Ce qui est sombre ne peut noircir [Talion&Jézabelle]

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Août 1690

La viande des dévots peut-elle être faisandée ?




Elle se lève à des heures tardives, ces temps-ci… l’air est lourd, même sans humidité et sans chaleur, à porter ainsi la rumeur adipeuse de quelque malheur. Le soleil brûle avec timidité. C’est un avant-midi que Mme Davis préfère écouler dans sa demeure où elle fait crépiter les bûches dans l’âtre afin de donner une impression de chaleur à cet été étrange qui les a tous, depuis longtemps, abandonné.

« Cette pestilence est insupportable… ne vous ai-je pas demandé de mettre des fleurs dans cette maison ?
- J’aimerais bien, madame, mais elles ne poussent plus dans les champs… »

Silence. Ce sont des sujets qui ont déjà été de maintes fois abordés. Sa servante peigne longuement sa chevelure blonde et Jézabelle n’a pas l’énergie, ni l’envie, de la relancer sur d’autres sujets d’ordre technique ; elles ne vont pas essayer de se donner l’impression d’avoir quelque chose à faire. La pourriture n’est rien, pour l’instant – c’est cette oisiveté qu’elle impose qui ronge d’abord les esprits. Sawkins claque de la langue.

« Doucement, enfin.
- Pardon, c’est qu’il y a beaucoup de nœuds. Comment dois-je vous coiffer ?
- Proprement. Je dois sortir.
- Ah ? »

Jézabelle lance un regard aiguisé par le reflet du miroir et sa jeune domestique rougit de son indiscrétion. Silence, encore. Pourquoi les oiseaux ne chantent-ils pas, dehors…

« J’ai terminé.
- Toujours aussi délicate, Eugénie. Merci beaucoup. »

Ah oui, parfois, la Maîtresse peut sembler si conciliante… la domestique trottine jusqu’à la lourde armoire de cèdre et y décroche une cape sombre qu’elle fait enfiler – un mois d’août aussi frisquet, c’est du jamais vu. Enhardie par la mine soudain plus détendue de Mme Davis, l’adolescente s’aventure avec un sourire coquin sur des sujets plus féminins : « La fourrure de martre sied si bien à votre teint, madame… et je suis d’avis que plusieurs gentils hommes doivent le penser également. »

Le bruit d’une gifle claque sèchement dans l’air.

La domestique porte une main à sa joue échaudée avec une stupeur qui tue dans l’œuf son élan déplacé de coquetterie. L’espace d’un instant, un feu glacé carbonise les pupilles dilatées de Jézabelle comme de petits morceaux de charbon dans un rond de cendre pâle… Puis l’éclat disparaît, et une tenue exemplaire revient se poser délicatement sur son visage élégant. Sawkins boutonne elle-même la cape pendant que la jeune fille dévisage le vide, tétanisée, les cils perlés de larmes qui n’osent s’échapper.

Mme Davis inspire sans bruit et laisse fleurir un rictus magnanime sur sa mine radoucie : « Tout comme votre délicatesse, Eugénie… j’apprécie également votre discrétion pour ce qui est de ma vie sentimentale, laquelle ne concerne que moi-même. »

La domestique hoche le menton sans relever les yeux et Mme Davis s’évanouit dans le couloir, légère. À la cuisine, un bol d’avoine trône sur la table. Toutes les pommes du caveau ont pourri, qu’on lui a dit. Les pommes de terre, les oignons, les choux, fraîchement récoltés, se sont noircis. Il semblerait que l’estomac de Jézabelle noirci lui aussi, puisque rien ne lui inspire la faim depuis qu’a commencé la famine.

La bile au corps, Mme Davis prend le chemin menant à l’église, car tout le monde sait que les jeûnes sont l’apanage du dogme. Sur la route, une odeur de putréfaction oblige les passants à presser le pas. Jézabelle place un mouchoir devant son nez – sur le bord de la voie, un cadavre de chien galeux croupi dans ses propres liquides.

Seigneur, accordez-nous votre miséricorde…

La maison de Dieu se dresse là, ouverte, et pourtant, elle n’a jamais semblé aussi peu invitante. Sawkins s’immobilise devant l’église déserte – passées les portes, les rangées de sièges vides éveillent une hésitation, comme une vieille angoisse. Les ombres s’allongent partout, et davantage à l’intérieure des bâtisses…
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le 28.07.17 22:41

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À ses pieds, le corps sans vie de l'animal, la chair rongée par les parasites, l'odeur infâme qui s'en échappe. Il n'est rien l'animal. Pour aucun de ces gens. Il n'est qu'un amas de chair souillée, vision cauchemardesque de muqueuse sanguinolente et putrescente.  Talion est là, debout à observer cette horreur sous ses yeux et sent un mot, il attend. Il attend que son cœur cesse sa litanie douloureuse face à la misère de l'animal qui n'attire la compassion de personne. C'est finalement le heurte contre son épaule qui l'arrache à sa contemplation tendit que la voix rauque et agacée, moqueuse, d'un citoyen, le ramène sur terre.

