Où coulent les frontières [PV Duncan]

[Page 1 sur 1]


Août 1690

Il faut respecter la convenance, sinon, la convenance ne conviendra plus du tout





En affaires, il y a une loi fort simple : le client réclamera toujours quelque chose d’invraisemblable dans le pire des moments. Jézabelle ne peut pas affirmer que ce moment-ci, exactement, soit le pire – elle a survécu à plus d’une famine, même si celle-ci a pour exemplarité de se manifester sous des augures particulièrement sombres. Mais lorsqu’elle doit prendre seule la route du campement des gitans, par cet avant-midi à la brume opaque, elle maudit amèrement cette parcelle de terre louée en aval des bivouacs nomades, et tout particulièrement son locataire, un certain M. Gatling.

Une lettre de sa part lui avait environ tenue ces propos : Voyez ces tziganes, pas mieux que des Sauvages, envahissent ma terre pour la chasse. J’eu pensé pouvoir établir un dialogue, mais ils ne comprennent pas même le langage tenu par la bouche de mon canon. Veuillez, madame…

Remédiez à cette situation avant que je ne créer un incident diplomatique. Les hommes n’ont aucun tact, dans la paix comme dans la guerre – c’est pour cette raison qu’ils retombent toujours dans ce deuxième état des choses, d’ailleurs.

Mme Davis serre les pans de sa pelisse avec un soupire impatient ; ce n’est pas qu’il fasse particulièrement frais dans les bois, mais avec ce brouillard, ce ne sont plus les températures qui affecte l’esprit. La fourrure de renard caresse la peau sous son menton, et la longue jupe marine, les flancs de son cheval. Un hongre d’un bai profond et lustré, faisant paraître le cuir de la selle un peu trop terne au goût de sa maîtresse. Avec tout ce qui pourrit à Warwick Bay, déjà, la croupe de l’animal semble un peu plus pointue qu’à l’accoutumé.

Tout dépérit, mais il ne faut pas trop y penser, au risque de devenir une de ces choses qui se noircit et qui se putréfie. Chaque matin, Jézabelle fait un examen minutieux de sa peau, avec cette peur irrationnelle qu’elle ait commencée à pourrir durant son sommeil. Mais elle est blanche, toujours, et douce, mais cela ne suffit jamais à la rassurer entièrement, car cette vision de banalité échoue à calmer d’autres angoisses.

Les premières caravanes colorées apparaissent entre les chênes blancs, là où le sentier s’élargit. La monture ralentit le pas, comme si elle savait. « Bien. » que Mme Davis souligne en un français limpide en tapotant l’encolure. Déjà, quelques visages observent les nouveaux venus – certains avec une curiosité méfiante, d’autres avec ressenti. Trouver ici des informations ne sera pas une mince affaire. Mais avec toutes ces paires d’yeux rivées sur elle, Jézabelle refuse d’immobiliser bêtement son cheval. Elle passe son chemin, s’aventure plus avant dans le campement.

Quand elle pose finalement pied à terre, l’étrange tension se dissipe comme par enchantement. Enfin, presque. Le marchand qui traîne là lui jappe d’un ton agressif un « y’a plus rien à acheter ». La blonde prend le temps d’attacher son cheval près de l’abreuvoir, impassible. Puis elle rétorque : « Je ne suis pas venu acheter de la nourriture, mais des informations », en effleurant sa bourse pleine sous sa pelisse afin de bien faire cliqueter les pièces.

Ah tout de suite, tout de suite… l’oreille du marchand s’ouvre très grande. Mais Jézabelle regarde ailleurs. Elle sait reconnaître ceux qui parlent pour un paiement conséquent, et ceux qui déblatèrent tout et n’importe quoi, de fausses pistes et des balivernes, pour la moitié de ce montant. Tout de même, sa main gantée glisse dans la bourse et jette à l’homme une pièce brillante qu’il attrape au vol.

