"La Terre entière est la tombe des Grands Hommes" [PV-Chenoa]

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L'Ombre et la Proie
Demandez et l'on vous donnera ;
cherchez et vous trouverez;
frappez et l'on vous ouvrira.
Car quiconque demande reçoit ;
qui cherche trouve ;
et à qui frappe on ouvrira.

{Matthieu 7 : 7 et 8}









L'aube darde à travers la chape touffue de la canopée. La nuit s'est faite ténue, lointaine rêverie. Aux lueurs de ce jour qui se lève, il  lui semble que cette nuit n'a été que cauchemar et chimère. Il est pourtant bien là,  assis en tailleurs; là où Chenoa lui a demandé d'attendre, à la lisière du village des mohawks. Alors, patient, Isaac attend. Sa monture  paisse sagement, attachée au tronc d'un pin. Et sur sa scelle repose le corps emmailloté de son père.
Point de repos pour Ohanzee.
Le sommeil l'avait déserté pour les courtes heures d'obscurité restantes. Les paupières fermées, sa vision s'habitait de bêtes fabuleuses, terrifiantes et cornues. L'âme aussi noire que de la suie. Les voix hululant toujours dans sa tête. Il avait préféré veiller, observant les peaux tendues et colorées , comme autant de pointes de clochers vers le ciel.

Le campement s'anime et s'ébroue de sa torpeur.
Les sentinelles en charge de la sécurité du camp, lui jettent des regards défiants. Il semble au jeune pèlerin qu'ils ressemblent tous à Wakiza : le même corps dénudé et musculeux, le même mépris porté fier et haut. Quelques femmes sortent des tipis avec des calebasses pour puiser de l'eau. Elle sont plus habillées que la jeune Chenoa, remarque Ohanzee. De très jeunes enfant gambadent déjà, avides de jeux et de vie. Ils repèrent très vite l'intrus et leur curiosité innocente s'excite. Ils tournent bientôt autour d'Isaac, qui leur rend un sourire paisible et discret.

Pour s'occuper les mains - et tromper sa faim- il a commencé à dessiner sur son carnet. Les bambins, intrigués, s'approchent d'avantage, jusqu'à se pencher par dessus son épaule. Isaac, les laisse venir avec la douceur d'un berger pour de jeunes agneaux. Les mères les rappellent bientôt à l'ordre en quelques mots secs et brefs. Ils détallent tous sans demander leur reste.
Isaac se mordille la lèvre inférieure, gagné par la gêne. Il est clair qu'il n'est pas le bienvenue ici. Pourtant il s'accroche à la promesse d'une orpheline à un autre : "  Chenoa avoir place forte auprès de Ho'yaneh... Chenoa aidera Ohanzee à enterrer son papa avec sa maman. "

Puisse Dieu l'avoir justement guidé...
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le 24.06.17 21:57

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La serpentine
Dans les remous du ruisseau, l'animal ondule, tête hors de l'eau. La bête nage tranquillement avant de s’extirper des flots pour s'échouer sur la berge. Pas le temps de se poser que déjà, son corps craque, vibre. En quelques instants, ce corps longiligne se gondole, se tord et les écailles se teintent jusqu'à disparaître. Les membres poussent, les vertèbres cognent les unes contre les autres, les cheveux poussent et dans un grognement douloureux, la carcasse humaine s'écroule au sol. Le souffle court, Chenoa est là, nue sur le bord de la rive, les frêles ondulations de l'eau venant fouetter ses jambes. Le serpent est devenu une femme qui peine à retrouver ses esprits, et ce plus encore depuis les récents événements aussi traumatisants que macabres.