« Hey l'idiot, t'as pas autre chose à regarder ? »

L'homme continue sa route alors que les yeux clair et froid de l'inquisiteur le suit du regard. Au bras de l'homme, une femme joliment vêtue, merveilleusement coiffé et dont le parfum embaume assez pour chasser l'odeur de la carcasse durant un court instant.

« Un jour il faudra m'expliquer pourquoi l'inquisiteur Vail garde ce simple d'esprit avec lui.. »

Et leur éclate de rire se noie dans la masse de la populace qui grouille comme des vers. Et Talion attend doucement, observant ses gens, leurs visages, croisant leur regard, écoutant le chant de leur cœur abominable. Sourd et aveugle à la misère qui les entoure. Mais une mélopée s'élève plus fort que les autres, comme un battement sourd et grinçant. C'est un cœur durcit et malheur, atroce et rongé de noirceur. Et c'est le sien à elle, cette beauté à la chevelure d'or qui passe devant lui, mouchoir plaqué sur le visage pour ne pas avoir à renifler l'odeur de ce chien. Perplexe devant la sensation amère que laisse cette femme sur son chemin, Talion se détourne de son macabre compagnon à ses pieds et engage le pas doucement. La colossale stature circule entre les citoyens jusqu'à l'église. Il ne la lâche pas du regard, cette puissante et monstrueuse demoiselle. L'église lui a toujours offert un refuge merveilleux à travers son silence. C'était là que les cœurs battaient le plus, mais avec une sérénité nouvelle. Sous l'ombre de la croix, les gens cessait le mensonge... Il s'y engouffre, le Cerbère. Il n'y a presque personne ici et déjà, il voit cette femme qui luit dans ses vêtements et ses bijoux plein de richesse. Le pas lourd mais discret, Talion s'approche et se glisse dans la rangée juste derrière la somptueuse inconnue. Il fixe sa nuque dévoilée, il hume secrètement ce parfum exalté. Divine beauté. Salope insoumise. Il sait ce qui se cache dans son cœur.

« Pécheresse. »

Accuse-t-il dans un souffle sans que son regard ne se détourne de cette nuque longue comme celle d'un cygne. Dieu avait toujours mis en garde contre ces fausses séductrices, contre celles au cœur mort. Les démones, putains du démon. Lentement il se penche, posant ses mains sur le dossier du banc qui accueil la demoiselle et souffle contre sa nuque, le murmure rauque, presque menaçant.

« Puis la convoitise, lorsqu'elle a conçu, enfante le péché; et le péché, étant consommé, produit la mort... »


Jacques 1:15
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le 02.08.17 14:30
Elle y est entrée, finalement. Parce que ce qui lui fait le plus peur se cache ailleurs que dans cette église vide, et c’est justement pour se tenir éloigné de cet endroit qu’elle ressent ce pressant besoin de s’asseoir sur l’un des vieux bancs en bois, de joindre ses mains sur ses jupes, de fermer les yeux sans plus porter attention à l’obscurité qui l’entoure, mais à l’obscurité plus opaque encore, derrière ses paupières closes. Les prières emplissent sa tête silencieuse – Jézabelle a toujours préféré s’adresser au Seigneur par la pensée. À haute voix, elle garde cette impression persistante de parasiter le message, de le rendre plus terrestre, peut-être, alors qu’il devrait absolument s’élever au rang du divin à la seconde où les mots se forment dans son esprit.

Il fait frais, dans la bâtisse. Ici, on dirait que même la maladie, la pourriture et ses odeurs funestes ne peuvent l’atteindre. Alors Mme Davis baisse la garde, comme il se doit, comme on se découvre sur le pas de la chapelle, comme on y entre avec une espèce de stupeur respectueuse ; le mysticisme ne quitte pas ceux qui vienne ici tous les jours, et pour les non-croyants, pensez-vous, c’est pire. Dans son recueillement, donc, la grande blonde n’entend pas le glissement des bottes sur les lattes – ou alors, elles ne font aucun bruit, car leur propriétaire est une ombre aussi agile que celle qui se dresse à l’orée de leur destin -. Elle n’entend pas son instinct qui l’appel, elle n’entend pas le souffle de l’homme. Et à défaut, elle le sent.

Un respire tiède, poussé contre sa nuque, presqu’aussi atroce que l’accusation qui l’accompagne ; tout s’échoue sur sa peau, la pénètre, par les pores, pécheresse… Les yeux de Jézabelle se sont ouverts presqu’aussi vite que ceux d’un mort qu’on ressuscite de la tombe. Elle n’ose pas bouger (rigidité cadavérique, dit-on). La surprise l’a raidi, puis l’a laissé toute veule, l’espace d’une seconde, avec ses doigts gelés qui n’ont pas trouvé la force de se serrer entre eux. Peut-être l’anglaise se serait-elle laissée envahir par son trouble, si elle n’avait pas eu la certitude que cette voix ne provenait pas d’en Haut, ou d’en Bas.

