Herbologie [Whisper]

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Herbologie | Feat Whisper
Juillet 1688, Apothicairerie Barlett's en centre-ville.




    Le mois de Juillet a ses avantages, autant que ses inconvénients. Le solstice d'été est passé, les journées sont désormais plus longues, les balades en forêt moins dangereuses et beaucoup de variété de plantes se laissent finalement découvrir à cette époque de l'année ; une occasion rêvée pour toute personne s'intéressant de près ou de loin à l'herbologie, la phytothérapie ou la pharmacologie.

    Cherry n'avait que 14 ans à cette époque-là ; curieuse comme à son habitude, elle avait commencé à s'intéresser à ces plantes qui peuplent les bois çà et là, à leurs vertus thérapeutiques ou médicinales, bien que ça ne soit pas quelque chose de bien vu de la part d'une femme, d'autant plus aussi jeune. L'on disait que "ça lui passera", ou que "ce n'est qu'une question de temps avant qu'elle ne comprenne ce que sont les vraies priorités d'une femme de son rang", et bien des choses encore. Mais elle, elle savait déjà à l'époque que non, ça ne lui passerait pas. Son avenir lui semblait déjà trop important, et elle était persuadée d'être destinée à ne pas être une simple femme à l'importance secondaire.
    C'est pourquoi les plantes lui avaient parut être une bonne approche plutôt que de se lancer dangereusement à corps perdu dans la magie ; et c'est aussi comme ça qu'elle avait au préalable repéré ce magasin, en s'y promenant avec son père, et bien qu'une jeune femme qui se promène sans un homme soit quelque chose de mal vue, encore une fois, elle y était allée plusieurs fois durant les deux premières années de son arrivée. La première fois prétextant qu'elle avait besoin de quelque chose pour la toux de son père et ses servants, les autres fois ses questions étaient bien plus ciblées et les soupçons ont commencé à s'installer, jusqu'à ce que le nègre gère les affaires. Elle avait suffisamment apprit de la mégère qui dirigeait le magasin pour ne pas être impressionnée par ce grand homme aux cheveux grisonnants.

    Et ce jour-là, elle passait enfin la porte du commerce, pour la première fois depuis que l'esclave affranchi Whisper avait pris les devants. La rumeur s'était vite répandue et avait fait du bruit du côté des commères que Caoimhe se forçait déjà à côtoyer par pur intérêt... D'étiquette, dirons-nous.

    Drapée d'une bien jolie robe aux couleurs chaude et aux motifs rappelant son rang social, la demoiselle avait laissé claquer ses talons contre le parquet grisé et inégal mais qu'elle commençait déjà à bien connaître de la boutique, repliant soigneusement son ombrelle rosée avant d'entrer. Un vif coup d’œil aux étagère, elle avait salué poliment le nègre au comptoir, l'air pourtant désintéressée, voire hautaine, comme à son habitude.
    Bonjour. Elle s'était contentée de dire en pénétrant un peu plus la boutique, décidée à lire les étiquettes sur les jarres de verre posées sur les étagères. Sa posture était bien droite et fière, son attitude dégageait préalablement ses intentions décidées ; ses talons claquaient lentement sur le parquet tandis qu'elle ne se penchait pas pour observer plus convenablement les plantes mais qu'elle lisait quand même. Au delà d'avoir besoin d'apprendre le nom des plantes et leurs bienfait, elle cherchait surtout à en connaître un maximum sur le sujet, par des moyens détournés. De ce fait, c'est naturellement qu'elle a demandé: Auriez-vous quelque chose pour apaiser les douleurs abdominales ? Et par douleurs abdominales, elle sous-entendait bien les désagréments causés par sa capacité à donner la vie ; mais ça, sans doutes qu'un homme ne saurait saisir la subtilité. Elle avait poliment tourné la tête vers le nouveau responsable du magasin, le toisant quelque peu malgré elle.
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le 07.01.17 1:02

