A fluctibus opes [Felix & Aloïs]

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A fluctibus opes
La richesse vient de la mer
28 mars 1690

La matinée avait percée à travers les rideaux de la riche résidence Chester dans le village alors qu’Aloïs était déjà affairé à ses papiers. Posté dans son bureau, une bougie allumée pour soutenir l’arrivée des premiers rayons.  Son stylo allait de l’encre à la page avec une mécanique bien rôdée qui ne se fit interrompre que par Laura lui apportant un petit déjeuner. Un baiser échangé et une gorgée de thé plus tard, Aloïs se levait de son siège. Il sélectionna quelques feuilles qu’il inserra dans un porte document en cuir. Il referma la ficelle avant de prendre un morceau de pain et de le manger en s’approchant de la fenêtre. Il l’ouvrit et observa un instant les rues de Warwick Bay. Des habitants vaquant, à droite et à gauche, filant vers leur travail ou leur maison, la tête rentrée dans les épaules pour éviter de se faire ainsi envahir par les faibles gouttes qui s’abattaient, concluant la fin de l’hiver d’une manière plus permanente.

Il soupira. Son programme de la journée n’était pas des plus réjouissant, mais avec un temps pareil, il se sentait encore plus découragé. Il prit ses documents et sa tasse de thé et descendit les marches de sa maison. Le bois, imprégnait d’humidité grinçait légèrement. Laura était déjà installée à la table de la cuisine, ses longs doigts parcourant des fiches chiffrées. Son allure semblait être en décalage avec ce qu’Aloïs était censé trouver dans sa cuisine. Une femme en train de s’occuper d’un enfant, de plusieurs… De préparer le petit déjeuner, de s’occuper à éplucher pour le repas de midi… Les yeux clairs du français parcoururent un instant la silhouette de sa femme. Y avait-il de l’agacement ? De la colère ? Une tension quelconque ? Il n’arrivait pas à le voir. Il s’avança et passa sa main sur ses épaules. Il se pencha et lui sourit. « Je pense que je rentrerais avant la nuit. Ça va dépendre des temps de chargements… » dit-il. Depuis qu’il avait commencé ses petites magouilles, il avait décidé d’être plus fou quand il lui parlait de son travail. Pourtant, Laura était sa collaboratrice la plus proche… Mais il ne voulait pas que son péché ne se reflète sur elle. Si elle ne savait pas, elle ne pouvait pas être tenue responsable.

Il enfila un manteau épais et un chapeau. Lorsqu’il sortit, le fiacre était déjà là. Ils avaient un arrêt à faire avant d’aller vers Harrisburg… Récupérer Félix. Un gars qu’il avait du mal à situer. La seule manière dont ils étaient liés c’était d’être tous les deux embarquer dans la contrebande. Une contrebande bien particulière car elle impliquait juste de mentir sur l’origine et la destination des marchandises auprès de deux douanes différentes. Ce petit gars lui garantissait une bonne réception à Harrisburg et une place dans un bateau à Warwick Bay. Ainsi, le jeune homme devait faire partie de l’entreprise. De plus, il servait de main d’œuvre pendant une période où les gens étaient frileux de donner leurs muscles à vendre à des français… Installé sur la banquette, il regarda les gouttes tombaient sur les fenêtres du véhicule. Il s’arrêta près du port et la porte s’ouvrit alors sur l’homme. « Salutation. Espérons que notre Seigneur sera assez bienveillant pour nous épargner de la pluie en revenant d’Harrisburg… Comment vas-tu ? » son accent français n’était plus aussi proéminant qu’à son arrivée. Aloïs s’était découvert un talent assez naturel pour les langues et même les variétés les plus obscures ou les accents les plus épais ne lui faisaient plus peur. Était-ce un vrai talent ou l’envie pressante de s’adapter ? C’était un mystère.
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    Le temps est mouillé, le fond de l'air est frais.

    Debout, immobile, sur le quai, une main sur la hanche, Felix regarde l'horizon. La rivière est plutôt large, si bien que l'on voit difficilement le rivage - plus encore avec la brume et l'humidité -, et malgré tout, l'Italien ne peut s'empêcher de ruminer sa mélancolie. La mer lui manque, les grandes étendues d'eau aussi. La perte de vue, c'est ce qu'il aime, ce qui le fait se sentir vivant. Le soleil de plomb, le pont humide mais brûlant, les chants avec l'équipage pour passer le temps. Si la vie est une putain, pourquoi se sent-il si seul ?

    Un regard vers l'arrière, lent et peu enjoué. Il a rendez-vous aujourd'hui. Ses bottes trempent dans la flotte depuis près de dix minutes, maintenant. Un regard à sa montre à gousset ; hm. Le fiacre ne devrait pas tarder à arriver. C'est le bruit des roues dans la boue qu'il entend, au loin, alors que du rivage de la rivière, il remonte doucement les marches en bois qui grince sous ses pas. Ses bottes font un bruit de succion insupportable à cause du cuir gorgé d'eau, mais, à vrai dire, il n'en a que faire. C'est depuis sa fièvre jaune, aux Bahamas, où il s'est soigné à grand coup de bouteille pleine, qu'il n'est plus tombé malade. Le froid de la Pennsylvanie n'aura pas raison de sa merveilleuse condition physique.