« Pour garder mon cheval.
- C’est peu, qu’il fait, tout goguenard, tout futé qu’il se croit, avec ses dents grises et de travers
- Vous aurez le double à mon retour. »

Fin de la discussion. Mme Davis s’éloigne entre les caravanes, semblant savoir où elle va – mais ce qu’elle cherche ne lui tombera pas directement sous le regard. Les gitans doivent, eux aussi, connaître leur semblant de tavernes. Jézabelle ne connaît pas un brave qui n’apprécie pas l’alcool. Ni un brave à qui la boisson ne délie pas un peu la langue (et les mœurs), quand elle est bonne.
Voir le profil de l'utilisateur
le 04.08.17 14:48

_________________
avatar
Aujourd'hui n'est pas un bon jour, Duncan l'a senti dès son réveil. En vérité, plus les jours passent et moins l'avenir semble radieux. La nature se meurt et les hommes avec elle. On dirait presque que puisque les Belkhan luttent pour ne pas finir en enfer, c'est l'enfer lui-même qui vient à eux, et à toute la population au passage. Lorsque Duncan s'arrache péniblement à ses sombres réflexions, il fait le tour de sa maison mais ne trouve ni son frère, ni sa sœur. Aleera traîne probablement encore quelque part, peut être pour tenter de vendre quelques tissus. Dimitri lui, fait de son mieux pour nourrir sa famille. A chaque fois qu'il part à la chasse, il est forcé de s'aventurer un peu plus loin et un peu plus profondément dans la forêt - ce qui est plutôt mauvais signe.

Le colonie toute entière semble maudite - campement gitan compris. Celui-ci vit au ralenti, comme si les habitants devaient affronter une maladie invisible qui aurait bientôt raison des plus faibles en premier. Duncan n'a pourtant pas le cœur à s'inquiéter des plus souffrants. Il a sa propre malédiction à lever, celle qui le condamnera bientôt à l'enfer si cet abruti de Samuel Drake ne trouve pas rapidement une solution. Le gitan est tenté un instant par l'idée de lui rendre une petite visite pour le prier peu poliment de se bouger le cul, mais la déprime ambiante lui en coupe l'envie.

Il n'a pas fait trois pas dans le camp gitan que le courage lui manque déjà pour voyager jusqu'à la demeure du citoyen maléfique. De toute façon, aux vues de l'atmosphère littéralement pourrie qui plane aujourd'hui, il est sans doute plus sage de ne pas trop épuiser les bêtes. Son cheval restera donc sagement à sa place, et l'Astrée dormant de Warwick Bay se passera donc de la présence de Duncan pour la journée.

A la place, il se dirige d'un pas rapide vers la taverne la plus proche de chez lui. Il marche un court moment, parce que la maison des Belkhan est un peu isolée (et ça n'est pas pour déplaire à ses habitants). Alors qu'il passe devant les habitations de ses premiers voisins, il ne leur adresse pas le moindre regard. Le sorcier trop fier et très rancunier n'a pas encore décidé s'il a tout à fait pardonné aux gitans d'avoir partiellement ignoré ses avertissements avant l'attaque du Wendigo.

En arrivant dans la taverne, il trouve place dans un coin isolé, parfait pour se livrer à son activité favorite - boire - tout en gardant un œil discret sur le reste de la populace présente. Il n'a pas le temps de finir son premier verre qu'une lady perdue entre dans le lieu peu recommandable et déclenche sur son passage quelques sifflements et remarques obscènes des habitués déjà bien attaqués par la boisson. Duncan est aussi surpris que les autres par une telle présence, pourtant il reste silencieux. On a déjà vu des gitans se rendre à Warwick Bay pour faire du commerce, mais les visites des citoyens de là-bas jusqu'ici restent plus rares, en particulier lorsqu'il s'agit d'une femme d'une telle prestance. Clairement, elle n'a rien à faire ici.

Alors qu'elle arrive à sa hauteur, Duncan lui adresse un regard un peu moqueur. "Vous avez l'air foutrement perdue. Vous voulez un verre ?" Quel gentleman il fait.
Voir le profil de l'utilisateur
le 20.08.17 21:32
Jézabelle ne met pas longtemps à trouver ce qui s'apparente à un petit cabaret. Sur la devanture en bois, on a tiré une grande tapisserie délavée sensé donner des couleurs vibrantes à l'établissement, sans doute. Mais le temps a raison des plus belles couleurs. Lorsque la Sawkins entre, elle est loin d'être étonné par la clameur de taverne qui se lève à son apparition, comme un rideau. Spectacle. Et puisque Mme Davis est bonne actrice, elle donne à cet auditorium de sifflements et de remarques grivoises le meilleur d'elle-même : une froideur martiale. Elle avance en prenant bien soin de les juger, table par table, sans presse et sans émotions, pour bien paraître au-dessus de tout cela.