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Bartlett’s. Chaque fois que Whisper remonte le volet pour dévoiler ce nom, sa moustache grisonnante en frémit de frustration. Ce patronyme devra le suivre jusqu’à sa mort. Sa condition lui interdit de le changer, et les soupçons risquent de s’éveiller s’il utilise la vieille pour ça. L’affranchir, soit. Mais céder la boutique ancestrale à un nègre ? La boutique lui appartiendra tant qu’elle sera en vie. Le fait qu’il ait besoin d’elle jusqu’à la fin de ses jours l’irritait d’autant plus. Au moins, désormais, il la tient en laisse. Ce matin, il l’a accompagnée sur le perron de la demeure et l’a faite asseoir sur la chaise à l’ombre du toit. Pour qu’elle profite du soleil, qu’il a dit. Tu parles. Plutôt pour que les puritains ne soupçonnent rien. Juste une veuve qui a perdu la tête, vieillesse oblige. Quoi de plus habituel ?

Alors que l’apothicairerie ouvre ses portes, Whisper sent déjà les regards des autres commerçants se poser sur lui. Leurs yeux dardent la moindre erreur, le moindre faux pas. Leurs langues fourchues n’attendent que cela pour s’agiter. Mais le nouvel apothicaire de Warwick Bay se montre toujours prudent, toujours discret, toujours aimable. Il a le parler sirupeux, le geste pointilleux. Les comptes sont tenus avec soin. Personne n’a éventré la caisse. Les boîtes de toutes les couleurs sont alignées comme il faut, par ordre alphabétique. Et la boutique sent toujours aussi bon. Tous ont constaté en pinçant les lèvres que ce commerçant n’a rien à se reprocher.

Vêtu d’une simple chemise blanche rentrée dans un pantalon surmonté d’un tablier gris, Whisper attend. Accoudé sur son comptoir, le menton posé sur la main, il scrute l’entrée de son petit commerce. L’apothicairerie, en plus d’être un travail plutôt calme, fonctionne bien. Qui n’a pas besoin d’un médicament ou d’une infusion ? C’est là que le sorcier aperçoit une petite silhouette blonde, affublée d’une robe à fleurs. Une petite bourgeoise sans chaperon ? Voilà qui est surprenant.

« Bonjour mademoiselle. » lui répond-il avec un sourire courtois.

La demoiselle s’avance, avec ce petit haussement de menton si typique de sa classe. Il reconnaît la fille Perkins. Plutôt curieuse, intéressée. Mais d’une arrogance ! Enfin, qu’est-ce que ça change. Le sourcil levé, il écoute sa question avec intérêt. Crampes abdominales ? Pour une jeune femme de son âge, une seule raison devait s’imposer. La mère Bartlett disait que c’était le signe de porter un enfant. Whisper, lui, a toujours eu quelques réserves. Faire un gosse à un si petit corps, c’est assurer la mort à au moins l’un des deux.

« Je vais vous chercher ça. »

L’apothicaire attrape son escabeau en bois et le fait glisser jusqu’à la lettre F. Il grimpe et saisit une boîte rouge, où des feuilles séchées s’entassent.  Sentant le regard de la jeune blonde lui piquer la peau, il revient vers elle et pose la boîte sur le comptoir avant de l’ouvrir et d’en sortir quelques fanes.

« Une infusion de feuilles de framboisier, deux fois par jour. Il vous en faut pour combien de temps ? »
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le 07.01.17 16:45

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    La courtoisie dont faisait preuve le nègre de Mrs.Barlett étonnait déjà la jeune Caoimhe ; c'était l'un des rares esclaves - affranchi, soit - avec lequel elle avait pu conversé un tant soit peu d'autre chose que du beau temps ou des devoirs d'une femme, même si leurs échangent avaient été brefs. Ce n'était pourtant pas suffisant pour qu'elle se comporte différemment avec lui qu'avec les autres nègres, et cela justifie d'autant plus sa surprise quant à la courtoisie usée par celui-ci. Non pas qu'elle était pour l'esclavage, ni contre d'ailleurs, elle avait simplement suffisamment à s'occuper avec sa petite personne pour véritablement s'en faire du sort des autres. D'autant plus que Whisper est affranchi désormais, alors pourquoi s'en soucier.