    Nonchalant, alors qu'il arrive sur le bord de la route où est sensé le récupérer le fiacre, il chantonne un petit air de son pays natal ; douce chanson que son père et son frère chantaient en revenant de voyage alors que lui, lui, passait ses journées à errer dans les rues, être pris pour un garçon et se battre quand c'était nécessaire. Il s'en est pris de belles, à l'époque. Quand le fiacre arrive enfin, l'Italien reconnaît, à travers la vitre, le visage de l'homme avec qui il a à faire. Aloïs Chester, le gérant d'un commerce de textile. Une activité qui rapporte, si l'on sait en faire bon usage. Et Felix sait toujours faire bon usage des choses, surtout quand il y a de l'argent à la clé.
    La porte s'ouvre et le matelot retire son bandana pour égoutter ses bouclettes de la pluie. Il est trempé et va sûrement inonder la voiture, mais ça lui importe peu.

    Bien l'bonjour. Salue-t-il en se hissant à l'intérieur du fiacre, posant son fessier aussi épais que celui d'un crève-la-faim sur les sièges en cuir, il ne se gêne pas pour enlever ses bottes et installer ses pieds trempés sur les sièges d'en face. Rah, oui, oui, allons-y prions le Seigneur. Va nous falloir plus qu'une prière pour ne pas se prendre la pluie au retour. Pays d'merde... Il jure dans sa barbe inexistante, en secouant vaguement son bandana pour l'égoutter un peu et l'attacher de nouveau dans ses cheveux. Et ma foi, mis à part le manque de soleil crevant dans cette foutue région, ça n'se passe pas trop mal. Et toi donc ? Les affaires, la femme, tout ça ? Un petit Aloïs Chester en route ? Le rire qui suit est railleur. Quand quelqu'un de marié n'a pas d'enfant, ce ne sont pas les commérages qui manquent.
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Le jeune homme arrive dans le fiacre avec des chaussures pleines de boue… Aloïs ne lui en tient pas rigueur. Avant de travailler dans le commerce de Warwick et de gérer les envois et réceptions, il était avant tout employé dans les entrepôts de Paris où la propreté était rarement au rendez-vous. Il sait parler aux ouvriers et aux personnes portant le rôle d’intermédiaire dans le commerce. Il n’avait jamais vraiment regardé les personnes de moins bonnes fortunes comme des personnes moins importantes. Il y avait une limite cependant et cela comprenait leur niveau d’éducation et de culture. Félix, aussi étonnant que cela pouvait paraitre était de ces gens qui étaient plus cultures qu’ils n’en avaient l’air. Déjà, il avait le don de faire des affaires intéressantes et cela n’était pas donné à tout le monde. Ensuite, même si ses manières et son langage n’étaient pas au niveau d’Aloïs, il avait dans son regard cette petite lueur d’intelligence qu’il ne fallait pas sous-estimer. Déjà, par principe, Aloïs ne sous-estimer personne qui avait attrait à son commerce… Mais Félix était de ceux qu’il surveillait surtout par méfiance mais aussi par intérêt. Il n’avait encore jamais vraiment rencontré quelqu’un comme lui.

Il haussa légèrement un sourcil lorsqu’il étendit ses pieds sur le siège, à côté de lui mais décida de l’ignorer. Après tout, celui-ci travaillait surtout en extérieur, dans des métiers difficiles physiquement et c’était quelque chose qui n’était pas particulièrement étrange. De plus, Aloïs, bien qu’ayant couru jusqu’au fiacre pour se mettre à l’abris, était aussi trempé et aurait bien voulu se permettre un tel degrés de familiarité mais la manière dont il avait été élevé le lui empêchait.