Cette fois, les mains qui se posent de part en part de ses épaules, sur le dossier du banc, font un grincement affreux. Jézabelle inspire profondément, même si tout ne passe pas très bien avec ces molaires du fond qui s’appuient les unes sur les autres avec une pression certainement capable de briser les os, mais pas la peur. Le murmure, bien humain, continue de s’appuyer avec plus d’insistance sur un cou que Mme Davis trouve, soudain, beaucoup trop à découvert.

« Puis la convoitise, lorsqu'elle a conçu, enfante le péché; et le péché, étant consommé, produit la mort... »

Très lentement, Jézabelle baisse les pupilles, les tournent vers le coin inférieur droit de ses iris, comme si elle pouvait voir, sous son bras replié, une portion du corps de cet embarrassant messager de piété.

« La mort ne nous attend-elle pas tous au bout de notre chemin ? » qu’il eût été juste ou mauvais, a-t-elle envie d’ajouter, comme pour se discréditer, mais elle sent ne pas pouvoir tenir une neutralité suffisamment longue dans sa voix pour se rendre jusqu’à là. Malgré un apparent détachement, le pouls de Mme Davis trahit son ressenti.

C’est une question qui n’attend pas de réponse. Une réthorique polie, quoi qu’avec un poil d’animosité – justifiable, étant donné les circonstances. La blonde se redresse doucement, et même, avec une lenteur plus calculée qu’à l’habitude ; on pourrait croire qu’elle veuille se montrer en pleine possession de ses moyens. Ou alors, c’est qu’elle n’ose faire de gestes brusques, comme on s’en abstient devant un prédateur, afin de ne pas provoquer en lui cette pulsion bestiale qui ne demande qu’à être relâchée.

Ou bien encore, c’est un peu des deux.

Quoi qu’il en soit, lorsque Jézabelle se retourne pour faire face au mystérieux, son attitude n’exprime que maîtrise et, avouons-le, supériorité. Elle redresse légèrement le menton, comme pour se faire paraître plus grande, et pour montrer qu’elle ne craint aucune lame pouvant venir s’appuyer sur sa jugulaire – que cette lame soit matérielle ou non. Évidemment, il est dans l’humeur de Mme Davis de toujours défendre ses propres intérêts ; interdire la médisance à son sujet, rabrouer le premier opportun tenant des propos suspects, rembarrer le soupçon. Mais cette église noire, et ce face-à-face muet, lui font mettre de l’avant sa prudence plutôt que sa hardiesse.

« Qu’est-ce qu’un pourvoyeur de conscience vient faire dans une église, si ce n’est que pour s’offrir à lui-même ses… réflexions. »

Elle le dévisage. Lui, et ses yeux, mais surtout ses yeux, si pâles qu’ils lui donnent l’aspect, dans cette obscurité, d’un quelconque oiseau de proie ayant beaucoup trop regardé l’azur d’un hâve ciel d’hiver. Ils la percent, mais elle s’oblige à les soutenir des siens, plus foncés, il est vrai, mais pas moins glacés. Ah, oui… Jézabelle le connaît, de vue, et c’est peut-être mieux ainsi. À Warwick Bay, les visages inconnus ne sont pas autant monnaie courante que les connus. C’est ce fou. Ce chien de Vail. La dévotion est, poussée à la limite de son possible, toujours aussi fascinante qu'effrayante.

« Si votre plaisir est de spéculer sur le contenu d’une âme, alors je vous invite à sonder celles de ceux – et pas la mienne - qui ne trouvent même pas assez de piété pour prier Dieu, et qui, au contraire, s’acoquine avec le Diable. »

Il y a quelque chose, dans le timbre de la voix et dans l’ombre des traits du visage, de méfiant. De défensif. Mais il y a aussi, dans la posture – avec ces épaules étrangement basses malgré la tension -, de la défiance. De l’offensif. Et en dessous de tout cela, une pointe de panique troublée, comme celle que l’on retrouve dans l’enfance, à l’heure des grandes révélations. Mais Jézabelle n'est pas au bout d'elle-même. Peut-être son cou gracile, paré d'une veine battant la même mesure effréné que son coeur, pourrait-il lui donner un air de fragilité. Mais il n'y a de vulnérabilité chez elle que ce qu'on pourrait s'imaginer soi-même, un fantasme, une tromperie... et ce qu'on prendrait pour de la faiblesse serait alors une redoutable perfidie.  
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le 03.08.17 2:58

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La mort ne nous attend-elle pas tous au bout de notre chemin ?