    Elle le suivait des yeux alors qu'il se déplaçait dans la pièce, se tenant à distance tout de même, plus par habitude d'étiquette qu'autre chose. F ; elle le regarde grimper tout en se penchant discrètement pour lire les différents noms inscrits sur les boîtes et bocaux. Tant d'étiquettes aux noms plus fous les uns que les autres... Ses yeux s'étaient soudainement levés vers l'homme quand le grincement de l'escabeau sous ses pieds avait retenti dans la boutique ; à son tour, la demoiselle Perkins s'était redressée, reprenant sa posture habituelle avec son profil royal. Ses prunelles brunes s'étaient posées le nègre qui revenait assez tranquillement au comptoir pour dévoiler le contenu de la boîte. Cherry s'était approchée, cherchant peut-être à sentir, mais surtout à voir ce qu'elle  contenait, semblant malgré elle distraite de ce que lui conseillait le nouvel apothicaire.
    Hm- Un petit instant, le temps de se rencontrer sur lui. Est-ce en prévention ou à boire quand les douleurs pointent ? Avait-elle demandé, comme pour gagner du temps et des informations.
    Ses yeux doucement ouverts et son petit nez et sa petite lèvre supérieure retroussées lui donnaient depuis toujours l'air d'être au dessus des autres, et sa voix reposée mais assurée, mielleuse et froide, aidaient déjà à parfaire l'image que l'on pouvait se faire d'elle; bien que, du haut de ses quatorze années, il était parfois possible d'entendre dans sa voix l'enfant curieux qu'elle était restée, cette pointe d'immaturité innocente propre à la découverte du monde.
    Par ailleurs, quelles sont les propriétés de cette plante ? Elle n'a cette fois pas demandé quoi que ce soit au sujet de la saison pour en trouver ; les framboises, l'on pouvait s'en inquiéter auprès des marchands. En revanche, ses yeux pétillaient de fascination ; elle ignorait que les feuilles de framboisier avaient de telles vertus. Sans doutes décontractantes, du peu qu'elle avait pu retenir jusque là des plantes qui soulageaient les douleurs et autres crampes.
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le 08.01.17 22:08

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Les yeux noisette de l’affranchi ne cillent pas lorsque la jeune femme lui demande davantage de détails. Intéressant. D’habitude, les clients, viennent, prennent, s’en vont. Surtout depuis que Bartlett’s est tenue par un noir. Ils sont pitoyables, tous autant qu’ils sont, à tenter de masquer leur dégoût et leur mépris. C’est à se demander si cette nouvelle croyance qu’ils nomment quakerisme finira par s’implanter à Warwick Bay comme dans les esprits. Whisper peine à le croire : les puritains sont trop bornés. Dans leurs estomacs moisis, le grain de la haine a déjà fructifié, écorchant leurs consciences de ses racines dès le premier cri. Il n’y avait qu’à voir cette petite blonde dont le regard hautain prétend la supériorité. Ce qui n’empêche pas l’apothicaire d’afficher un ton égal lorsqu’il lui répond :

« Dès que la douleur commence à se montrer, n’attendez pas. Si elle est prise trop tard, l’infusion agit difficilement. »

Un sourcil broussailleux se hausse lorsque la jeune Perkins lui donne une requête plus précise. Tiens ? Intéressant. L’attitude de cette gamine suinte à la fois le dédain et la curiosité. Sincère. Ainsi, une petite bourgeoise comme elle s’intéresse aux plantes. Eh bien, autant lui donner ce qu’elle veut. Sans la perdre avec des mots compliqués, qu’elle devrait connaître et qu’on ne lui enseigne sans doute pas.

« Les feuilles ont un effet relaxant pour les douleurs féminines. Pendant l’accouchement, aussi. Sinon, c’est un bon digestif et ça peut servir pour les diarrhées. » décrit-il.

Whisper ne sait que penser de la demoiselle. Il a entendu quelques commérages à son propos. Une fille plutôt solitaire. Indépendante. Qui ose se montrer sans chaperon et semble peu intéressée par ses futurs devoirs de femme, d'épouse et de mère. Drôle de gamine. Il n’empêche que son petit minois lui inspire quelque antipathie. Son intérêt pour l’herboristerie n’est pas non plus anodin. Peut-être que ça lui passera, avec l’âge.

