have more than you show, speak less than you know (sarah)

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Une tasse de thé au coin du bureau, la plume de Samuel voyageait régulièrement entre le papier et l’encrier, grattant alors d’un léger crissement et de manière infatigable les signatures et autres corrections. Et lorsque le document était prêt, il rejoignait une pile pour laisser sa place au suivant. On entamait le milieu de l’après-midi et le Drake fut saisi d’une soudaine lassitude, l’œil fatigué de lire sans arrêt les mêmes types de textes, des factures, des contrats, du courrier général. Il posa sa plume, se massa les articulations des doigts en laissant tomber son dos contre son siège, la mine pensive, avant de prendre sa tasse pour avaler quelques gorgées du thé encore tiède. Diantre, il l’avait aussi oublié, celui-là. Son regard s’évada par la fenêtre juste face à lui, vers le ciel pâle du printemps qui s’affirmait pourtant. Au dehors, la rue était généralement calme, parfois l’on pouvait entendre le claquement des sabots d’un cheval ou la voix des passants. Quant à l’intérieur, étrangement, c’était plutôt silencieux. Non, se reprit le sorcier avec agacement, cinglant cette habitude qui ne pouvait partir : ce n’était pas étrange, c’était normal, depuis un an. Il reporta son attention sur les feuillets qui restaient et constata avec un certain soulagement qu’il n’y en avait plus beaucoup. Dernière gorgée de thé et il reprit son courage à deux mains pour terminer.

Cela fait, un sourire triomphant apparaissant alors sur les lèvres de Samuel, il repoussa son fauteuil et se dirigea vers la fenêtre pour profiter de la vue en contrebas, donnant sur l’avant de sa maison. Il observa, à travers les carreaux de verre, les passants qui saluaient parfois un voisin, les petits groupes qui, plus loin, discutaient de Lucifer savait quoi, et soudain, son œil fut attiré par une silhouette reconnaissable entre mille qui venait de franchir le portillon de la demeure avant de s’arrêter pour se retourner vers celui qui accompagnait sa fille. Instinctivement, Samuel ne put s’empêcher de froncer les sourcils, plissant les yeux avant de finalement reconnaître le jeune homme en question. Et renifla. Décidément, Sarah semblait passer beaucoup de temps en sa compagnie. Enfin, comparé aux autres garçons de Warwick Bay et surtout ceux qui pouvaient figurer sur sa liste de prétendants. C’en devenait d’ailleurs préoccupant, en plus de légèrement agaçant. Evidemment, le Drake adorait sa fille et n’avait pas franchement envie de la voir quitter le cocon de leur maison. Couper le cordon ? Mais pourquoi ? Et surtout, pour qui ? Personne n’était assez digne de sa petite Lilith chérie. Personne, dans toute cette ville, n’était assez digne pour permettre à Sarah d’enfanter son héritière.

Le vieux dragon en ayant assez vu, il quitta son bureau avec la mine renfrognée, croisant au passage, dans le couloir, Martha armée de son plateau qui venait récupérer le service à thé. Parfois, il se demandait si elle ne lisait pas dans les pensées. Il descendit au salon, où des braises crépitaient encore doucement dans l’âtre, une chaleur agréable et discrète rayonnant alors dans la pièce, avant de rejoindre le hall d’entrée dont la porte s’ouvrit brusquement à la volée pour laisser apparaître la chevelure brillante de sa fille. Samuel ne se rappelait plus si elle lui avait dit qu’elle s’éclipsait ou non, mais de toute façon, voilà longtemps qu’elle n’était plus une petite tête blonde et, avec ses nouvelles responsabilités, il lui arrivait souvent d’aller étudier sa magie dans un lieu plus discret que la maison. « Tiens, te voilà ! », s’exclama-t-il en feignant la surprise. « Je me demandais justement où tu étais passée, ma chérie. » Surtout, où elle était passée avec le garçon de tout à l’heure. Jaloux ? Non, voyons, jamais. C’était son père après tout. Et un Drake par-dessus le marché. Non, en revanche, il voulait savoir ce qu’elle avait derrière la tête. Un simple jeu, qu’il lui permettait aisément avec un fin sourire aux lèvres ? Ou quelque chose de plus complexe, qu’elle ne maitrisait pas tout à fait ?
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le 07.05.17 1:14
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Comme tous les matins en se levant, Sarah alla regarder par sa fenêtre un aperçu de ce que lui réservait le monde. C'était une magnifique journée ô combien fraiche et pleine de vie : une belle journée de printemps. Une journée comme Sarah les détestait. Alors certes, le soleil mettait en valeur sa chevelure dorée, les rayons de soleil illuminaient ses yeux bleus donnant l'impression à quiconque la regardait, de plonger son regard dans une source d'eau pure et la fraicheur de la saison lui permettait de ne pas souffrir de la chaleur dans ses beaux habits. Cependant, la convivialité et la bonne humeur des gens indisposaient grandement son fragile estomac.  Les oiseaux chantent et les herbes poussent encore et toujours … Remettez-vous, bon sang ! Le masque de bienséance que devait porter la jeune demoiselle avait toujours été à multiples tranchants. Le jeu ou l'amusement de voir tant de gens se faire berner si facilement et boire ses paroles comme le pasteur descend le vin après l'hostie. L'ennui de toujours devoir faire bonne figure et d'aller elle ne sait plus combien de fois à la messe. Bon sang, que cela pouvait être lassant. Enfin, l'agacement de toujours devoir affecter gentillesse et politesse. Le devoir d'être douce quand on ne rêve que de serrer le cou de ce cher Ami qui l'infantilise et lui apprend qu'elle fera une parfaite épouse à enfanter et cuisiner pour son ô combien aimé et chanceux mari. Nom de … heureusement que les couteaux n'étaient pas étalés en libre service sinon elle aurait été tentée de couper le sifflet à plus d'un. Non, les belles journées de printemps n'avaient rien d'agréables pour la jeune Sarah. Tout le monde se saluait et avait une envie de parler subite qui lui chatouillait les nerfs. Pourtant, elle souriait et écoutait. Comme toujours.

Adressant un « Bonjour mon cher Ami. » par-ci et un « Comment vous portez-vous, aujourd'hui ? » par là, elle traça son chemin dans le village faisant les emplettes dont elle avait besoin. Comme d'habitude elle passa par l'église pour adresser une prière au très très très ennuyeux d'En-haut. Enfin, c'est ce que les gens croiraient dans tous les cas. De fil en aiguille elle finit par tomber sur un jeune homme pas si inconnu et pas si agaçant que cela. La jeune femme serait incapable d'expliquer son intérêt pour Aidan Collins si ce n'est d'avouer qu'il existait depuis sa plus tendre enfance. Cet homme exerçait une certaine fascination sur la demoiselle que tous laissaient insensibles. La gent masculine avait tendance à l'agacer. Cette manie de faire le paon était parfois amusante mais, surtout désolante. Ces moment-là, il lui chatouillait les doigts d'en faire de la volaille pour de vrai. Cette habitude qu'à l'homme de vouloir affirmer sa supériorité physique sur la femme l'oppressait. Une chose que l'Ami Collins ne faisait jamais. Il lui parlait toujours d'égal à égal, lui exposant tous ses projets et ses inventions avec une telle facilité que la jeune femme s'en retrouvait toujours captivée. Il était ingénieux et sa timidité rajoutait à la curiosité qu'il éveillait chez elle. C'est un ainsi, ni plus ni moins, qu'ils finirent par passer l'après-midi ensemble discutant de tout et de rien. Le masque devenait alors particulièrement facile à porter et la journée était, elle, moins pénible à supporter.

Quand il la laissa devant chez elle, elle était bien de meilleure humeur que lorsqu'elle avait quitté la demeure. Ce fut en fredonnant, le sourire aux lèvres, qu'elle franchit la porte d'entrée pour aussitôt tomber sur son père. « Tiens, te voilà ! Je me demandais justement où tu étais passée, ma chérie. »   s'exclama-t-il sur un ton surpris. À d'autres ! À l'instant même elle comprit que ce dernier l'avait vue en compagnie du jeune Collins et était venu d'emblée l'accueillir. « Père ! » lui répondit-elle sur le même ton entrant volontairement dans son jeu. « Je ne vous avais pas encore vu aujourd'hui. Une triste note à ma journée. »  dit -elle en mi-boudeuse, mi-taquine. « Comme vous êtes élégant. Chercheriez vous à faire tourner les têtes de jeunes demoiselles ? Quoique les traits un peu tirés. Vous avez encore travaillé sur des contrats pendant des heures. Me trompe-je ? »   le réprimanda-t-elle gentiment. Au-delà du jeu, se cachait une véritable préoccupation filiale. Sarah aimait énormément son père et se préoccupait vraiment de lui. Elle n'était pas qu'égoïsme et vanité. La blondinette possédait un sens de la famille exacerbé et elle se préoccupait toujours du bien-être des siens. Outre cela, elle le sentait curieux de cet après-midi passé en compagnie d'un charmant rouquin. Cependant, elle n'était pas disposée à en parler tout de suite et voulait faire marcher encore un peu son bon vieux père. Elle se dirigea vers le salon pour s'y installer tout en continuant de parler joyeusement à son paternel. « J'ai passé une journée délicieuse. Vous serez si fier de moi, père. J'ai bien rempli tous mes devoirs. Je me suis promenée dans le village saluant passants, commerçants et connaissances avec politesse et courtoisie tout en me dirigeant vers l'église où je suis restée prier pour le salut de nos âmes et le pardon de nos pêchés. »  Elle avait presque envie d'éclater de rire en disant cela. « Il faut dire que le défaut de vantardise me colle à la peau, il faut bien que je me recueille en compensation. J'ai ensuite battu des cils comme si de rien n'était dans l'espoir de trouver un bon parti. »  S'asseyant avec grâce elle affichait un sourire innocent tout en sirotant une tasse de thé qui avait été déposée par les soins de Martha à ses côtés pour finalement prendre un air boudeur « Mais nul ne venait. »  Elle dit cela comme s'il fut chose courante qu'un bon parti tomba du ciel à chaque fois qu'elle battait des cils. De l'air boudeur, elle passa à une expression plus pensive pour enfin afficher de nouveau un sourire qui se voulait innocent et sympathique « Avant  de tomber sur notre cher Ami Aidan Collins. Que la vie fait bien les choses, ne trouvez-vous pas ? »
le 16.05.17 23:15
Le visage du père Drake resta impassible, accueillant toutefois la remarque aimable d’un fin sourire aux lèvres. Toutefois, son regard d’acier s’était fait perçant à l’instant même où sa fille s’était embusquée dans un jeu de feintes et de piques. Apparemment, elle ne semblait pas vouloir lui offrir la vérité sur un plateau. Qu’à cela ne tienne, Samuel était un vieux roublard qui savait obtenir ce qu’il voulait, d’autant qu’il connaissait sa fille adorée. Il haussa toutefois un sourcil amusé quand Lilith mit le doigt sur l’élégance qui ressortait de sa mise. Aurait-elle seulement pu se targuer de l’avoir vu une seule fois en tenue débraillée ? « Et pourquoi pas ? », rétorqua-t-il d’un ton narquois. Serait-ce trop vaniteux de penser que malgré les années, l’on pouvait encore apprécier la silhouette mince du père de famille ? A vrai dire, la venue de la cinquantaine ne lui faisait pas prendre du poids, il en perdait à l’inverse. Sans doutes les derniers événements survenu au sein de leur foyer et surtout, l’impact de la magie. D’où, sans doutes, les traits de son visage qui semblaient tirés, presque creusés. « Une fatigue passagère, à n’en pas douter. », ajouta-t-il cependant en suivant Sarah jusqu’au salon.

Faisant mine d’écouter attentivement chaque détail de la journée de son enfant, Samuel se laissa choir dans son fauteuil préféré, juste face à l’âtre dont s’échappait seulement la faible lueur de quelques braises, qu’on raviverait avec soin dans la soirée. Alors ainsi, la mignonnette avait passé sa journée à paraître, s’amusant de ce jeu hypocrite en flânant dans le voile protecteur du mensonge, pour parfaire sa réputation de jeune fille pieuse et obéissante. Comme la jeune fille libre de toute responsabilité qu’elle avait été par le passé. Mais cette époque était malheureusement révolue. Le vieux dragon entremêla ses doigts et posa son menton dessus, un air songeur plaqué sur le visage, les lèvres pincées en une expression agacée. Tout en fixant durement la cheminée du regard, il murmura d’une voix pourtant parfaitement audible : « Tu as… battu des cils ? » Une pointe de scepticisme pouvait aisément se remarquer dans son ton. Toutefois, c’était surtout une note de déception qui s’échappait dans ses mots. Comment pouvait-on sciemment s’amuser à battre des cils alors qu’une bête maudite, un wendigo, rôdait dans les parages, s’en prenant aux enfants du village et des environs ? Et pas que les enfants, d’ailleurs… tout le monde pouvait être une proie potentielle. Heureusement qu’en journée, les lieux étaient plus sûrs, mais de là à passer son temps à folâtrer comme une gamine insouciante… Non, Samuel ne pouvait décemment plus laisser passer ce genre de manquement à ses responsabilités de matriarche.

« Ce n’est pas du ressort de tes jolis yeux de décider qui appartient ou non à un bon parti. Je te permets peut-être beaucoup de choses par rapport aux mœurs locales, il n’en demeure pas moins que la décision finale revient aux parents… et qu’il y a des critères sur lesquels on ne peut s’asseoir. » Sa voix était restée douce, suave comme le miel. Seules ses prunelles froides laissaient transparaitre un peu de sévérité. Il n’avait absolument pas l’habitude de sermonner ainsi sa fille, cela avait toujours été du ressort de sa chère Victoria. Mais à présent qu’elle n’était plus là… Son ton se durcit néanmoins lorsqu’il ajouta : « Tu n’es plus une enfant qui doit céder au moindre caprice libertaire et paresseux. Ton devoir, c’est de veiller au bien de notre famille, au futur de la lignée. Le mariage est une chose, et nous en reparlerons très bientôt. Mais tu dois surtout veiller à étendre tes pouvoirs, à te protéger et à analyser le monde extérieur et les possibilités qu’il t’offre. » Il lâcha un soupir, séparant à nouveau ses doigts pour les poser sur les accoudoirs de son siège. « Je suis évidemment là pour t’aider à tout ceci, mais viendra un jour où je ne serai plus de ce monde, le plus tard possible je l’espère. Mais à ce moment-là, tu seras seule et ta formation doit être basée sur de solides fondations, qui ne prendront qu’avec de la rigueur et du travail. »

Finalement, Samuel allait peut-être annoncer plus tôt qu’il ne le pensait son contact pris avec la famille Belkhan. Ou plus précisément, la fratrie maudite. Qui avait bien failli réduire son mobilier en poussière lors de ce dîner houleux et ardu. « Donc… pendant que tu battais des cils avec ton cher Aidan Collins, alors que la mort rôde tout autour de nous, heureusement que je suis encore là pour veiller au grain et tenter de nouer des liens plus positifs avec certains… compatriotes pour nous débarrasser au moins temporairement de quelques soucis. » Un sourire carnassier apparut sur les lèvres du Drake qui semblait dire : toujours les mêmes qui travaillent, finalement.
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le 04.06.17 19:51

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