Quelques hommes à la virilité affectée soutiennent son regard avec une colère offensée - les autres s'en foutent bien ou détournent les yeux en jugeant d'autres combats plus salutaires. C'est sur une paire d'iris clairs à l'éclat moqueur que Jézabelle s'arrête. Instant d'indécision ou non, elle a trouvé son vainqueur : il lui adresse la parole avec sa voix de rôdeur et son vocabulaire pour le moins... fleurit. Un sourire féroce écorche les dents blanches de la dame mais, par manières, elle le garde à moitié dissimulé derrière ses lèvres qui savent se faire plus discrètes.

« Si j'étais foutrement perdue, comme vous dites, je n'accepterais pas de m'alcooliser avec le premier manant me proposant sa compagnie. »

Gracieusement, elle tire sa jupe et s'assoit sur la chaise grinçante, face au gitan. Légère et résolue, voilà un mélange quelque peu étrange qui attise la curiosité chez certains mais qui, pour la plus part des autres clients, leur font abandonner l'affaire. Que de problèmes, ces citoyens qui viennent fourrer leur nez dans les affaires du campement.

« Et bien entendu, je veux un verre. »

Il y a de la lumière dans l'oeil de Jézabelle, quoi qu'un peu moins vive que celle du gitan ; on ne peut pas dire si elle est amusée, mais, clairement, elle accroche au petit jeu qu'on vient de lui tendre. Sitôt souhaité, sitôt obtenu - une dame sans âge suivait de près, un plateau sur le bras. Avant que quiconque puisse placer un autre mot, une choppe plein d'eau-de-vie glisse sous le nez de la Sawkins. « Madame », que fais poliment la tenancière des lieux. Avec application (et on ne saurait dire si c'est par politesse ou agacement), la gitane incline brièvement le menton. Puis la deuxième chope va rejoindre l'homme assis en face, poussant celle qu’il s’applique déjà à boire, sans cérémonies, cette fois. Sèchement, la tenancière déclare : « Belkhan... » La dernière syllabe est résolument à pic. Jézabelle voit le regard en coin que l'autre femme lui lance, comme un avertissement, ou l’attente d’une réaction quelconque.

Mais Mme Davis ne connaît pas les racontars qui se font ici. Elle reste interdite et la gitane finit par s'éclipser avec un visage légèrement amer. Tant pis pour elle, qu'elle semble penser. La blonde trempe ses lèvres dans l'alcool, les yeux levés vers ce Belkhan, alors.

« Vous ne semblez pas avoir bonne réputation. Devrais-je me méfier ? »

Observation dite nonchalamment sur le rebord métallique de la chope. La lumière narquoise dans le regard de Jézabelle s'intensifie. Mais il y réside aussi quelque chose de plus dur ; un air d'arrogance qui met silencieusement cet homme au défi de démentir ses propos. Si la Sawkins a toujours apprécié les réceptions mondaines, ce n'est pas anodin - les brins de causettes inoffensives sont de merveilleux outils pour se forger une idée et une arme envers n'importe quel interlocuteur. Ainsi, elle s'apprête à faire ce qu'elle sait de mieux ; mener une danse des mots.
Voir le profil de l'utilisateur
le 26.08.17 15:46

_________________
avatar
A sa grande surprise, le gitan voit la dame prendre place face à lui. Le mouvement est si inattendu qu'il ne sait pas s'il doit s'en amuser ou s'en méfier. Alors il reste silencieux, et il se contente de la fixer, comme s'il allait pouvoir la sonder d'un regard. Elle est sacrément orgueilleuse pour oser venir se promener dans le campement des gitans, qui plus est dans une taverne pareille, et à la table du Belkhan maudit le plus méprisé de tous - pour surenchérir encore. Elle doit être soit complètement inconsciente, soit parfaitement désespérée, pour en être arrivée là. Mais se sont les autres, qui chuchotent en leur jetant des regards mauvais. Duncan ne s'en inquiète plus, il sait que c'est la peur des rumeurs qui fait parler les plus faibles d'esprit à son sujet. La femme, elle, s'installe avec une élégance propre à ceux de la haute société, sans montrer la moindre trace d'inconfort.

