Cueillette sauvage [ft. Whisper]

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10 Février 1690

Le soleil s'était une fois de plus levé pour éclairer ce bas monde et ces habitants tous plus immoraux les uns que les autres. Oui, Sonja, n'a pas vraiment de bonnes pensées au sujet de ces blancs qui marchent librement dans les rues alors qu'ils ont tous des esclaves, des humains comme eux, qu'ils traitent d'une manière pitoyable, bien pire que si c'était du bétail. La jeune femme se devait de vivre dans ce monde, elle n'avait pas le choix, c'est ici qu'elle a vu le jour. Parfois, elle se perd à s'imaginer une vie différente ou elle n'aurait jamais connu le son du fouet claquant sur la peau où les menaces de morts que pouvaient proférer ses maîtres quand un esclave ne faisait pas bien son travail. Pourtant, quand elle regarde autour d'elle, tout parait si pure et moins fou que l'esprit de l'homme de blanc. A croire que rien ne pourra les changer. Bien sûr, elle ne les déteste pas tous, certain on réussi à se montrer bon, comme Edward par exemple. Sans lui, elle aurait certainement perdu foi en l'humanité.

En cette douce matinée brumeuse, Sonja avait quitté la maison, laissant Edward fatigué, assommé par des douleurs que le changement de temps avait réveillé. Elle n'aimait pas ça, l'entendre souffrir, le voir faible et pourtant faire comme si tout allait bien. C'est l'une des raisons qui l'ont poussé à partir vers la forêt. Elle doit trouver une mousse bien spécifique qui pousse sur une écorce d'arbre en particulier pour préparer un remède. Bien sûr, ce genre d'ingrédient ne se trouve pas facilement, mais elle sait qu'elle finira par trouver ce qu'elle cherche. La demoiselle est du genre à avoir de la ressource et ce ne sont pas les loups qui vont lui faire peur. Elle n'était pas partie sans prendre l'arc d'Edward et le carcan rempli de flèche. Ce n'est pas la meilleure des archères, mais elle a suivi l'enseignement des Indiens et son ancien maître qu'elle doit aujourd'hui guérir l'a aussi beaucoup aidé à comprendre le maniement de cette arme. Il suffit d'une flèche, d'une seule qui blesse l'Alpha et le reste de la meute se tiendra à distance. La jeune femme à également quelques poudres qu'elle peut mettre sur elle pour camoufler son odeur afin de déjouer l'odorat des bêtes sauvages.

S'engouffrant dans la forêt, elle délaissa bien vite les sentiers bien trop sûres et loin de ce qu'elle cherchait. Pour le moment, elle n'avait pas encore trouvé l'essence d'arbre qu'elle recherchait. Toutefois, elle est parvenue à trouver une plante plutôt rare qui pourra lui servir pour d'autres préparations. Un craquement l'avertie qu'elle n'était pas seule. Ce fut suffisant pour qu'elle se redresse sans faire de bruit et qu'elle observe autour d'elle, un petit poignard en main, lui servant en général à couper des plantes plutôt qu'à tuer, mais ça peut servir d'arme défensive tout de même. Une ombre lointaine passa entre des arbres. A première vue, c'était humain, ceci lui fit même penser à la bête semblant roder et faire des morts. Fuir ? La curiosité était trop forte. La demoiselle s'avança sans bruit, se servant des arbres pour ce camoufler. Et finalement, elle reconnut la silhouette du vieillard. Rassurée elle rangea son petit poignard et s'adressa doucement à lui pour ne pas lui faire peur. "On dirait que je ne suis pas la seule en forêt ce matin ! Les rumeurs qu'on entend ne t'ont pas fait peur ?" demanda-t-elle en arrivant à son niveau. Le croiser pourra sûrement l'aider à chercher l'ingrédient qu'elle cherche. Lui aussi connaît les plantes, peut-être qu'il pourra l'aider.
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Même en hiver, la sylve demeure magnifique. Le givre cristallise les dernières feuilles qui resteront figées jusqu’au printemps. Paralysées mais bien vivantes, en attente de leur renaissance. Malgré le froid, la forêt recèle encore quelques merveilles. Whisper fait partie des quelques privilégiés qui en connaissent les secrets. Louvoyant entre les arbres, il hume non sans plaisir les multiples odeurs glacées de cette forêt qui effraie tant.