« Pour combien de jours vous en faut-il, alors ? » insiste-t-il.
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le 10.01.17 1:06

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    Sa petite blonde hoche lentement de bas en haut. Par réflexe, sa petite main soignée et délicate vient jouer avec une mèche de cheveux qui s'échappe maladroitement de la tresse faite ce matin. Attentive à ce que lui explique le nègre, Caoimhe reste pourtant droite et assez sérieuse malgré les petites épines de curiosité qui se plantent dans sa peau. Elle aurait tant de questions à lui poser sur différentes plantes. Son impatience est mise à rude épreuve, si l'étiquette ne le lui interdisait pas, elle trépignerait sur place à l'heure qu'il est.

    Par chance, elle arrive à garder un certain contrôle sur elle-même et à ne pas assaillir l'affranchi de toute sa curiosité. Doucement, pas à pas.

    Bien qu'elle sente qu'elle ne va pas tarder à craquer.

    Une petite moue un peu gênée prend aussitôt place sur son visage ; quand on est de la bourgeoisie, les mots comme ça sont rarement employés et assez peu courtois, mais elle parvient à se faire à la situation pour ne pas lâcher un grondement de dégoût, après tout, il s'agit là d'un homme bien plus vieux qu'elle, esclave en plus, qui n'a sans doutes pas apprit les bonnes manières comme elle, et si elle veut devenir médecin elle a tout intérêt à ne pas être dégoûtée par de simples mots.
    Tout ça pour une plante qui "peut servir pour les diarrhées", hm.

    Hmr, soit. Nouveau hochement de tête, la relance lui fait plisser les paupières. ... Combien de temps peut-on conserver des feuilles pareilles ? À l'abri de l'humidité, je suppose ? Et combien de temps faudra-t-il les faire infuser ?

    Tout est sorti de sa bouche un peu plus vite qu'escompté. Elle remonte un peu le menton et déglutit, comme pour ravaler cette curiosité qui la pousse à trop en dire, trop demander, trop s'intéresser.
    Navrée, mais je ne souhaiterai pas perdre d'argent, vous comprenez. Les dépenses inutiles ne plaisent à personne. Se défend-elle de manière un peu improvisée, peu sûre d'elle. Son regard fuit celui de l'homme. Je ne voudrai pas vous en prendre une livre et demi pour rien. Conclu-t-elle, reprenant constance pour finalement poser ses yeux bruns sur l'homme de la même couleur.


HRP:
Je vais abandonner l'idée d'RP au passé sur ce topic, tant pis pour l'éventuelle crédibilité que je voulais ajouter quant au fait que ça se passe deux ans plus tôt zut
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le 10.01.17 2:51

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La gêne de la jeune femme n’échappe pas à l’affranchi. Une petite note satisfaite tinte dans ses pensées. Qu’elle ne se plaigne pas. Il est apothicaire, pas noble. Les enluminures du langage, des arabesques du verbe, sont inutiles et peu pertinentes pour un apothicaire. Il faut aller droit au but. Être précis. Ciseler ses mots comme on soigne les plantes. Avec précision et méthode. Pas avec l’hypocrisie courtoise dont les blancs semblent spécialistes.

Whisper plisse un peu les yeux à sa question. La demoiselle a beau être d’une condescendance plus qu’irritante, elle pose des questions pertinentes. D’habitude, les gens attendent en volatiles domestiqués que l’on vienne leur servir le savoir dans le creux de la main. Pas elle. Miss Perkins demande. Miss Perkins exige. Miss Perkins ne veut pas que sa bourse soit trop vide une fois sortie de l’apothicairerie.

« Vous êtes bien prévoyante. » remarque-t-il.

Une vraie petite femme d’affaires. Ses vieilles paluches viennent épouser les feuilles pour les rassembler en un petit tas. Pensif, il se soumet à la requête de la blonde et de son regard avide :

« Pour une infusion, il faut juste une petite cuillère. Vous laissez les feuilles infuser pendant dix minutes. Et vous avez raison, il faut les conserver à l’abri de l’humidité et de la lumière, dans un bocal en verre. Elles peuvent se garder jusqu’à un an. C’est beaucoup, mais elles perdent peu à peu leurs propriétés. Le mieux serait de prendre juste ce dont vous avez besoin. » conseille-t-il de son même ton affable.