Duncan n'a qu'un geste de la main à faire, sans quitter sa nouvelle invitée du regard, pour que la tavernière s'exécute. En s'approchant pour livrer les boissons, elle s'adresse d'ailleurs à lui le plus sèchement du monde, visiblement effrayée comme d'autres par cette obscure histoire de malédiction qui se raconte au sujet des Belkhan maudits. Le gitan ne s'en offusque pas davantage, il se contente de la suivre un instant du regard, avec un léger sourire en coin. Comme sa sœur, il s'amuse souvent de cet effet que leur lignée a sur le reste de la population. Seul Dimitri s'inquiète d'améliorer leur réputation.

Et puis l'étrange citoyenne l'interpelle avec sa question. Une interrogation qui sonne comme provocante aux oreilles de Duncan. Il ne peut pas retenir un sourire, silencieux mais plein de sens. La femme a bien observé. Elle semble loin d'être bête, et pourtant elle continue de le regarder avec cette lueur de défi dans les yeux. De toute évidence, elle n'est pas comme les autres. Elle capte alors toute l'attention du maudit.

"Vous devriez vous méfier de tout le monde ici." Il répond volontairement à côté, en lui rappelant à demi-mots qu'elle n'a rien à faire ici. "Surtout en étant seule." Il appuie ce fait avec un air qui n'est pas particulièrement menaçant. Imperturbable, il fait passer le manque de sécurité ambiant pour les citoyens pour de la normalité.

Pourtant, il est loin de lui demander de partir. Une telle démarche serait grossière après l'avoir justement fait assoir à sa table. Qu'importe, la suffisance qui se reflètent dans les pupilles de la belle fait comprendre à Duncan qu'elle ne se laissera pas impressionner par de simples mots. Le gitan s'en contrefiche, elle ne pourra pas dire qu'il ne l'a pas prévenu. Pourtant, il doit bien reconnaître que cette imprudence avérée attise aussi son intérêt pour la nouvelle venue.

"Pour qu'une belle comme vous s'avance seule jusqu'ici, il lui faut forcément une excellente raison." Duncan déclare en plongeant son regard clair dans celui provoquant de la femme qui lui fait face. Les yeux de son interlocutrice ne brillent pourtant pas d'un désespoir terrifié qui trahit l'urgence d'une situation inconfortable. Au contraire, la femme semble même résister avec aisance à l'inquiétude qui devrait pourtant au moins la mordiller. "Et un sacré caractère." Il se sent obligé d'ajouter. Une telle détermination trahit pourtant certainement la réalisation d'un devoir auquel elle ne doit pas échouer. "Alors si vous n'êtes pas perdue, qu'est ce que c'est, votre raison ?" Le gitan questionne à son tour, pour aller droit au but. Et il la sonde encore, du même regard arrogant qu'elle a osé porter sur lui. C'est elle qui a besoin de quelque chose. Duncan, lui, nage dans la tranquillité. Et par ce simple fait, il sait qu'elle ne pourra pas tout lui refuser.
Voir le profil de l'utilisateur
le 03.09.17 18:57
« Vous devriez vous méfier de tout le monde ici. – les yeux de la dame s’amincissent - Surtout en étant seule. »

Voyez donc. L’agacement l’emporte, surtout lorsque Jézabelle accorde de l’importance à ce petit sourire goguenard qu’elle voit flotter sur la bouche du gitan avant sa savante mise en garde. Il est bête, ou alors il n’a croisé que des jouvencelles étourdies avec lesquelles il fallait user de paroles bêtes pour bien se faire entendre. Mme Davis a-t-elle des airs d’idiote ? Elle inspire, comprend que si elle peut toutefois passer pour une imprudente, c’est que sur son visage ne sont pas marqués les souvenirs d’endroits beaucoup plus sordides que ceux-ci qu’elle a un jour fréquenté. Mais qui pourrait se douter, en regardant sa peau de pêche, ses bonnes manières de la Haute et son cou fragile, qu’elle ait déjà pu traîner ses pieds dans la misère humaine, celle qui vous fait vomir de honte et de laideur.