Une vérité aussi sinistre que désabusée. Le cerbère reste immobile, observant sans pitié cette nuque parfaite comme un cabot affamé. Elle a tout d'une délicieuse biche, la grâce du cygne mais son cœur putréfié lui donne la nausée. La monstresse cachée sous les traits d'une beauté parée d'or et de merveille. Elle ment, elle trompe et se joue de tout et de tous. Mais pas de lui, Talion sait ce qui se trouve dans ce cœur mort, en surface tout du moins. Alors quand la gracile demoiselle pivote pour observer la créature aux abois qui se trouvent dans son dos, celui-ci lève ses grands yeux bleus et curieux, sur sa comparse. Dieu qu'elle est belle la putain... Combien seraient prêts à ce damné pour elle ? Et peut-être ce qu'elle attend, la dame Davis. Ce dont elle a besoin... Alors qu'elle lève le menton, Talion lui penche le visage, ses yeux quant à eux glissent sur la gorge offerte de la belle, sur l'or qui encoure son cou puis sur le renflement de ses seins serré et rehaussé dans son corsage. Quelle tentatrice....

Qu’est-ce qu’un pourvoyeur de conscience vient faire dans une église, si ce n’est que pour s’offrir à lui-même ses… réflexions.

« J'suis là pour les mêmes raisons que vous probablement m'dame... Pour confier mon âme au seigneur en priant pour qu'il l'accepte. Après tout, qui ici n'a pas peur de finir brûler dans les flammes de l'enfer, hein ? »


Ou bien avoir le corps léché par les flammes d'un bûcher. Et Dieu sait qu'il ne fallait pas grand-chose dans cette colonie pour finir brûlée ou pendue. Talion relève immédiatement les yeux, soutenant le regard clair de sa comparse dont le palpitant glacial lui donnait des frissons d'angoisse. Comment pouvait-on laisser son propre cœur se gangrener ainsi sans en éprouver la moindre culpabilité ? Il n'y avait vraiment que ces bourgeois pour croire que tout leur était dû, incapable de se satisfaire des petites choses de la vie, de voir le meilleur en chacun. Et c'était ces gens-là, qui se disaient d'être de bons chrétiens. S'il avait pût, sans doute aurait-il craché au visage de cette gourgandine.

Si votre plaisir est de spéculer sur le contenu d’une âme, alors je vous invite à sonder celles de ceux – et pas la mienne - qui ne trouvent même pas assez de piété pour prier Dieu, et qui, au contraire, s’acoquine avec le Diable.

« Si c'est cela que vous pensez m 'dame, alors c'est que vot' âme est déjà en enfer. J'ai connu des gens qui croyaient pas en not' Dieu … Et c'était des gens bien. Il ne suffit pas de venir dans une église et de prier m 'dame... »


Talion se recule doucement pour accoler son dos dans le fond du banc. C'est avec une nonchalance toute particulière qu'il est installé, fixant la pécheresse dont il soutient ardemment le regard.

« Personne n'a jamais vu Dieu, si nous nous aimons les uns les autres, Dieu demeure en nous, et son amour est parfait en nous. Celui qui confessera que Jésus est le fils de Dieu, Dieu demeure en lui, et lui en Dieu. Et nous, nous avons connu l'amour que Dieu a pour nous, et nous y avons cru. Dieu est amour; et celui qui demeure dans l'amour, demeure en Dieu, et Dieu en lui. »

Jean 4:12-16  

Talion baisse le regard, secouant doucement la tête. Pourquoi personne ne  se souvenait jamais de ce principe fondamental qui était pourtant le plus simple et le plus beau que la Bible pouvait offrir.

« Vous avez confié votre âme au Diable à l'instant même ou vous avez repoussé l'amour dans Vot'coeur m'dame. Vous aurez beau prier, vous n'en resterait pas moins une chienne de l'enfer qui a oublié ce que c'était qu'être humain. Vous n'avez rien compris au Dieu que vous priez, vous ne méritez pas son amour. Ni celui de qui que ce soit.»
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le 10.08.17 11:56
Cet égaré peut peut-être faire des lectures profondes, et pas comme tous ces autres, des émotions et des sentiments. Mais son grand talent, celui-là même qui condamne le génie à la démence, omet de se pencher sur les pensées ; bien dommage, car l’humain est avant tout un être rationnel, et cela vaut même pour Jézabelle – la folie pense, elle aussi. Elle s’en remet à sa propre raison, sans se comprendre, bien souvent, sans être comprise, tout le temps.

Il la regarde, et comment. Un feu comme le sien, trop pâle pour qu’on puisse le saisir réellement – une espèce de concupiscence violente à laquelle Mme Davis est familière, puisqu’elle en est habité, et pourtant ; dans l’acier du regard des autres, cela fait peur. Les flammes de l’Enfer, qu’il lui dit, un peu goguenard, comme s’il comprenait bien tout ce qui se tramait là-dessous, là-dedans. Avec l’assurance de quelqu’un qui les a déjà frôlé, peut-être. Qui les a vu.

« Si c'est cela que vous pensez m 'dame, alors c'est que vot' âme est déjà en enfer. J'ai connu des gens qui croyaient pas en not' Dieu … Et c'était des gens bien. Il ne suffit pas de venir dans une église et de prier m 'dame... »

Jézabelle se glace. Mais ça ne peut pas être qu’elle. Tout est froid, ici, vraiment, le bois des bancs, et le bois des lattes du plancher, et le bois de l’hôtel, le bois des poutres… Tout est mort, mais tout est peint, gloire au Seigneur. Comme si on pouvait le berner comme on se berne soi-même. Talion lui récite un autre verset – Talion, voilà son nom. L’Anglaise s’en souvient, à cause d’une invective lancé, il n’y a pas si longtemps, à la sortie de cette même église. Le Chien de Vail n’est pas aimé - avec cette crainte mêlée de plaisanterie que plusieurs villageois lui crachent au visage comme un trophée. Les gens aiment aimer, mais c’est d’autant plus vrai qu’ils aiment aussi haïr.

La ferme, qu’a envie de japper Jézabelle. Mais ce n’est pas qu’elle ne supporte pas de l’entendre – c’est qu’elle ne supporte pas d’écouter.

« Vous avez confié votre âme au Diable à l'instant même où vous avez repoussé l'amour dans vot'coeur m'dame. Vous aurez beau prier, vous n'en resterai pas moins une chienne de l'enfer qui a oublié ce que c'était qu'être humain. Vous n'avez rien compris au Dieu que vous priez, vous ne méritez pas son amour. Ni celui de qui que ce soit. »

Elle pense trembler ; c’est léger, bien sûr. Comme une dizaine de petites fourmis lui ayant passé sous la peau des doigts. Sa main agrippe tranquillement, durement, le dossier du siège le plus prêt, et elle s’y tient – plus avec l’envie de l’arracher que de s’y tenir. Il semble que ses jointures blanchissent, mais c’est difficile à dire ; Jézabelle a déjà le teint si pâle. Comme sa voix, à cet instant.

« Qu’est-ce qu’un fou connaît à l’amour… »

C’est une colère qui hurle dans un murmure, qui tranche, qui coupe ; c’est du vent. Mme Davis se détourne légèrement, bat en retraite, dirait-on. Elle tourne le visage, offre un profil, fixe le rien devant elle en gardant, dans son angle de vue, le bleu atroce de ce visage trop présent.

Doucement…

Avec une aisance qui trahit l’habitude – douloureux de l’admettre, n’est-ce pas -, Jézabelle sort de son corps et glisse dans sa conscience, plus froide, plus mathématique. Elle inspire, une fois, et la revoilà maître d’elle-même ; on la dirait presque surprise, et amusée, à la fois, comme si de perdre son sang-froid lui paraissait, après coup, une très bonne blague. Lentement, son regard glisse de biais - rusé, renard... - et se raccroche à celui du Chien.

« … ou peut-être savons-nous justement trop aimer, Talion, et les autres ne comprennent rien. »

Il y a de la sincérité dans cette affirmation. Quelque chose d’un peu victime, aussi, et d’un peu suprême. Ce n’est pas clair, ce n’est jamais clair, mais pour Jézabelle, qui n’a parfois pas besoin des mots, tout est on ne peut plus certain. Elle trône seule par-dessus la masse, elle trône seule dans son délire qui n’en n’est pas un, pour elle, pour elle qui sait et qui comprend. Avec l’aisance que donne l’unique et bonne réponse, l’anglaise s’avance vers le drôle d’oiseau, comme une chatte sur sa proie réduite au sol – plus rien ne pourra s’envoler, elle a gagné cette manche.

« Le mérite – et elle le dit avec un mépris tout particulier - est une notion qui a été créer les faibles d’esprits voulant se conforter dans leurs illusions. On ne mérite pas d’être malheureux, mais on ne mérite pas non plus d’être heureux, alors… mériter d’être aimé, ça. » Jézabelle pousse un petit ‘’ah’’ qui claque dans l’habitacle de l’église, comme un clou dans un nuage. Elle est tout près, désormais, en surplomb, et murmure, avec un brin de folie coincé dans son calme soudain, les yeux rivés dans ceux du Talion : « Et vous… que pensez-vous mériter… »

Et la phrase en suspens se termine par tous les mots de l’univers qu’on pourrait bien y greffer soi-même ; que pensez-vous mériter des autres, pour ce que vous avez fait, pour ce que vous n’avez pas fait, pour vos offenses, à votre mort, que pensez-vous, ne pensez-vous donc rien, mériter un Dieu, mériter l’exil, ne plus jamais mériter, mériter d’être à tout jamais un Chien qui ne mérite plus rien.