Il croise les mains derrière le dos, se balançant en arrière. Son regard vif scrute l’émotion de la jeune femme. Intelligente. Hautaine, mais loin d’être stupide. Pas étonnant que son entourage se méfie. Il vaudrait mieux qu’elle s’arrête ici. Une femme qui se frotte aux plantes, surtout célibataire, ce n’est pas bien vu. Pendant les sombres années de Warwick Bay, on a brûlé des gamines pour moins que ça.

« D’autres questions ? » enchaîne-t-il.
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le 13.01.17 22:37

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    La pertinence et l'impertinence sont deux des qualités vues comme des défauts chez une femme, mais que l'on ne peut malheureusement pas reprocher à celle-ci : une demoiselle de la bourgeoisie, arrivée il n'y a pas si longtemps, dont le père ne s'occupe que peu, et qui a plus de présence d'esprit que certains hommes malgré son âge, ça a le don de choquer tout en apportant une justification évidente. Elle est jeune, ça lui passera forcément ; c'est un peu la phrase fétiche de tous les adultes qui ont peur de son comportement, de sa vivacité d'esprit, de l'intelligence qu'elle ne dissimule que peu. C'est sans doute cette volonté de s'assumer en tant que personne intelligente qui lui passera. Il est bon de parler et meilleur de se taire.

    Même si, pour le cas de Caoimhe, ça prendra un certain temps.

    La remarque de l'affranchi ne fait pas ciller la bourgeoise. Pas un hochement de tête, pas un clignement d'yeux lent et condescendant, rien. Elle reste à sa place, un peu éloignée du comptoir, immobile et droite. Fière.
    Il serait aisé pour cet homme de l'escroquer, bien que ça ne soit pas le genre de la maison d'après sa réputation, mais ses yeux trahissent un certain étonnement quant à l'attitude que sa cliente adopte. L'un et l'autre semblent bien savoir qu'il n'est pas courant - ni correct pour une femme, d'ailleurs - de poser autant de questions sur un tel sujet. La plupart des dames qui achètent des plantes savent déjà comment faire, parce qu'on leur a appris au préalable, sans doute, ou peut-être parce qu'elles pensent savoir faire sans en être sûres. Caoimhe ne veut pas se tromper ; elle veut apprendre tous les détails de la théorie. La pratique, l'on verra plus tard, mais plus elle en sait, plus vite elle pourra progresser.
    Aucune patience.

    Elle écoute attentivement les mots de l'affranchi, attentive, avide de comprendre et tout retenir. Une petite cuillère, dix minutes. Ces infusions prennent bien du temps, elle qui a l'habitude des trois à quatre minutes pour les thés... Sans doute devra-t-elle l'écrire en rentrant pour ne rien oublier ; elle passera également au marché pour poser des questions aux marchands, ou peut-être directement à son père ce soir au souper ? Hmr.
    Ses prunelles brunes s'écarquillent un peu à l'entente de leur temps de conservation. Un an ? Comme c'est étonnant. Un petit hochement de tête de sa part, cependant, acquiesçant avec le fait que les feuilles perdront de leur capacité avec le temps. Tout est gravé dans sa mémoire, il n'y aura plus qu'à mettre tout ceci en pratique.

    Cela ira, merci. Répond-elle presque gentiment à l'affranchi qui a été assez patient pour ne pas la mettre à la porte malgré le temps qu'elle lui a volé. Enfin, il était presque en train de somnoler sur son comptoir quand elle est arrivée, semblerait-il qu'elle ait participé à sa distraction de la journée. Pour les questions, elle décide en effet de s'arrêter là, même si elle aurait bien aimé avoir quelques détails supplémentaires. Je vais vous en prendre trois onces et demi. Demande-t-elle alors.
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le 14.01.17 15:52

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La jeune femme l’écoute avec l’avidité d’une élève assidue, rêvant d’en savoir plus. Whisper le lit dans son expression. C’en est presque flatteur. Rares sont les personnes qui l’écoutent avec autant d’intérêt. Après tout, il n’est qu’un noir plongeant tête bêche dans ses vieux jours. Sa seule utilité demeure dans le fait qu’il est le seul à pouvoir occuper l’apothicairerie. Pour l’instant. L’affranchi ne sait que trop bien qu’il est en sursis. De temps en temps, il jette un coup d’œil à l’entrée, les entrailles nouées, craignant l’arrivée de celui qui reprendra le flambeau. Parfois même, il le fait sans s’en rendre compte. C’est à peine si son vieux cœur devenait paranoïaque.