Les branches mortes et les feuilles craquent sous ses bottes poussiéreuses. Affublé d’un long manteau et d’un couvre-chef, l’apothicaire tremblote. L’hiver de Pennsylvanie ne plaisante jamais. Il s’immisce jusque dans le creux de ses manches comme un voleur à l’arrachée. Même les plus lourds manteaux de fourrure perdent un peu face aux morsures du froid. Ce n’est pas pour rien que les ours se cachent.

Pourtant, l’on dit que l’un d’entre eux serait encore éveillé. Et affamé. Mais surtout adepte de la mise en scène. Whisper a vu un cadavre, une fois. Et quand bien même les multiples horreurs du monde ont surgi devant ses yeux au cours de sa vie, il a détourné le regard, écœuré. Une atrocité. Pas d’autre mot n’aurait pu s’attacher à cette scène macabre. Dès lors, les autorités déconseillent à tout le monde de pénétrer dans la sylve, territoire du monstre. Mais les réserves de la boutique se vident. Les gens tombent malades. Trop de demande, pas assez d’offre. Et les autres commerçants, tout blancs qu’ils sont, ne manqueraient pas l’occasion de lui tomber dessus si une pénurie de médicaments se profilait.

La hutte de toile qu’il porte sur son dos s’emplit déjà de racines et de lichen. Il manque de sursauter lorsqu’une voix familière s’adresse à lui. Son visage s’adoucit lorsqu’il reconnaît sa propriétaire. Sonja.

« Salut Sonja. Pas le choix, faut bien que je renfloue les stocks ! Et toi, qu’est-ce qui t’amènes ? »

Une affranchie, comme lui. Mais quelque chose en elle lui demeure incompréhensible. Elle semble encore si dévouée à son ancien maître, le boiteux qui l’a libérée. A-t-elle vraiment choisi de l’aimer ? Peut-on encore aimer un blanc, quand on est noir ? La perspective lui semble malsaine, mais il se voit mal blâmer sa comparse pour cela. Il ajoute :

« Si tu as du mal à trouver, vaut mieux que je te donne un coup de main. On rentrera plus vite, comme ça. »
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Pour s'aventurer aussi loin dans la forêt, il n'y a vraiment qu'eux, ceux qui connaissent les plantes sur le bout des doigts. Ce n'est donc pas une grande surprise de croiser Whisper ici. Leur chemin se sont croisés tant de fois au milieu de ces bois et ils n'étaient jamais là pour une petite promenade dominicale. Non, ils sont là pour la cueillette afin de préparer tout un tas de concoctions diverses. Le vieil homme la salut tout en lui expliqua que la rumeur ne peut pas le stopper de venir ici. Elle le comprend, il a choisi de jouer un rôle important avec le métier qu'il exerce. Malgré qu'il soit noir, les blancs attendent de lui qu'il puisse fournir de quoi soigner leur maux, plus encore quand l'Hiver est rude comme en ce moment. Sonja se félicite de n'oeuvre pour personne. Elle méprise sûrement bien trop les blancs pour les aider à se soigner. Enfin, le seul qui a de l'importance pour elle c'est Attano. "Eh bien, je crois que la même raison que toi m'amène ici, quoi que moi je n'ai pas de stock à vendre. J'ai simplement besoin d'un ingrédient pour préparer une potion contre la douleur." Elle n'expliqua pas que c'est pour Edward, mais connaissant Whisper, il doit se douter que c'est pour lui. Après tout, Edward dit "le Boiteux" souffre assez souvent. On ne peut hélas pas se remettre de vieille blessure aussi grave, même après tant d'années.