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le 12.08.17 16:52

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Qu'est-ce qu'un fou connaît à l'amour.
Il aurait pu en parler des heures, des jours même. La douceur des mots, la chaleur d'un regard, la sécurité d'une paire de bras ou l'excitation des chairs ouvertes et sagement offertes. L'amour avait trop de visage, il y avait trop de mots pour en parler mais pas assez pour en décrire toutes les nuances. L'amour, Talion ne le connaissait que trop bien, il en avait goûter tous les aspects... De celui piquant d'une amitié sincère, celui persistant de la foi, celui sucré entre amants, celui suave entre époux, à celui sans limite d'un père à son enfant. Il en avait effleuré chaque parcelle, même les plus sombres, la plus douloureuse, celle qui vous déchire le cœur et vous ronge les entrailles alors l'amour, c'était ce qui avait fait de lui un fou, à moins que la seule vérité qui ne compte soit que Talion soit fou d'amour.

Dans le réceptacle de sérénité qu'est l'église, l'inquisiteur, ce fou de traqueur, reste muet. Non il ne perdrait pas son temps à bavasser avec elle de l'amour dont elle l'accuse d'être dénué quand elle-même souille jusqu'à sa symbolique. Elle ne mérite pas cette attention cette austère mégère à la langue venimeuse. Elle est dangereuse cette femme, dans ses mots comme dans ses attentions. Elle est comme ces monstres qui se cachent dans les ombres et sous le lit des enfants. Ceux que l'on ne peut chasser, non pas avec de la lumière, mais avec cet amour qu'elle néglige.

… ou peut-être savons-nous justement trop aimer, Talion, et les autres ne comprennent rien.

Le faciès de Talion se décompose lentement, dans un froncement de sourcils, celui qu'elle nomme fou, est laissé perplexe. Oui, c'est peut-être ça le souci, finalement... Mais alors, se peut-il qu'elle souffre des mêmes maux que lui, cette pécheresse ? Et si tout ce temps, il s'était mépris ? Ou bien tombe-t-il dans un piège ? Son regard se baisse, glisse sur le cou dévoilé de la femme au nom toujours inconnu. Il observe sa basse-gorge, le renflement de ses seins dans son corset. Qu'elle est belle la diablesse, sa peau lui semble douce comme celle d'un fruit, délicate comme le pétale d'une fleur. Mais loin de s'égarer sur la pareille beauté, Talion fixe son cœur. Il l'écoute battre, chanter et siffler dans une rythmique douloureuse. Car oui, ce qu'il y sent c'est le doute, le malheur, la douleur. Elle a mal la démone. Mal d'amour. Mal d'elle-même. Tout ce mal qu'on lui impose mais qu'elle s'impose aussi. Elle s'emprisonne celle dans une prison de chair.

Et vous… que pensez-vous mériter…

La question le heurte comme une gifle, avec une violence rare qui luit les tripes. Solomon sent son faciès qui se durcit dans une expression de tristesse alors que ses grands yeux bleus se mouillent de larmes. Bientôt, c'est une rivière qui dégouline sur ses joues, qui coule jusqu'à cette barbe grossière qui ronge son visage. Ce qu'il mérite ? Il le sait parfaitement.

« Vivre. » Talion ne quitte plus les yeux froid de la femme qui lui fait face « Je mérite de vivre m'dame... C'est mon châtiment pour mes péchés. Vivre... Et vivre avec le malheur des autres dans mon cœur. Vivre pour me rappeler les flammes dont lequel j'ai jeté ma femme... les flammes qui ont tué ma fille. »

Il se fait lourd, tout d'un coup. Son dos se voûte, ses mains glissent sur ses genoux puis le joigne. Il s'incline sous le poids de la douleur. Pas seulement la sienne mais celle de sa comparse qui prie aussi pour son âme. Le souffle rauque et rendu difficile par les pleurs, Talion sanglote amèrement.

« J'suis qu'un pénitent m'dame... J'suis celui qui attend sa punition. »
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le 24.08.17 15:30
Comme ces choses aux angles anguleux qui semblent s’étirer sous l’effet d’ombrages mobiles, le visage de la Sawkins commence à prendre, dans l’assurance de ses mots et la déconfiture de l’inquisiteur, un aspect tout à fait fielleux. L’esquisse d’une moue sournoise erre sur ses lèvres pulpeuses, et sous les longs cils, une lueur doucereuse à la hauteur de tout le poison dont elle sait enrober les autres brille doucement.

Jézabelle sent bien le regard qui change et fluctue sous les mots, qui glisse à nouveau sur son corset, qui se demande, qui se méprend, qui pense bien penser, et du sien, elle encourage ce confrère pêcheur à se laisser glisser dans son trouble. Elle le tient, lui sous la surface, qui se noie, et elle, pas encore à court d’air, qui le cale pour mieux remonter.

Sa question fait naufrage au bon endroit.

Elle voit, d’abord avec une cruelle satisfaction, les traits de l’homme se durcir sous la douleur du questionnement. Mais lorsqu’ils se relâchent et que la vague revient en sens inverse pour rouler en des rivières accusatrices sur les joues râpeuses de ce cinglé, Mme Davis émerge aussitôt de sa prédation. Il y a même son cou et ses épaules qui reculent un peu, dans la surprise. De toute évidence, les débordements de ce genre l’effraie.

« Vivre » qu’il dit, et Jézabelle se sent brusquement tiré contre une injuste réalité tel un vulgaire moustique englué dans une flaque de miel. Elle ne peut même pas détourner la tête. « Je mérite de vivre m'dame... C'est mon châtiment pour mes péchés. Vivre... Et vivre avec le malheur des autres dans mon cœur. Vivre pour me rappeler les flammes dans lesquelles j'ai jeté ma femme... les flammes qui ont tué ma fille. »

La Sawkins se sent jeune, tout à coup – ou alors, c’est qu’elle se sent vieille, extrêmement vieille, vous savez, de cet âge qui n’a même pas de chiffres et qui fait sentir que l’on vient de vivre mille vies depuis, et que mille autres vies suivront. Et donc, puisqu’elle sent qu’elle ne se sent plus du tout, Jézabelle se rassoit doucement, toujours en contrôle, dirait-on, bien que ses jambes ne daigneraient plus lui répondre si elle décidait de vouloir se relever. Quelque chose de complètement surnaturel pèse sur tout l’air de l’église, et ce n’est pas de l’ordre du divin, malheureusement ; ce serait trop simple. S’il n’y avait pas les sanglots rauques de cet homme pour emplir le silence brûlant, alors ce silence les tueraient probablement.

« J'suis qu'un pénitent m'dame... J'suis celui qui attend sa punition. »

Arrêtez, qu’elle pense mais qu’elle ne peut pas, veut pas dire. Ce n’est qu’un fou, qu’elle pense ensuite, pour se soulager, pour tout alléger, mais l’existence reste résolument lourde. Alors sa nuque se plie aussi, puis ses yeux se baissent – assise de biais sur le banc d’église, comme de biais à cet homme torturé d’une façon qui lui fait beaucoup trop d’échos, son visage tiré reste résolument tourné vers le sol qu’elle fixe dans l’attente ; mais elle n’attend rien en particulier. C’est cette attente que nous pratiquons tous, à la longueur de notre vie, sans réellement savoir pourquoi, et qui s’achève sans plus de raisons à notre mort. On écoute et on attend, parce qu’il n’y a rien d’autre à faire.

« Ne soyez pas si dur envers vous-mêmes… »

La voix est feutrée – par gêne, par fatigue, par regret, par compréhension. Bien que toujours prisonnière de son carcan militaire, la belle Sawkins projette une note plus douce, cachée quelque part au creux des syllabes de ses paroles. Plus calme sans être calmée, pourrait-on dire, mais encore sur la défensive, plus pour elle-même que contre cet homme qu’elle connaît à peine. Et elle qui trouve utile d’apprendre les autres pour mieux s’en servir, ah… elle craint de trop apprendre Talion, désormais.

« Votre morale est trop juste, et c’est ce qui vous tue. » Peut-être que si nous continuons à parler à voix basse, Dieu ne nous entendra pas. C’est un peu ce que le père de Jézabelle prêchait, la nuit, lorsqu’il venait lui rendre visite dans sa chambre, en murmurant pour son âme ne t'inquiète pas, le Seigneur est aveugle dans le noir, et sourd aussi, à condition de rester bien silencieuse, alors ne crie pas. Mme Davis se risque à relever les yeux – elle, elle n’est pas aveugle.

« Talion… j’ai toujours pensé que ces histoires qu’on racontait sur vous n’étaient basé que sur des racontars de mauvaises langues. Les avez-vous donc réellement tués… ? »

Chuchotis. N’est-ce pas l’endroit pour les confidences ? Il n’y a, dans la voix, les gestes ou le visage de Jézabelle, aucune accusation, aucune horreur, aucune… ignorance. Elle le regarde simplement, les tempes figées, les doigts froids, et avec un besoin de savoir, pour des raisons que ce fou pourrait comprendre si, réellement, ils partagent la même maladie.
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le 26.08.17 20:44

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Sa morale est trop juste.Talion fronce les sourcils alors que ses yeux baignés de larmes se lèvent lentement vers sa comparse. Comment une morale pouvait être trop juste ? Et ne valait-il pas mieux qu'elle le soit trop que pas assez ? Il observe la femme qui semble soudainement lui porter plus d'attention, ses yeux bleus dans les siens, Talion se noie dans sa contemplation. Il y a encore cette chaleur qui remonte dans son torse, se répercute contre son cœur. Plus il la fixe et plus l'inquisiteur éprouve ce picotement étrange. Dans sa noirceur, cette femme a gardé une part de lumière... Elle se fait confidente de ses péchés, lui prête une oreille attentive, lui offre une attention particulière.

Talion… j’ai toujours pensé que ces histoires qu’on racontait sur vous n’étaient basé que sur des racontars de mauvaises langues. Les avez-vous donc réellement tués… ?

La curiosité semble l'emporter sur la moralité, finalement. Pourtant l'homme ne s'en offusque pas, il ne s'en vexe pas. Il n'éprouve aucune haine juste l'étrange besoin de se confier. D'un mouvement rapide et dénué de grâce, Talion essuie ses larmes, éponge ce qui morve dans sa moustache. L'homme du peuple n'a rien de séduisant en cet instant.

« Oui m 'dame, je l'ai fait. Seulement pour ma femme... Je l'ai poussé dans les flammes sans même réfléchir quand j'ai compris... Parce que dans son mensonge et son silence, notre fille s'est tué elle-même. C'était mon épouse et je l'aimais m 'dame... Mais elle avait donné son âme au Diable et celle de notre fille avec... »

Et son cœur se serre violemment. Il avait fait ce qu'il fallait, mais cela voulait-il dire qu'il n'en éprouvait aucune culpabilité . Non et le sentiment était le plus féroce de tous, le rongeant jour après jour, nuit après nuit. Il revoyait le visage tordu de sa bien-aimée, entendait encore son cri dans les flammes qui faisaient écho aux pleurs de leur fille. Lentement, Talion remue sur son banc, s'avançant lentement avant de joindre les mains sur le dossier du banc où Jézabelle est installé puis vient voûter le dos pour poser son menton sur ses jointures abîmées. Comme un chien, il soupir, lassé de tous ces malheurs alors qu'il ne cesse de soutenir le regard de la belle créature qui lui fait face et murmure.

« Vous aussi vous avez du sang sur les mains. Je le sens à votre cœur... Il n'y a que ça qui peut noircir un palpitant à ce point... » Silence puis nouveau soupir. « M 'dame... Le seigneur vous pardonnera. »
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le 03.09.17 16:54
L’Église lui faisait peur, mais c’est le critère universel de tous ces endroits qui obligent tranquillement à la confession – alors ce n’est pas la bâtisse qui nous paraissait sombre, mais toute l’ombre que nous pouvions libérer en elle, l’en colorer de nos douleurs, une goutte d’encre dans un verre d’eau.

« Oui m 'dame, je l'ai fait. »

Jézabelle semble vouloir s’accrocher à une pensée victorieuse mais n’y parvient qu’à moitié ; elle est incapable de se réjouir complètement du fait d’avoir ainsi tiré des aveux aussi noirs, elle qui saurait, en temps normal, si bien en jouer. Elle reste donc là, immobile et accaparée, d’une part par son propre trouble, et de l’autre par celui de Talion.

« … ma femme... Je l'ai poussé dans les flammes sans même réfléchir quand j'ai compris… - … mon épouse et je l'aimais m 'dame... Mais elle avait donné son âme au Diable et celle de notre fille avec... »

Dans ses plus grands fantasmes, tout finissait sur le bûcher. Elle aurait senti la chair rôtie de sa belle-fille. Dans ses cheveux délicats, une odeur de couenne de porc qu’on tourne sur la broche. Elle aurait entendu ses cris hystériques et agonisants, et sous la peau fondue sur ses joues et son front, Jézabelle aurait enfin pu voir le visage du démon se révélant sous sa plus laide apparence.

Voilà pourquoi, peut-être, n’a-t-elle pas assisté à la pendaison.

Derrière sa vitre teintée ou elle peut voir sans ne rien laisser paraître, la Sawkins observe le fou se vider d’un chagrin infini qui ne le quittera jamais – c’est également pour cette raison qu’on ne la surprendra jamais à geindre sur l’inutile, l’omniprésent… malheur imprimé dans ses os. Elle ne bouge pas non plus lorsque Talion se rapproche, trop apaisé, trop familier, qu’il se pose, qu’il murmure : « Vous aussi vous avez du sang sur les mains. Je le sens à votre cœur... Il n'y a que ça qui peut noircir un palpitant à ce point... M 'dame... Le seigneur vous pardonnera. »

Jézabelle croit défaillir, veut vomir, pense pourrir, abâtardissement instantané. Mais bien que ce même cœur dont on parle avec un peu trop d’assurance frémisse d’un spasme panique, la dame se lève avec cette lenteur mathématique, toujours, car la surface de son lac est gelé et tout ce qui cause du remous sous elle ne saurait, au mieux, que la fendiller… Mais là, là, Jézabelle ne craque que dans la voix, et blanche et frémissante, elle siffle avec terreur.

« Vous mentez. »

On ne sait pas quel est le mensonge ; si elle est coupable, si on lui pardonnera, s’il y a noircissement. Mme Davis ne sait pas non plus. Elle repousse, simplement, catégoriquement, avec peur et colère. Une seconde d’hésitation, puis elle se détourne vivement de l’éploré et marche vers les portes de l’église, chaque coups de talon comme ceux d’un marteau sur un clou qu’on leur enfoncerait dans la tête.

Je lui ai donné du temps, afin qu'elle se repentît, et elle ne veut pas se repentir de son impudicité.

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le 12.09.17 19:12
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