Lorsque miss Perkins lui précise enfin la quantité, il se baisse pour attraper la balance et un petit bocal en verre sous le comptoir. Une douleur sourde vient attraper le bas de son dos, le faisant grimacer. Les trop nombreuses cicatrices qui cisaillent sa peau n’y sont sans doute pas pour rien. À bien y réfléchir, Whisper se trouve plutôt résistant pour un homme de son âge. Il faut dire qu’il pique souvent dans la réserve pour se soigner. L’accès aux soins gratuit, quoi de plus pratique ?

Le vieillard se relève et dépose quelques feuilles dans la balance. Sa main tremble un peu, rendant son geste un peu moins précis. Mais il parvient tout de même aux trois onces et demi demandées. Les feuilles sont aussitôt jetées dans le bocal. Il le pousse vers la jeune femme, avant de déclarer :

« Ça vous fera cinq shillings, s’il vous plaît. À moins que vous ayez besoin d’autre chose ? »

Il s’abaisse à nouveau, soupirant sous l’effet de la douleur. Avant d’extirper à bout de bras son gros livre de comptes, le posant sur la table avec délicatesse.
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le 16.01.17 13:08

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    Ce n'est que maintenant que son attention est portée sur autre-chose que des indications que Caoimhe détaille vraiment son interlocuteur. Surtout le son qu'il fait en se baissant ; maintenant qu'elle le remarque, l'apothicaire semble rongé par les années, creusé par le temps, marqué par la vie. Elle glisse son regard brun vers ses mains, grandes et vieillies, habiles... Mais tremblantes. Ses sourcils se froncent légèrement vers le haut quand elle pense au fossé qui sépare leur deux personnes. Qu'aura vécu cet homme ? Qu'aura-t-il arraché, perdu, laissé tomber pour avoir une vie comme la sienne ? Que lui aura-t-on fait subir ? Elle devine sans mal qu'il est dans la soixantaine et se surprend à penser qu'il a l'âge des parents de son père. Et que lorsqu'elle sera adulte, mariée et mère d'enfants, sans doutes cet esclave aura disparu. Sans doutes qu'il ne sera plus qu'un lointain souvenir, qu'une histoire qu'elle racontera à sa progéniture en sirotant une infusion de... Feuilles de framboisiers.

    Une chose est sûre, c'est qu'elle est intriguée par cette homme. Curieuse comme tout d'en savoir plus à son sujet, sur son parcours, et ses connaissances. Elle s'étonne elle-même d'une potentielle admiration à son égard ; il reste un nègre, mais un nègre intéressant, plus vieux qu'elle, pourvu d'une plus grande maturité et expérience de la vie. Elle le verrait presque comme un grand arbre dont les feuilles tremblent au vent, vieux et sage. Elle, petite, frêle, elle le regarde d'en bas, tout en le regardant de haut, jeunesse imbue et fière.

    La voix du vieil homme la sort de ses pensées.
    Non, plus rien. Répond-elle en fouillant aussitôt, un peu maladroitement tout de même, dans sa besace, et sort quelques pièces avant de les compter, peu sûre d'elle quant au montant. Voici. Elle tend sa main en goutte, attendant celle de l'affranchi pour y lâcher la monnaie, et aussitôt fait elle attrape le bocal sur le comptoir. Je vous remercie. Dit-elle finalement avec une courbette respectueuse.

    Et sur ces mots, elle quitte la boutique, l'air toujours aussi droite et fière et bourgeoise, le pas assuré, l'allure rapide mais sans plus. Oh, elle n'a pas attendu que l'homme lui ouvre la porte ; même petite, même à quatorze ans, même en étant une femme, elle est très bien capable d'ouvrir une porte elle-même.
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le 16.01.17 19:49

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