Son comparse lui propose de faire équipe, ce qui n'est sûrement pas une mauvaise idée. Deux paires d'yeux pour chercher vaut bien mieux qu'une. "Ton aide me sera précieuse. Je cherche de la mousse qui pousse sur des vieux arbres dont les troncs ne voient pas la lumière du jour. Je sais que c'est assez rare et pour le moment je n'en ai pas encore trouvé !" Le problème avec ce genre d'ingrédient bien caché, c'est que ça se trouve souvent dans les domaines des animaux comme les ours ou les loups. Et il n'est pas rare qu'ils viennent se faire les griffes sur ce genre de tronc, abîmant ainsi la mousse. "Tu veux que je t'aide à porter quelque chose ? Tu es un peu chargé, non ?" Sonja peut-être très aimable, du moins avec les gens qu'elle apprécie et le plus souvent cela veut dire qu'ils ont la même couleur de peau qu'elle ou qu'ils sont indiens. Bien que Whisper soit en forme, elle ne veut pas le voir peiner à porter des sacs trop lourds ce qui pourrait aussi le ralentir. Pour le moment, son propre panier n'est pas encore bien rempli et ne pèse pas grand-chose. Bien entendu, il a le droit de refuser son aide, elle ne se vexera pas pour autant.
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À la requête de la jeune femme, Whisper hoche la tête. Difficile pour un non-initié de trouver ce qu’elle cherche. Sonja est douée : il l’a déjà remarquée, avant. Il se demande si elle a déjà voulu aller plus loin que la simple concoction de médicaments. Rien que l’usage du mot « potion » le fait tiquer. Pas le genre de mot à apparaître dans le jargon d’une ex-esclave des puritains. Ou alors prononcé sous le manteau, jeté dans un murmure inquiet.

Son écoute patiente relève l’ingrédient que Sonja recherche. Ses lèvres abîmées par le froid se pincent. Il se doute que ce n’est pas pour elle. Alors qui d’autre que cet homme qu’on nomme le Boiteux ? Mais ce n’est pas ce qui le tracasse le plus. Des mots inquiets roulent de sa gorge vieillissante :

« On va devoir s’enfoncer un peu dans la forêt, dans ce cas. Là où la lumière du soleil peine à passer. On aura plus de chance de trouver ce que tu cherches, mais il faudra redoubler de vigilance. »

La bravoure de Whisper n’est plus à prouver. Pourtant, le vieillard sait que ses jambes ne le porteront pas loin s’ils doivent se cacher. Il serait alors obligé de révéler sa nature à Sonja, si l’occasion se présentait. Sous la forme d’une grande gueule pleine de dents, par exemple. Bah. Au pire, il pourrait la laisser courir devant. Il la rejoindrait après, une fois l’environnement assaini de la présence meurtrière.

Elle lui propose de porter son sac. Sous sa barbe grisâtre, un mince sourire se dessine. Brave fille.

« Ça ira, c’est pas très lourd. Je suis une vieille branche mais je tiens encore sur mes deux pattes. »

Le sorcier pointe du menton l’âtre sombre de la sylve, puis redresse derechef la hutte sur son épaule.

« On commence par là. », déclare-t-il.
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L'ancienne esclave savait très bien que ce qu'elle cherchait ne se trouvait pas sous le sabot d'un cheval. C'est le genre d'ingrédient qu'on doit mériter. Seul les plus courageux parviennent à trouver ceci. Le vieux Whisper connaissait également ce qu'elle cherchait et comme elle, il savait que seul la forêt profonde pourrait lui livrer ce qu'elle recherche. A sa manière de parler, elle avait l'impression qu'il était soucieux, inquiet d'aller dans ce genre d'endroit. C'est vrai que l'obscurité y sera. Certes, pas en maître, la faible lumière du jour ambiant éclairant faiblement les lieux. Les bêtes y ont leur refuge, se cachant des hommes et de leur brutalité légendaire. "Aurais-tu peur vieil homme ?" demanda-t-elle pour le taquiner gentiment. Si elle aurait été élevé normalement, elle aurait sûrement redoutait l'obscurité des bois. Mais, sa vie n'a rien eu de normal. Pour elle, il n'y a rien de pire que l'esclavagisme et les envies étranges des blancs. Alors, affronter des loups ou un ours lui semble bien moins effrayant. Afin de rassurer Whisper, elle lui montra son arc ainsi que le petit poignard qui lui sert à tailler certaines herbes et racines. Au moins, elle a un moyen de défense. "Si besoin j'ai quelques préparations dans mon sac qui peuvent également nous aider ! Alors, allons si s'en crainte !"