Pourtant elle trouve la force de bouger, de redresser le buste, poussant sur ses mains qui pataugent dans la boue. Dans un soupir et un geignement d'inconfort, elle parvient finalement à se redresser. Son premier réflexe est d'observer les alentours, fronçant les sourcils alors que la lumière vive de ce début de printemps l'éblouit. Ses yeux ne sont pas encore totalement habitué à cette lueur. La transition de l'animal à l'homme n'est jamais très agréable et il faut parfois le temps a l'esprit de convaincre le corps qu'il n'est plus dans une forme mais bien dans l'autre. Sans attendre, la jeune femme retourne à l'eau, s'aspergeant à grands coups, frottant son derme pour en chasser la souillure laisser par la boue. Le secret demeure dans les détails, revenir sale au village forcerait les gens à se questionner. Alors même qu'elle ressort de l'eau, propre et trempé, l'apprentie chamane fouille les buissons, sortant de sa cachette, ses modestes vêtements faits de cuir et de fourrure. En l'espace de quelques instants, la voilà vêtu et prête à faire son retour parmi les siens.

◈ ◈ ◈

Ce cheval... Elle aurait pu le reconnaître entre mille. Alors qu'elle s'approche de l'entrée du village, Chenoa observe la bête paisiblement occupée à brouter alors même que le corps emmailloté pèse sur son dos. Il était ici, déjà ? La serpentine fronce du nez, elle sent l'odeur du corps quand bien même elle se tient éloignée. Il y a des jours où les sens développés du skinwalker sont plus une malédiction qu'un don. Il était temps de mettre cette chose en terre et vite. Le pas pressé, elle s'engage entre les teepees, les petites maisons de bois, elle le cherche du regard... le sang-mêlé n'est pas bien loin et rapidement elle le trouve, il est là assis et occupé à griffonner sur du papier. En silence elle s'approche de lui, se glisse dans son dos alors que la sombre jeune femme observe par-dessus l'épaule de son protégé, ce qu'il peut bien écrire ou dessiner. Alors enfin, sa voix se lève, froide à son oreille.

« Odeur de ton père... pas gêner toi ? Il sent... Très fort. »
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le 26.06.17 12:10

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L'Ombre et la Proie
Isaac la devine plus qu'il ne la voit.
C’est un des mystères qui l'ont poussé à prendre sa main, à avoir foi en sa parole. L'orpheline du Wendigo. Le jeune homme ne sait toujours pas dans quelle catégorie ranger les sensations qu'il éprouve en sa présence. Il y a ce parfum particulier d'eau vive et d'humus rampant, qui lui colle au derme, si particulier, si distinctif. Les picotements qui grésillent le long de sa colonne vertébrale et qui explosent en étincelles sur sa nuque. Et puis le sentiment qu'il se sont toujours connus, connexion naturelle, plus qu'il ne l'a jamais senti avec son propre père.
Sa pudibonderie remise sans cesse ces émotions sur le compte du surplus de peau nue, offerte au regard, et avec laquelle il peine à frayer.  Avec laquelle, il ne doit point : "...Car tout ce qui est dans le monde, la convoitise de la chair, la convoitise des yeux, et l'orgueil de la vie, ne vient point du Père, mais vient du monde."{1 Jean 2:16}  Alors quand la tentatrice penche son corps sinueux, encore perlé d'humidité au dessus de son carnet, il déglutit et ferme les yeux. Ses lèvres se pincent. Le parfum de terre et d'eau embaume bien plus que la viande qui faisande sur son canasson.
Il referme le carnet d'un coup sec, engloutissant sous la couverture de cuir, les croquis d'enfants rieurs, de guerriers stoïques et de femmes besogneuses.

- N.. Non... Enfin si, mais.... à force de le côtoyer mon odorat s’est accoutumé.

Pas comme la fragrance qui le submerge dans l'ombre de la squaw. Il n'ose pas se retourner et confronter directement son regard. Il a les joues rouges et chaud  sous ses couches de vêtements.

- Est-ce que vous avez pu parler à votre Ho'yaneh ?

Il réalise brusquement son manque de courtoisie. Il retire son chapeau, se lève et -sans jamais lever le regard de ses bottes - se rattrape comme il peut.

- Pa.. pardonnez mon impolitesse ! Je ne vous ai même pas saluée, Chenoa. Comment dit-on dans votre langue ?

Oui, il devait faire montre de prudence et de diplomatie. Car, "Le serpent était le plus rusé de tous les animaux des champs, que l'Éternel Dieu avait faits." {Genèse 3:1}
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le 11.07.17 11:37

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La serpentine
Il s'est accoutumé.
N'est-ce pas un peu triste pour un homme qui traîne derrière lui le cadavre de son père, de dire qu'il n'en sent plus l'odeur? Cette révélation a quelque chose de dérangeante tant elle est dite avec détachement. Bien qu'Isaac se donne du mal pour offrir à son défunt géniteur, des funérailles honorables, il y a quelque chose d'étrange dans son attitude. Où est la tristesse? Le chagrin semble avoir déserté son faciès qui tient plus de ce peuple sauvage que de celui-ci privilégier que sont les hommes blancs. Lentement, Chenoa recule d'un pas, cessant d'imposer sa présence alors que ses yeux sombres restent darder sur son comparse. Elle le fixe, le jauge, tente de comprendre sa façon d'agir mais elle a beau essayer, elle ne le comprend pas.

Est-ce que vous avez pu parler à votre Ho'yaneh ?

« Oui. »

Pa.. pardonnez mon impolitesse ! Je ne vous ai même pas saluée, Chenoa. Comment dit-on dans votre langue ?

L'indienne esquisse un léger sourire en détournant le regard pour fixer à nouveau le cheval et le corps emmailloté du père d'Isaac. Elle hésite puis finalement le fixe à nouveau, soufflant au vent, le salut que le sang-mêlé désire entendre.

« Sekoh. »

La jeune femme incline doucement la tête en signe de respect, une révérence extrêmement simple mais qui montre que pour elle, il n'est pas simplement un étranger, par juste un demi-sang.

« Chenoa a parlé avec Ho 'yaneh... Puisque Isaac a donné son soutient à Wakiza et Chenoa au péril de sa vie, Ho'yaneh a donner son accord pour que Isaac donne son papa à la terre indienne et rejoigne l'esprit de sa maman. »

Chenoa se détourne lentement de son comparse, s'approchant du cheval et dénoue sa bride pour le tirer doucement. Elle ouvrira la voie car elle sait où les morts sont enterrés. Après tout, combien d'entre eux a-t-elle mit elle-même en terre? Ses fonctions ne sont pas toujours aisées, surtout pour quelqu'un de son âge. Enterrer le corps est facile, préparer les funérailles aussi, tout comme souffler des prières. Ce qui ne l'est pas, c'est la tristesse des familles, c'est affronter leur regard, leurs pleurs et leur douleur. Ce qui est difficile c'est d'être là pour eux sans prendre parti.

« Suis-moi Isaac, moi montrer ou toi enterrer ton papa. »

Toujours si peu bavarde, l'Indienne se met en marche, observant l'étendue du village alors qu'elle s'en éloigne, la monture de son ami sur les talons. Il faut quelques minutes à peine pour rejoindre l'espace dédier aux morts et c'est là, sous l'ombre des arbres que son entreposé les carcasse mis dans des trous et recouvert ensuite. Ce que la terre donne, elle le récupère toujours. Chenoa désigne un trou dans le sol, prêt à recevoir le cadavre dont l'odeur commençait sérieusement à indisposer l'Indienne. Elle tend le bras, désigne la tombe vide et pose sur Isaac un regard paisible.

« Amis de Chenoa avaient creusé trou à sa demande. Trou pour papa d'Isaac... »


Alors qu'elle se rapproche de lui, la jeune femme continue de dévisager son comparse, avec toujours plus de curiosité dans le regard. Il lui ressemble tellement et se montre pourtant si différent. C'est presque aberration mais Chenoa ne s'en offusque pas.

« Pourquoi Isaac n'a pas l'air triste? »
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le 20.07.17 15:30

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L'Ombre et la Proie
- Sekoh, répète-t-il avec application, imitant l'inclination sobre et digne de son interlocutrice.
- Chenoa a parlé avec Ho 'yaneh... Puisque Isaac a donné son soutient à Wakiza et Chenoa au péril de sa vie, Ho'yaneh a donner son accord pour que Isaac donne son papa à la terre indienne et rejoigne l'esprit de sa maman.,
- Vraiment !

Son exclamation un peu brusque et le soulagement qui détendent ses traits, le rendent plus juvénile qu'il n'est. Un enfant rassuré de pouvoir finir ses devoirs.

- Suis-moi Isaac, moi montrer ou toi enterrer ton papa.

Docile comme un agneau, il suit la native qui s'approprie sa bride et la conduite de sa vieille jument. Le mutisme de Chenoa a quelque chose de relaxant. Le peu de conversation l'empêche de focaliser sur elle, le roulement de ses hanches et ce trop de peau imprudemment découverte. Et les songes putrides du passé qui accroissent péniblement les picotements le long de sa colonne vertébrale. Depuis quelques nuits, sous les masques des femmes dansant en pluie autour de lui, toutes ont le visage de la fille du Wendigo. Alors, Ohanzee pause son regard sur la forêt, se remémore le chemin parcouru pour pouvoir y retourner, le jour où il sera prêt pour déterrer les secrets de son père. Ils font halte devant une fausse  étroite. Un trou béant dans le sol.

- Amis de Chenoa avaient creusé trou à sa demande. Trou pour papa d'Isaac...

Abrupte réalité.
Isaac fixe la bouche d'humus encore meuble. La mort n’est qu'une étape dans la vie d'un pieu. Quoi qu'aient été les actes de Alaric Joshua Figtree, son âme était prédestinée depuis sa naissance à demeurer entre les mains du Seigneur tout puissant, où à s'ébattre dans les flammes de l'Enfer. La réponse est avec lui, de l'autre côté du voile.
Figtree fils attrape la dépouille, si rigide, si craquante, avec toute la douceur qu'il conviendrait à une épousée. Il s'agenouille dans la boue et laisse le macchabée rouler au fond de ce qui est désormais sa tombe.

- Pourquoi Isaac n'a pas l'air triste?

Isaac ne se retourne pas, couvrant toujours du regard le linceul de couvertures épaisses.

- Il n'y a pas lieu de pleurer devant une carcasse évidée de toute âme. Mon père n'est pas mort, il marche à coté du Seigneur, au paradis réservé aux hommes de bien. Chenoa... Il se tourne vers elle et la regarde dans les yeux pour la première fois franchement. Son regard est limpide, presque irradiant. Me ferez-vous l'honneur de m'accompagner dans mes prières. Mon père a aimé l'une des vôtre, peut-être cela coûtera sa place auprès de Dieu. Mais je veux croire en la bienveillance de son dernier souhait. Consacrerez-vous cette terre à votre manière, pour lui et avec moi ?

La main tendue, il l'invite à prendre place auprès de lui. Il n'y a plus d'indiens ou de colons, plus de peau blanche ou rouge, juste deux êtres humains qui disent au revoir sur le dernier des rivages. Isaac ferme les yeux. Les paumes jointes, le chapelet paternel entrelacé à ses phalanges, le fils chante pour le voyage du père.

- Au bout de la route, il n’y a pas la route, mais le terme du pèlerinage.
Au bout de l’ascension, il n’y a pas l’ascension, mais le sommet.
Au bout de la nuit, il n’y a pas la nuit, mais l’aurore.
Au bout de l’hiver, il n’y a pas l’hiver, mais le printemps,
Au bout de la mort, il n’y a pas la mort, mais la vie.
Au bout du désespoir, il n’y a pas le désespoir, mais l’espérance.
Au bout de l’humanité, il n’y a pas l’homme, mais Dieu.


Une brise légère accueille son timbre embrumé par le silence. Isaac dépose le journal intime de son père, qu'il n'a pas voulu souiller de sa curiosité, dans une petite boite de fer blanc cabossé. Il laisse tomber l'offrande au fond du trou.

- Que Dieu vous bénisse et vous garde, père. Vous êtes à présent aux mains de ma mère pour le meilleur et pour le pire. Que Dieu nous bénisse et nous garde tous, présents et absents, visibles et invisibles, pour le temps et pour l’éternité. Amen.
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le 01.08.17 12:21

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La serpentine
Il n'y a pas lieu de pleurer devant une carcasse évidée de toute âme. Mon père n'est pas mort, il marche à coté du Seigneur, au paradis réservé aux hommes de bien. Chenoa... Me ferez-vous l'honneur de m'accompagner dans mes prières. Mon père a aimé l'une des vôtre, peut-être cela coûtera sa place auprès de Dieu. Mais je veux croire en la bienveillance de son dernier souhait. Consacrerez-vous cette terre à votre manière, pour lui et avec moi ?