Soit. Jézabelle se garde de rectifier les impressions de ce si bon gentleman en devenir, pour l’instant. Car bien qu’elle pourrait, comme bien des femmes, jouer de cette apparente faiblesse qui est la sienne, la Sawkins possède un ego beaucoup trop enflé pour ne pas chercher à bien se faire connaître dans les moments qui suivront.

« Pour qu'une belle comme vous s'avance seule jusqu'ici, il lui faut forcément une excellente raison. »

Jézabelle appuie ce commentaire d’un regard tranchant, complice, allons, continuez donc d’explorer, j’aime entendre les esprits d’analyse. De toute façon, la veuve n’est pas ici pour jouer la mystérieuse ; elle est venu ici chercher quelque chose, et ne repartira pas sans l’avoir obtenue. Et un sacré caractère, qu’il rajoute. Cette fois, les yeux étrécies de l’anglaise se confondent avec ceux d’une chatte. Elle boit une autre gorgée ; son silence parle pour elle.

« Alors si vous n'êtes pas perdue, qu'est-ce que c'est, votre raison ? »

Elle lève à nouveau son verre, mais en inspecte plutôt le contenu, puis le repose. « D’abord… je ne suis pas venue pour des flatteries, monsieur Belkhan. » Jézabelle n’est pas imbue d’elle-même au point de penser que ce une belle, et ce sacré caractère sont des compliments ; non, elle veut simplement creuser une distance d’un bon coup de machette, efficacement et proprement. Ne laisser planer aucun sous-entendu. Ne laisser aucune longueur. Elle lève les yeux, dévisage le gitan et adosse plus confortablement ses épaules sur le dossier de la chaise, les doigts délicatement posées sur sa chope. Il a une belle gueule, ce voyou.

« Ce sont les affaires qui m’obligent. » Silence, mesure. Jézabelle prend une voix feutrée qui ne s’adresse qu’au gitan et qui se perd dans le brouhaha enfumé de la taverne : « Je suis assise sur une mine d’or, monsieur Belhkan. Je n’aime pas qu’on y touche ; cela me rend inconfortable. Vous n’êtes sans doute pas étranger à la grande forêt de pins qui s’étire derrière votre campement, en amont. Un ruisseau la sépare du territoire des gitans, la limite est on ne peut plus clair, même pour de parfaits imbéciles. Cette forêt, c’est la mienne. Celle au Sud de Warwick Bay également. La plaine de Camp Hill m’appartient. Lower Allen, Rutherford, Bucks Valley, le versant ouest de Mont Patrick… m’appartiennent. »

Mme Davis dilue l’acidité en fin de phrase dans une lampée d’eau-de-vie. Du regard, elle interdit au Belkhan de dire quoi que ce soit avant qu’elle n’ait finit son petit exposé.

« Si les sauvages ne comprennent pas très bien les notions de propriétés, je sais que les gitans, eux, les assimilent fort bien. C’est pour cette raison que je ne peux m’empêcher d’être contrariée lorsqu’ils chassent sur mes terres, et d’autant plus lorsqu’ils se plaisent à croire que la bonne veuve Davis ne se risquera pas à intervenir. »

Les traits se sont tirés sur son visage. Elle observe l’homme avec attention, cartes sur table, veut son avis, son pouls, veut tout : « Les gitans sont un peuple fier. Aussi devrait-il être le premier à comprendre que je ne puisse laisser leur arrogance salir le nom de mon mari. »

Elle veut qu'il parle, qu'il rit, peut-être, ou qu'il se lève comme s'il en n'avait absolument rien à foutre, parce que jézabelle sait déjà comment obtenir son aide, avec une proposition plus alléchante encore que les pièces d'or dissimulés dans sa bourse. Il n'a qu'à être bon chasseur, et il a déjà la gueule de l'emploi.

Et puis, soyons franc. Avec cet air moqueur qui lui passe parfois dans les yeux, parfois sur les lèvres, la Sawkins reconnaît là un trait de caractère qui se délectera, comme elle, des affaires et du défi qu'elle lui proposera.
Voir le profil de l'utilisateur
le 14.09.17 18:47

[Page 1 sur 1]

Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum