle d’hautaineté qui lui servait de protection quand elle se sentait fragile.
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le 30.01.17 16:16

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    Il le sait.
    Adam le sait. Il est au courant.
    Cela fait quatre années qu'ils vivent dans la même maison. Quatre ans qu'ils partagent le même toit, se disent bonjour sur le même ton, se chamaillent sur la même note. Et pendant ces quatre années, il n'a toujours pas compris qu'il ne faut pas s'adresser à Miss Perkins en commençant par une phrase négative. Du moins, pas sans y mettre d'angles. La politesse naturelle d'Adam aide, néanmoins, il sait très bien qu'elle va se braquer s'il commence comme ça. C'est le pire moyen pour obtenir quelque chose de sa part, quelque chose de positif en tout cas, en commençant avec du négatif.
    Et pourtant, il le fait.

    Elle pousse un soupir exagéré, exprimant très clairement son agacement, le couplant avec des yeux levés au ciel. Manifestement, le servant ne comprend pas les choses du premier coup. Faut-il qu'elle répète plusieurs fois pour que ses dires rentrent finalement dans le crâne hermétique et imperméable d'Adam ? Elle se mordille nerveusement la lèvre en toisant l'homme en face d'elle, visiblement sous tension, comme prête à lui décoller le tympan avec à peu près tout ce qui lui passe sous la main.

    Baissez d'un ton ! Elle gronde soudainement, murmurant agressivement pour ne pas hausser la voix à son tour, quand il commence à parler trop fort. Ce n'est clairement pas le moment pour que son père, ou Betty, ou un autre domestique ne rentre dans la chambre et les découvre là, tous les deux. Sans doute qu'Adam se fera chasser à coup de savate - si la demoiselle ne le fait pas avant.
    Malgré tout, elle écoute ce qu'il a à dire, sans pour autant être pleinement attentive, ses yeux papillonnent de gauche à droite dans la chambre, fixant à tour de rôle la porte et la fenêtre de chaque côté de la pièce tandis qu'elle continue de se ronger la lèvre et l'intérieur de la joue. Bientôt, le goût ferreux du sang s'empare de ses papilles et remonte dans ses narines. Urgh.

    Elle attend encore, ne réagit pas. Elle connaît bien la façon de parler d'Adam, et monsieur a sans doute besoin de refaire le plein de salive entre deux discours, ce qui expliquerait ses pauses. Elles ne sont pas faites pour être interrompue, et la demoiselle le sait, même si ça la démange de lui couper la parole sur les trois quarts des mots qu'il emploie. Un frisson parcourt sa colonne vertébrale ; une ancienne croyance dit que c'est que quelqu'un marche sur notre tombe. Mais, dans ce cas, elle sait que c'est la description et les images de la bête qui lui donne une sueur froide.

    Et un rire passe ses lèvres. En aucun point semblable à celui qu'elle a offert au serviteur plus tôt dans la soirée, quand ils jouaient dans la neige. Un rire mauvais, narquois, méprisant. Qu'il aille au diable, lui et ses idées stupides.
    Bien sûr. Évidemment que nous devons tout dire. Comme ça nous finiront tous les deux sur le bûcher en guise de récompense pour avoir tenté de sauver la situation. Sa voix est toujours aussi grave que tout à l'heure, son ton toujours aussi bas, la peur toujours aussi présente et pourtant bien dissimulée. Elle sait très bien qu'Adam voit où elle veut en venir, en parlant de bûcher. Le village n'apprécie pas la jeune fille, sans doute elle plus que lui risque sa vie dans cette histoire. Une deuxième fois.

    Allez donc courir les rues pour dire que la bête est à l'orée du bois, allez-y, et peut-être que Vail vous fera enfermer plusieurs jours pour vous guérir de votre folie, ou plonger dans l'eau froide si vous avez de la chance. Qui va vous écouter, vous, pauvre serviteur de la maison Perkins ? Elle est dédaigneuse, acerbe dans ses mots, voire blessante. Elle espère juste que sa carapace va fonctionner. Il y a déjà des patrouilles dans les bois, Adam. Cette chose est aussi grande qu'un ours - avez-vous déjà vu un ours de près ? Parce que moi oui. Et les patrouilleurs aussi. Elle aura sans doute laissé des traces et n'a, à mon avis, pas besoin de votre aide pour faire savoir qu'elle est là.

    Elle glisse finalement hors de son lit, visiblement mécontente, réajustant sa robe de chambre. Son air impassible est remplacé par une expression de colère et d'anxiété. Il ne faut pas que les gens sache qu'elle va dans les bois ; et c'est sûrement avec la lueur humide de ses yeux qu'elle adresse cette prière à Adam.
    De toute façon, qui peut la tuer ? Vous peut-être ? Avec de la lumière, sans doute, elle s'avouera vaincue. Au moins, le geste aura eu le mérite d'être symbolique. Vaincre les ténèbres par la lumière... Urh, on croirait entendre Vail. Allez vous amuser à colporter cette histoire dans Warwick Bay si vous le voulez, mais ne comptez pas sur moi pour vous soutenir, ni même vous épauler. Effacez moi de votre récit. Trouvez-vous une excuse, n'importe laquelle, mais ne me contez pas dans vos vers. Son visage s'est presque adoucit, mais ça n'est que la peur qui a prit le pas sur la colère. Elle adresse un regard à Adam, comme suppliante de prendre en compte son ordre, sa demande, qu'importe le nom que ça semble avoir.
    Ses pas ne font aucun bruit sur le parquet, elle marche même sur la pointe des pieds. Finalement rejoint la porte, l'ouvre.
    À présent, je souhaiterai me reposer. La journée a été rude, vous feriez mieux de faire de même. Dit-elle à haute voix en s'écartant du passage, présentant la sortie grinçante à Adam.
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le 03.02.17 1:12
Adam se laissa raccompagner à la porte. En réalité, il était bien content de sortir de la pièce. Cependant, il n’avait pas tout à fait fini de parler. Il supposait que c’était le mieux qu’il pouvait tirer de Caoimhe. Pour tout dire cela faisait même partie des meilleurs scénarios envisagés. Le meilleur étant, bien évidemment, qu’elle accepte sans condition de témoigner. Car au moins une chose était vraie dans son témoignage. Pas la partie sur les ours et les chasseurs, c’était une absurdité qui n’avait pour seul but que d’apaiser leur conscience, non, là où elle avait raison, c’était que pas grand monde n’allait l’écouter. En tout cas pas le plus grand nombre, et c’était l’ensemble de la population qu’il fallait convaincre. Avec l’assistance de Caoimhe, il aurait pu convaincre Mr Perkins qui avait sans doute assez d’influence pour agir. Sans l’aide de Caoimhe, il devait prendre d’autres initiatives, plus dangereuses, et qui n’allaient pas du tout – mais alors ne pas du tout – plaire à la demoiselle. Car il y avait bien quelqu’un qu’il se sentait capable de convaincre, et une personne pouvant prévenir les foules. Mais cette personne n’était pas ce qu’on pouvait appeler un ami de sa maitresse. Et pour éviter les problèmes, non, il fallait être réaliste, pour diluer le problème, il valait mieux qu’il la prévînt maintenant. Il se retourna donc au moment où Caoimhe était sur le point de fermer la porte et s’adressa de nouveau à elle, toujours à voix basse.

« Bien miss Perkins, je respecterai votre choix de ne pas faire partie de cette histoire. Seulement cela ne me laisse qu’une marge de manœuvre assez faible. Puisqu’il en est ainsi il me faut vous avertir de mes plans car ils ne vous plairont pas. Vous avez raison peu de gens m’écouteront, mais quelqu’un le fera. Il marqua une pose d’une seconde. Non, décidemment elle n’allait pas aimer. Cette personne est Alphaeus Vail. »

Adam s’attendait à voir apparaitre la surprise, ou la colère sur le visage de la jeune femme. Mais il ne vit rien de cela. Pas que ces expressions n’apparaissait pas sur son visage, en réalité il n’en savait rien. Car il ne voyait plus rien. La cécité l’avait frappée au moment même où il avait fini son discours. Ne s’attendant pas à cet handicape soudain, il tomba à terre non sans un « aïe » en touchant le sol, qui tenait plus du reflexe que de l’expression d’une douleur sincère. Assit bien malgré lui face à la porte de Caoimhe, il se poussa du pied de sorte à se caller le dos contre le mur du couloir.

Que lui arrivait-il soudainement ? Pourquoi était-il aveugle ? La réponse lui vint bien vite en tête. Le choc du retour ne prévient jamais avant de frapper. Et quel meilleur prix à payer qu’une cécité lorsqu’on invoqua une lumière aveuglante ? Cette idée, qui n’était encore qu’une théorie, que ce soit le choc du retour qui le prit ainsi était rassurante. Il aurait préféré que cela lui arrive seul bien entendu, mais si c’était bien cela, alors sa condition allait sans nul doute être temporaire. Perdre la vue était un prix bien lourd à payer pour un sort aussi faible, une condition temporaire était bien plus réaliste.