Refusant l'aide de Sonja, elle le laissa donc porter les affaires qu'il avait avec lui. L'offre tient toujours si jamais il change d'avis, mais connaissant un peu ce vieux bougre, elle doute qu'il retourne sa veste si facilement. Celui qui fut également esclave un jour passa devant elle. Il avait indiqué une direction qui pourrait sûrement être prometteuse. Au fur et à mesure, la luminosité commençait à baisser. Non pas car la journée arrivait à sa fin, mais car le feuillage et les branches des arbres devenaient plus dense. Les rayons de lumière avaient du mal à traverser donnant l'impression que le soleil s'était presque couché. Une torche aurait été la bienvenue, mais elle n'avait pas ce qu'il fallait pour ça. Quoi qu'il en soit, il ne faisait pas un noir total, par contre, quand il fait nuit, elle est presque sûre que cet endroit n'est pas le royaume des ombres. "Est-ce que tu es à la recherche d'ingrédient particulier toi aussi ? Un jour, si tu es en rupture, passe me voir, j'ai ma propre réserve et je cultive certaines plantes également." Disons que ceci peut-être un échange de bon procédé. Ce n'est pas rare qu'elle lui achète des choses qui lui manquent, mais elle sait qu'il n'a pas tout non plus. Alors, si elle peut le dépanner ça lui semble juste. Après tout, entre anciens esclaves, ça lui semble logique de s'entraider.

La demoiselle s'arrêta devant un tronc d'arbre, du bout des doigts elle caressa ce dernier. Un petit sourire étira doucement le coin de ses lèvres. Elle semblait avoir trouvé ce qu'elle cherchait. La mousse n'était pas encore grande quantité, mais au moins elle sait qu'elle devrait en trouver d'autre ici. A l'aide de son couteau, elle vint racler l’écorce pour récolter dans un petit bocal l'ingrédient qui lui servira plus tard.
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Le vieillard sourit à la pique de la jeune femme. Cachée sous une grosse écharpe, sa gorge flétrie tressaille dans un ricanement sarcastique. Peur ? Et de quoi ? Sûrement pas de la nuit factice qui s’installe au gré de leurs pas. Le témoin de sa propre obscurité est allongé au fond de son lit, à Warwick Bay, bavant les restes étiques de sa conscience. Non, ce que Whisper craint, c’est de devoir user de magie devant une non-initiée. Sonja l’apprécie – il le sait, il le voit. Mais il ne sait si c’est son cœur d’affranchie ou son cœur de femme qui parlerait, si l’occasion irrémédiable se présentait. À voir son dévouement au Boiteux, pour le sorcier il y avait de quoi se poser des questions.

Il hoche la tête en toisant son arc. Ouvrage remarquable. Il se dit que, si elle l’a emmené, c’est qu’elle ne doute pas un instant de ses propres capacités. Un mauvais archer ne s’encombre pas d’un arc. Le vieillard se gratte la moustache lorsque Sonja lui propose de l’aider.

« Si tu as des échinacées en stock, ça m’intéresse, réplique-t-il. Des grandes fleurs roses. Même si c’est que des graines. J’en aurais besoin pour tout l’hiver, avec les rhumes et les grippes… Je doute qu’on en trouvera ici, il fait trop froid. »

Comme pour appuyer son propos, un frisson lui mordille la colonne vertébrale. Lorsque la mousse se présente enfin à leurs yeux, l’apothicaire s’apprête à dégainer son canif. Mais la jeune femme semble déjà expérimentée, et dérobe le lichen sans blesser l’arbre. Tandis qu’elle fait son œuvre, Whisper jette des œillades méfiantes aux alentours. Pas de créature immense à l’horizon. Les animaux savent se cacher lorsque les bottes des humains foulent leur territoire. De nouveau, son regard noisette se pose sur la silhouette féminine.

« Ça fait longtemps que tu t’intéresses aux plantes, non ? Tu as déjà l’air chevronnée, remarque-t-il. Si tu as besoin d’aide, ma porte te sera toujours ouverte. » ajoute-t-il.

Rares sont les moments de bienveillance de Whisper. Et lorsqu’ils se présentent, ce n’est jamais par pur altruisme.
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Finalement, c'était plutôt sympa de ne plus être seule dans cette forêt. Non, elle n'a pas peur, ce n'est pas son genre, mais avoir de la compagnie la change un peu. En général, c'est toujours en solitaire qu'elle s'aventure ici. Edward ne vient jamais, disons qu'il la ralentirait et elle préfère ne pas avoir à lui dire, elle est certaine que ça pourrait le vexer. Le pauvre est déjà bien embêté par sa condition, elle n'a pas envie de le voir déprimer. Alors, elle part sans rien dire pour qu'il n'insiste pas pour l'accompagner. L'obscurité et les bêtes ne lui font pas peur non plus. Elle estime que l'homme blanc est une créature bien plus terrifiante.

A sa question voir plutôt proposition pour venir en aide à Whisper si un jour il avait besoin d'un ingrédient, il lui demanda quelque chose en particulier. Elle écouta attentivement et laissa un petit sourire assez doux apparaître sur son visage. Elle avait quelques graines en réserve qu'elle avait acheté à un marchand chinois. Ils sont rares, mais ils ont des plantes qui peuvent être très utile, alors elle a toujours tendance à trop dépenser quand ils sont là. "Il me semble que j'ai conservé quelques graines. Je t'en apporterais dès demain, à moins que tu ne veuilles me suivre après jusqu'à chez moi." Tout dépend de lui, s'il veut passer il est le bienvenue, mais elle peut tout aussi bien ne pas être sur sa route. S'il ne veut pas faire de détour, elle passera dans les jours qui viennent le voir avec les graines.

Ensuite, elle trouva une petite partie de ce qu'elle cherchait. Ce n'était pas grand-chose, mais ça indiquait clairement qu'elle risquait d'en trouver d'autres dans le coin. En même temps, son vieil ami lui posa quelques questions. "Oui, je m'intéresse aux plantes depuis très longtemps. Leurs vertus sont bénéfiques et il serait dommage de s'en passer. Que ce soit pour des médicaments ou toutes autres sortes de concoction." En parlant d'autres concoctions, elle pensait aux poisons et autres types de choses faisable avec. "Quand j'ai été acheté par Edward, j'ai eu la chance de retrouver la liberté. Du coup, j'ai exploré le coin et j'ai rencontré les Indiens. Ils m'ont beaucoup appris ! J'ai aussi beaucoup commercé avec les vendeurs asiatiques quand ils sont là, leurs connaissances sont aussi très intéressantes. Par la suite, les livres m'ont aussi aidés." Apprendre tout ça, lui avait demandé beaucoup d'années, mais elle était patiente et s'intéressait à ça. "Je suis contente de savoir que je peux compter sur toi en cas de besoin. Si tu as besoin d'aide également, n'hésite pas... enfin du moment que tu ne me demandes pas une plante pour sauver la vie d'un blanc..." C'est plus fort qu'elle, elle n'aime pas les blancs, enfin pas tous. Attano est sûrement le seul qu'elle apprécie. Quoi que les enfants sont innocents, elle ne les déteste pas, mais sait qu'en grandissant ils subiront les dictâtes de leurs parents pour devenir comme eux. Sonja rangea son couteau et avança un peu continuant à observer les troncs d'arbres pour trouver d'autres mousses.
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Un soupir de satisfaction s’échappe de la trogne barbue du vieillard. Sa voix rauque surgit à son tour :

« Tant mieux, ce sera très utile. Il vaudrait mieux que ce soit toi qui passes à la boutique. Ce sera plus… naturel. » ajoute-t-il en lui adressant un regard lourd de sous-entendus.

On n’aime pas que Whisper se déplace trop en dehors de sa boutique. À dire vrai, le voir dehors déplaît sans doute à plus de personnes qu’il ne se l’imagine. Un esclave seul, ça passe. Deux qui font commerce ensemble, c’est une menace. Même un affranchi se doit d’emprunter les voies tracées par les colons. Ne pas faire de vague. Ne pas s’opposer à l’ordre naturel imposé par Dieu, ou sa création – difficile de le savoir vraiment.