« Pas besoin de ton dieu, ancêtres Mohawk prendre soin de ton papa. »


Souffle l'Indienne avant de baisser les yeux sur la main tendue par son comparse. Durant un instant l'hésitation la ronge alors qu'elle lève à nouveau les yeux pour soutenir le regard sombre et doux du métisse. Chenoa n'est sûr de rien, quoi qu'il la lie à cet homme depuis leur rencontre mais quelque chose en elle bouillonne, comme une sensation sauvage qui étreint ses tripes avec une force virulente. Finalement sa main se tend et elle accepte la prise pleine de douceur d'Isaac avant de s'approcher de lui et du trou dans lequel il a sagement déposé la carcasse de son défunt père à l'odeur dérangeante. En silence, elle écoute la prière, gardant les yeux rivé sur Isaac. Chenoa se refuse à détourner le regard, observe cet homme qui a l'aspect des Indiens mais avec le cœur des blancs. Non, son cœur est bien meilleur que ceux des blancs, lui est pur, est tendre. Pendant un instant, la sauvageonne se perd dans sa contemplation et lorsque la prière se termine, elle prend la parole.

« Est-ce que Isaac venir vivre avec peuple Mohawk ? »

La question manque cruellement de subtilité et occulte même l'attente du concerné quant à ce que sa jeune amie offre à son tour quelques prières au défunt. En réalité, elle ne le fait pas, simplement parce que le père d'Isaac n'est pas des leurs. Mais comment le lui avouer ? Il le prendrait certainement très mal et il est déjà presque miraculeux que Chenoa ait réussi à faire enterrer l'homme blanc sur les terres des Indiens. La jeune femme pivote doucement pour faire face à son ami puis murmure.

« Chenoa ne t'a jamais remercié d'avoir aidé... Isaac n'a jamais jugé Chenoa, il est resté, même quand elle avait peur et qu'elle était triste. »
Elle souffle, plus bas. « Isaac va rester avec Chenoa... ? »

Comme une lueur d'espoir dans le regard, la sombre jeune femme à la peau humide et l'air fermée, le fixe intensément. Et plus elle l'observe, plus quelque chose autour de lui semble prendre forme, tout juste palpable, à peine visible en réalité. Ce quelque chose l'électrise et cette sensation trop familière ce n'est pas la première fois qu'elle l'éprouve. Chenoa recule d'un pas. Le geste est vif, comme si elle fuyait quelque chose. Sourcils froncés, la jeune femme lève une main, perplexe et murmure.

« Isaac... Ta maman... Quoi être son nom ? »
Elle se rapproche vivement, prenant entre ses mains froides, le visage de son comparse, le souffle court. « Toi regarder moi... regarde-moi, Isaac ! » Elle le force, cherchant à capter son regard. « Qui es-tu... Isaac ? »
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le 06.08.17 19:44

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L'Ombre et la Proie
- Est-ce que Isaac venir vivre avec peuple Mohawk ?

Isaac manque un battement. Il en oublie même sa timidité pour la dévisager avec des yeux ronds. Chenoa vient de délaisser son patronyme indien pour formuler sa proposition. Une requête qui résonne profond dans ses vertèbres et ses tripes. Les mots se bousculent, s’arque-boutent sous sa langue. Il veut répondre. Il aimerait répondre. Et pourtant, ses lèvres ne libèrent aucun son. Le jeune homme ne saurait décrire les sentiments confus qui s'ébattent en son âme. Lâchement, il décide de les laisser bouillir sous le couvert épais des sutures.

- Chenoa ne t'a jamais remercié d'avoir aidé... Isaac n'a jamais jugé Chenoa, il est resté, même quand elle avait peur et qu'elle était triste.
- J'ai fait la promesse, devant mon seigneur et votre futur époux,  de vous protéger corps et âme. C'est un engagement qui ne connait pas de limite de temps, ni même d'espace. Je serais toujours, pour vous, un allié sincère et dévoué.
- Isaac va rester avec Chenoa... ?