Toujours était-il qu’il était actuellement dans une situation délicate, Il se retrouvait aveugle devant sa jeune maitresse et ne pouvait rien faire pour arranger cela. Il ferma malgré tout ces yeux. Ce reflexe était heureux, car, bien qu’il ne pût pas l’observer lui-même, ces yeux étaient désormais plus noirs que la nuit. Tendant la main il dit alors d’un ton gêné :

« Miss Perkins, je crains devoir recourir à votre assistance. »
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le 06.02.17 19:55

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Plutôt deux fois qu'une | Feat Adam Jonson



    Elle perd son sérieux, troque son visage placide et son expression hautaine pour un air que peu connaissent véritablement chez elle. Une colère pure, gueule d'empeigne de mauvaise humeur, l'on semble avoir versé suffisamment de poudre dans les canons de ses pupilles pour qu'elle puisse fusiller quiconque croise son regard en un instant, le temps d'un vif battement de cils.
    Vail ?! Elle s'écrie subitement ; le nom de l'inquisiteur résonne contre les murs de la maison. Sans doute a-t-elle réveillé son père avec ce vacarme. Quoique...
    Diable, n'y a-t-il donc personne d'autre dans ce maudit village qui ne la déteste pas moins que ce bougre, mufle, fumier d'Alphaeus Vail ? Le révérend lui-même serait bien plus à même d'écouter les paroles d'un misérable servant comme Adam sans en tirer de piètres conclusions, alors pourquoi, pourquoi, par le Ciel et les Enfers, vouloir s'adresser au plus forcené des inquisiteurs de Warwick Bay ? Elle n'a même pas le temps de poser toutes ces questions, ou même de gifler son servant, ni même de lui claquer la porte au nez que celui-ci semble pris de vertiges, et en un instant tombe à la renverse, s'adossant au mur de pierres du couloir, haletant, visiblement mal en point. Quand il requiert l'aide de la bourgeoise, cette dernière peste dans sa robe de chambre, fait claquer sa langue, dédaigneuse.
    En plus d'être un médiocre vermisseau, vous osez vous moquer de moi ! Son ton est bas mais tout aussi colérique, voire plus encore que précédemment. Furibonde, sa petite main se serre, elle tremble de rage. Crétin abominable qu'il est. La pénombre ne permet à Cherry que de voir ses paupières closes. Allez au Diable quérir l'aide de votre cher inquisiteur, puisque vous y tenez tant ! Sur ces mots, elle ferme la porte, les dents serrées, et s'adosse au bois qui sépare sa chambre du couloir. Elle pousse un soupir.

    Pourquoi a-t-il fallu qu'elle tombe sur pareil servant ? En plus de ne pas faire correctement son travail depuis quatre années, il prend ses aises avec elle, la fait tomber, se dit qu'il va aller voir sous les jupes d'un inquisiteur s'il n'y aurait pas quelque chose à tirer, et.
    Et sauve la vie de sa maîtresse face à une bête féroce qui menace de les tuer.
    Un nouveau soupir. Très bien.

    Elle rouvre la porte, fait quelques pas qui, avec n'importe qui, auraient fait tremblé la maison, mais ne font pas le moindre son, faute de poids de bible et de pieds nus. Sans attendre quoi que ce soit, elle empoigne le bras d'Adam, le tire vers elle pour l'obliger à se relever. Pas un mot, elle se tait, espère qu'il en fasse autant, et attend à peine qu'il retrouve son équilibre pour le guider jusqu'à sa chambre. Là, elle pousse la porte du pied, comme un milicien en pleine perquisition, et guide le domestique dans la pénombre, presque aussi aveugle que lui.

    J'aurai aimé ne pas voir de pitié pour vous, Adam. Mais vous n'en auriez probablement pas eu pour moi non plus. Sa voix est basse, moins emprunte de colère que tout à l'heure. Elle ronge son frein, pour l'instant, commence déjà à tendre le cou en espérant que la lame de l'épée de l'inquisiteur Vail ne s'y abatte pas tout de suite. J'ignore ce qu'il vous arrive, même si j'émet des doutes quant à la nature de votre cécité soudaine. Elle dépose Adam sur son lit, craque une allumette pour embraser la flamme d'une chandelle ; celle-ci illumine à peine la pièce, suffisamment pour elle en tout cas. J'espère très sincèrement que vous savez ce que vous faites. Allez dormir ; cela fait presque une heure que j'aurai du faire de même.

    Sur ces mots, elle quitte la pièce, faisant vaciller la flamme de la bougie, sans même souhaiter une bonne nuit à son serviteur. La porte se ferme, un courant d'air froid souffle sur sa propre robe de nuit. Guidée par la lumière de sa chambre, c'est silencieusement qu'elle va rejoindre son lit.
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le 14.02.17 12:01
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