L’attrait de Sonja pour les plantes fait plaisir à entendre. Elle semble aussi curieuse que l’héritière Perkins, en bien plus humble. La modestie est une qualité pour qui veut apprendre vite. Et la jeune femme semble avoir un potentiel prometteur. Qu’elle prenne garde à ne pas trop montrer cet intérêt. Les images des femmes brûlées vives voilent encore son regard. Des scènes trentenaires, anciennes, et pourtant si présentes. Les plus jeunes membres du Cercle, qui n’ont pas vu ces atrocités, ne comprennent pas toujours sa révulsion pour la guerre. Whisper aimerait pouvoir protéger cette petite sœur plus qu’il ne le peut. Mais tout patriarche qu’il soit, sa magie, tout comme ses mains fragiles, est vieillissante. Un sourire sarcastique perce ses joues fripées à l’entente de sa diatribe.

« C’est normal de s’entraider. Mais je reste l’apothicaire de Warwick Bay. Je suis obligé de sauver les blancs. Si tu savais comme ils m’observent. Je pense qu’ils ont hâte que l’un des leurs vienne me remplacer. » glisse-t-il.

Sous ses pas, les feuilles mortes craquent comme de vieux os ; leurs débris agrippent ses semelles. Sous l’emprise du froid, Whisper frissonne. Et pense au sortilège qu’il prépare pour protéger sa boutique des éventuels successeurs. D’ici à Harrisburg, personne n’entendra plus parler de Bartlett’s. Il emportera dans la fosse le trésor de cette famille maudite.
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C'est dommage de voir que Whisper à tellement peur des blancs. Certes, il ne le dit pas tout haut, mais par sous-entendu. C'est pour ça qu'il préfère que ce soit elle qui passe à sa boutique, plutôt que lui passe à la maison de la demoiselle. Franchement, qui pourrait le voir ? La maison est loin de la ville et il est rare de voir ne serait-ce qu'un chat errant. "Tu as peur qu'Edward aille tout raconter ? Aux yeux des siens, il est autant néfaste que nous. Infirme donc inutile et en plus de ça, il a fait libérer une négresse. Mais comme tu veux, je passerais te voir demain à ta boutique !" Sonja n'a pas peur de parler, de dire ce qu'elle pense, c'est aussi bien une qualité, qu'un défaut qui peut ou pourrait lui coûter cher. Ça fait bien longtemps qu'elle a cessé d'avoir peur. La peur, on la lui a infligé bien assez longtemps quand elle était encore esclave. A présent, elle a décidé de ne plus se laisser faire. Si ceci doit lui coûter la vie, qu'il en soit ainsi. Continuer de se soumettre et continuer de montrer qu'on est faible. A présent, ce n'est plus son cas.

La demoiselle continuait sa marche tout en parler avec le vieillard. Bien que ses paroles soient honnêtes, elle espérait tout de même qu'il ne les prendrait pas mal. C'est un bon gars, lui aussi a dû en voir des vertes et des pas mures. Contrairement à ce qu'il pourrait croire, elle peut comprendre sa peur, mais elle ne veut plus jamais ressentir ce genre de choses. A présent, elle ne vit que pour la vengeance, c'est son credo, son avenir, sa destinée. "Je ne sais pas comment tu fais pour traiter avec eux. Leurs simples regards lourds de sous-entendu me dégoûte. Tu sais, tu devrais en empoisonner un de temps à autre. Avec un poison lent et vicieux. Le genre qui tue à petit feu, ils croiront à une maladie !" Les tuer, c'est le seul désir de Sonja. C'est dur d'imaginer Whisper les soigner sans une fois de temps en temps faire un sale petit coup. Qui viendra se plaindre ? Il suffit de choisir une victime déjà malade, ils croiront que la maladie l'aura emporté. Ou une personne en bonne santé avec un poison lent qui mettra des semaines à agir et là les médecins penseront à une maladie qui était là depuis longtemps. Il se peut que certains aient des doutes, mais pour ne pas avoir ce genre de personne sur le dos, il suffit de choisir la bonne victime, en tout cas, c'est ce que ferait la jeune femme. Enfin, elle ne peut pas le blâmer, il n'a peut-être pas envie de devenir un meurtrier.