Pris de court, Isaac s'empourpre. Une fois de plus, il retrouve ces picotements langoureux qui font frire sa moelle. Il agonise presque sous la pression sanguine qui pulse sous son derme. L’atmosphère se tend d'une tension toute électrique et l'homme de foi se trompe lourdement sur l'interprétation de ces signes.

- Je.. non.. Oui.. Enfin... Avez-vous consulté votre fiancé ou même votre Ho 'yaneh ? Etes vous sur qu'ils...

La native recule brusquement, comme brûlée vive. Isaac déglutit.

- Ne vous méprenez pas, Chenoa, je ne souhaitais pas vous blesser... Simplement....
- Isaac... Ta maman... Quoi être son nom ?
- Pa.. pardon ? Je n'en ai pas la moindre id...

Les paumes fraîches de l'indienne encadrent soudain son visage. Loin de faire chuter la température de ses joues, elles s'incendient davantage. Le pauvre garçon se retrouve prisonnier, incapable de se soustraire à ce vibrant étalage d'intimité.

- Toi regarder moi... regarde-moi, Isaac !

Par  la sainte Vierge, il ne fait que ça ! Il se flagelle mentalement pour ne pas s'enfuir en courant.

- Qui es-tu... Isaac ?
- Je ne sais pas, gémit-t-il, pitoyable.
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le 21.08.17 0:57

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La serpentine
Qui es-tu... Isaac ?
Je ne sais pas

Sur les joues de l'homme de foi, la prise de la sauvage se desserre et se fait plus douce. Ses doigts fins palpent sa peau, glissent dans ses cheveux. C'est comme un masque qu'il porte, un mensonge qui cache une vérité dont même lui n'a pas conscience. Ce quelque chose de si subtile dans son être, qui serpente dans son aura... Il ne sait pas qui il est. Ce qu'il est. Il ignore tout de la force qui sommeille dans son corps, il n'a aucune conscience de l'esprit farouche dont il est pourvu. Pauvre Ohanzee....

« Tu... Tu ne sais pas... ? »

Souffle difficilement Chenoa, ses doigts s'enroulant dans les rouleaux de cheveux sombres de son ami. Son visage se décompose, la jeune soutient son regard. L'envie de hurler, l'envie de pleurer. Quel sacrilège, quel blasphème ! Toute cette grandeur qu'il détient et qu'il ne sait même pas utiliser. Accablée, l'indienne baisse le visage jusqu'à poser son front sur le torse d'Isaac, les épaules secouées par l'épreuve. Pourquoi donc, les choses étaient toujours aussi difficiles ?

« Toi pas avoir place chez hommes blancs... »

Chenoa relève le visage, ses mains quittant les cheveux du pauvre homme acculé pour se poser sur ses épaules qu'elle presse doucement. Elle essaye de se rassurer elle plus que lui, Chenoa. Le regard larmoyant, la farouche créature supplie son ami du regard, tirant sur le tissu qui le couvre.

« Tu dois venir avec Chenoa... Ta place être avec Chenoa... être avec les autres... Toi pas ici par hasard... Esprits t'avoir envoyé à nous... pitié Isaac, toi écouter Chenoa... »

La jeune fille semble porter le poids du monde sur ses épaules frêles et nues. Elle libère de son joug, reculant d'un pas puis d'un second. Comment lui expliquer ? Comment lui dire les bons mots dans cette langue atroce qui lui fait défaut. Son regard se détourne pour se porter sur le trou où le cadavre repose. Chenoa soupir, lassée de tout cela.

« Et wakiza... pas être fiancé de Chenoa. » Siffle t-elle. « Wakiza être... quelque chose. Moi non plus, je ne pas savoir... » Haussement d'épaule. « Pas d'importance. Chenoa très bien toute seule. Sauf si Isaac venir avec Chenoa... Elle aussi être bien avec Isaac... Isaac et Chenoa être ami ? Ami pour toujours ? »
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le 24.08.17 15:51

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