La "randonnée" continuait dans la forêt, toujours plus sombre et fraîche. Finalement, de nombreux arbres ayant la mousse qu'elle recherchait se présentait enfin à eux. Ceci la fit sourire, avec tout ce qu'il y a, elle pourra avoir un peu de réserve. "Il y en a bien assez pour nous deux ! J'ai quelques recettes qui me viennent des Indiens que je pourrais t'expliquer, très bonnes contre les douleurs !" Peut-être qu'il les connaît déjà. Mais s'il n'a pas fréquenté les Indiens autant qu'elle, ça serait étonnant qu'il connaisse toutes les façons d'utiliser cette mousse.
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Spoiler:
Je présente humblement mes excuses pour cet énorme retard. J'essaierai de faire en sorte que ça ne e reproduise plus. En espérant que ça te plaira !

Tendu, le vieillard se contente de hausser les épaules à l'évocation du Boiteux. « Edward ». La promiscuité de sa jeune sœur avec ce Blanc le fait frissonner. Il n'y parviendrait jamais. Infirme ou pas, cet homme ne sera pas balancé dans la fosse pour y pourrir à l'air libre, dévoré par les vers. Il aura une jolie croix à côté du temple, et les regrets de quelques hypocrites. Il en sera de même pour cette vieille morue de Rosamund Bartlett. Personne ne sera là pour pleurer les affranchis ; leur existence est une provocation – leur mort suscitera au mieux l'indifférence. Le handicap du Boiteux le rend d'autant plus inoffensif. Pour les maîtres blancs, les noirs sont des sauvages sans morale qu'il faut dresser. D'aucuns lui ont même lancé qu'il pourrait les remercier de l'avoir arraché à sa condition de bête.

« Je ne sais pas comment tu fais pour traiter avec eux. Leurs simples regards lourds de sous-entendus me dégoûtent. Tu sais, tu devrais en empoisonner un de temps à autre. Avec un poison lent et vicieux. Le genre qui tue à petit feu, ils croiront à une maladie ! »


Un sourire narquois soulève sa moustache grisonnante. Sa vieille poitrine dissimulée sous un amas de tissus est secouée d'un rire guttural. D'un autre côté, le fait qu'elle évoque directement le poison l'inquiète un peu.

« C'est mon travail, et j'aime mon travail. J'sais pas si je pourrais tromper ce bon vieux docteur Rice, en plus. Et puis, tu sais... Je suis un vieux bougon inoffensif, mais j'ai de la ressource. »

Il en faut pour dévier le triple retour vers un autre. Esquisser les lignes d'une vengeance parfaite. Et lorsque tout sera découvert, Whisper sera déjà en train de pourrir dans la fosse. Les envoyés de Dieu ne pourront rien y faire : les Bartlett auront déjà été effacés. Annihilés par un sorcier sans merci, un peu plus malin que les autres. Désormais, son unique mission est de veiller sur les siens. Bander la main du tueur pour tendre celle du père. Chérir la loyauté des siens, afin de partir en paix. Whisper ne marquera pas l'histoire – il s'en doute. On s'en souviendra peut-être comme un Patriarche calme, pacifiste, résolument dévoué. Le chef de guerre en lui a abdiqué. La ferveur vengeresse de Sonja lui paraîtrait presque étrangère ; en même temps, il ne la connaît que trop bien.

Le vieil homme partage la joie de sa comparse lorsqu'ils trouvent une réserve de mousse tant espérée. Le lichen foisonne sur l'écorce froide durcie par l'hiver. Sous leurs pas, la neige craquelle et s'accroche à leurs semelles, dans un mélange crasseux de vase et de feuilles mortes. L'odeur de la nature trempée et les cris de la forêt l'apaisent. La main de Whisper s'agrippe plus fermement à son bâton. Qui sait si cette traîtresse de sylve ne le fera pas tomber : il ne donnerait pas cher de ses vieux os, malgré tout le soin qu'il leur prodigue. Il serait presque en trop bonne santé pour un homme de son âge.

« Tu as raison, il y a de quoi faire quelques réserves sans dénuder tous les arbres. Je veux bien en apprendre plus, Sonja. Ça fait un bout de temps que je n'ai pas vu les Mohawks. Je les aime bien, mais leur village est un peu loin pour moi maintenant. »

Une manière comme une autre d'évaluer la largeur des connaissances de Sonja. Il s'empresse de poser sa hutte puis de sortir de sa veste un couteau à deux manches pour tailler la mousse. Concentré sur son ouvrage, l'aïeul ajoute :

« Cela m'étonne que tu parles aussi librement de poison. J'en conclue que tu n'es pas étrangère à ce genre de pratiques, Sonja. »

Sa voix se fait grondement, tel un torrent giflant les rochers. Pendant un instant, les oiseaux se sont tus, comme endormis.
Attentifs.
Qu'as-t-elle l'intention de faire ?
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C'est dommage que Whisper préfère jouer au jeu des blancs en travaillant en quelque sorte pour eux. Certes, il est indépendant, libéré de leur emprise, mais à leurs yeux, ça ne veut pas grand-chose. Un esclave reste un esclave, un être qui n'a pas de réel valeur, un peu comme des parias... Il suffit de se rendre en ville pour voir les regards se tourner vers eux pour comprendre que l'homme blanc ne pourra jamais apprécier l'homme noir. A croire que ces idiots à la peau pâle les prennent pour des monstres. Quelque part, si c'est ce qu'ils pensent, alors Sonja deviendra le monstre qui hantera leur nuit et les tueras un par un. "Tu donnes l'impression de leur avoir accordé le pardon ?" dit-elle en l'observant un instant. De son côté, elle ne sera jamais capable de faire une telle chose. Après ce qu'on lui a fait subir, il suffit qu'elle regarde les cicatrices des coups de fouets qui ornent son corps pour se rappeler de sa haine infinie envers les blancs. "Après tout ce qu'ils nous ont fait, tu peux vraiment réussir à accorder une telle clémence ? Moi, je ne peux tout simplement pas !" La haine et la vengeance sont les choses qui la font avancer chaque jour. Elle prépare la mort des salauds qui ont fait de sa vie un Enfer. Et quand son jugement tombera un tas de tête finiront par tomber.

La forêt allait leur donner ce qu'ils cherchaient. Sonja était tombée sur des arbres possédant la mousse qu'elle recherchait. Elle était belle est fraiche, le remède qu'elle confectionne pour Edward n'en sera que meilleur et bien plus efficace. En même temps, elle expliqua au vieil homme avoir plusieurs recettes efficaces pour soulager les douleurs avec ce type d'ingrédient, des recettes sagement apprissent auprès des Indiens. Son compagnon de route avait l'air intéressé et ceci la fit sourire légèrement, ça ne l'étonnait pas. "Les Mohawks sont une grande source d'apprentissage. Ils connaissent très bien la nature et vivent en harmonie avec elle. J'aime beaucoup leur façon de vivre. Si tu mélanges cette mousse avec de la reine des prés, de la sauge sauvage et quelques autres plantes, tu peux avoir un très bon antidouleur. La préparation est un peu longue, mais le résultat est garanti." Elle savait bien de quoi elle parlait. Cela fait un moment qu'elle prépare ça pour contrer les douleurs occasionnelles de son ami blanc.

Enfin le vieil homme releva un point important, le fait qu'elle parle de poison. Elle sait les faire à la perfection, mais n'en a encore utilisé aucune pour tuer. "Je ne suis pas une sorcière, je n'ai aucun pouvoir pour accomplir ma vengeance. Je m'appuie uniquement sur mes connaissances botaniques et les plantes sont d’une richesse infinie. Alors oui, je connais bien les poisons, ceux qui tuent lentement, ceux qui font périr dans d’atroce douleur... Mais aussi étonnant que ça puisse paraitre, ma première victime n'a pas été empoisonnée. Je lui ai fait tester un petit mélange hallucinogène et je n'ai eu qu'à la pousser au suicide..." C'est la première fois qu'elle parle de ça à quelqu'un, en dehors de Edward. Ici, personne ne sait que Sonja est une meurtrière. De plus, elle doute que Whisper la dénonce et si jamais il compte le faire, elle n'aura aucun scrupule à l'éliminer. Car personne ne pourra se mettre en travers du chemin de sa vengeance.   Elle finit de prendre la quantité de mousse qu'il lui fallait et rangea le tout dans son sac le temps que le vieil homme en fasse autant.
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