Le jeune matelot répondit vite fait à sa question, ne manquant pas d’insulter quelque chose au passage. Il semblait que pour ces gens-là, les insultes semblaient presque être de la ponctuation nécessaire. Il hocha la tête et se fendit d’un petit sourire lorsqu’il fit référence à sa femme et à un possible enfant en route. « Les affaires sont à flot pour le moment. Ce rendez-vous où nous allons devrait pouvoir maintenir, voir augmenter les profits. Qui sait, peut-être auras-tu un petit bonus à notre retour ? » ajouta-t-il avec un sourire. Après tout, les deux compères étaient en relation pour ce qu’on appelait le deuxième Dieu : la richesse. Il rajouta ensuite « Laura va bien… Et il ne me semble pas qu’un petit Aloïs arrive… Ce serait des dépenses en plus. » dit-il en perdant légèrement de son sourire alors qu’il détournait ses yeux vers la fenêtre pour observer les arbres défilant de part et d’autre de la route. Son attention se reposa ensuite sur Félix. Ses boucles foncées entouraient son visage anguleux d’une manière particulière. Il avait une prestance plus imposante que beaucoup de ses collègues. « Et toi ? As-tu de la famille, quelque part ? Je ne t’ai jamais entendu parlé d’aucune femme ou enfant… » et pourtant on disait bien que les marins avaient des femmes t des mioches à la pelle dans chaque port qu’ils visitaient… Une telle inconstance était quelque chose qui répugnait presque Aloïs. Étrangement pour quelqu’un qui faisait de la fraude, il croyait dans le vrai amour, le romantisme et l’importance de la famille. Laura resterait sa femme pour toujours, même si l’un des deux venait à mourir prématurément.
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    Aaah. Les voyages en fiacre. À peine la portière a-t-elle claqué que déjà le cocher chante quelques ordres à ses bêtes qui dérapent dans la boue. Les grosses roues de bois grincent et projettent de la terre humide sur les vitres aussitôt lavées par la pluie qui semble s'être intensifiée quand le matelot est entré dans la cabine ; ou peut-être est-ce la vitesse du véhicule qui donne l'illusion d'une pluie plus que battante. Quoi qu'il en soit, Felix se met à l'aise. Il en profite pour retirer sa grande veste trempée et essorer ses bouclettes à grands coups de mains sauvages entre elles, laissant malgré lui son comparse de voyage profiter d'une pluie d'intérieur. Il s'excuse d'ailleurs, au passage, alors que son ami donne de ses nouvelles à son tour. Les affaires sont à flot ? Parfait. Si les siennes vont bien, les siennes iront bien aussi. Aloïs, et peu importe ce que l'on peut dire à son sujet dans la colonie, est un homme bien. Peut-être trop bien pour fréquenter Felix, ce dernier se sentirait presque mal à l'aise d'entraîner un homme tel que lui dans ses sournoises affaires, mais peut-être pas assez bien pour ne pas fréquenter le petit rapace qu'il est. Après tout, c'est le français qui a accepté ces quelques trafics et falsifications. Les douaniers et inspecteurs ne sont pas bien regardant quand on sait y faire... Et malgré toute la bonne volonté du monde, Aloïs ne sait apparemment pas y faire. Pourtant, il se pourrait bien qu'il soit apte, dans un futur plus ou moins proche, à gérer ce genre de choses par lui-même, à son échelle. Les yeux de l'italien se plissent à cette idée, tandis qu'il écoute vaguement les questions qui lui sont posées, qu'il hausse les épaules au sujet du "petit bonus" potentiel. Lui, il veut se faire de la maille. C'est tout. Les petits bonus, il en aura plus tard, c'est sûr.

    Aahh, ouais. Les mômes ça coûte cher à entretenir. Il ne porte pas "les mômes" dans son cœur, le matelot. Pour toutes les raisons valables qui puissent exister. D'un rapide regard au visage du français, il détermine que "les mômes" ne sont pas un sujet qui semble ravir son comparse et préfère croiser les bras derrière sa tête, le regard perdu sur les arbres qui défilent aux flancs du véhicule... Jusqu'à ce que la question manque de le faire s'étouffer d'étonnement. De la famille... D'abord ses yeux sombres perdus dans les décorations écaillés de la cabine se plissent pour lui donner l'air de réfléchir alors qu'il hausse les sourcils. Gonflant ses joues, il laisse échapper un bruit sourd de ses lèvres humides. Nah. Pour toutes les raisons valables du monde, encore une fois. Reportant son attention sur Aloïs, il se dit que, tout de même, ce n'est pas un mauvais bougre et il mérite un peu plus de matière à répondre. Ma famille en Italie n'a jamais été très jouasse de me compter parmi les siens ; alors dés que je m'en suis allé, ça leur a probablement rendu service, peu importe où j'allais. Et en ce qui concerne les femmes... Il marque une pause, affiche une grimace, recentrant son regard sur la route qui défile à travers la vitre sale. Ça n'apporte que des emmerdes. Faut les marier, ou alors faire gaffe que ça soit pas des dames déjà prises ; en plus des ragots qui circulent et pullulent comme des rats... Si certains appelleraient ça de la couardise ou le traiteraient de puceau, ou encore de castor, de dorelot ou d'anticoniste, de zerbino comme on les désignes chez lui, lui pense qu'il s'agit là plus d'un réflexe de survie qu'autre chose. Suffit de voir comme il est taillé pour comprendre que, non, ce n'est pas une bonne idée de se frotter ainsi à toutes les dames qu'il croise. Suffit de comprendre son androgynie pour que tout paraisse logique. Loin de lui, cependant, l'idée d'admettre que les relations plus posées et romantiques ont meilleur goût à ses lèvres ; et puis, de toute façon, se vautrer de temps en temps dans le lit avec une inconnue n'a jamais fait de mal à personne. Ce n'est pas bon pour ma réputation. Conclu-t-il sur un sourire légèrement carnassier.
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Aloïs passa sa main sur sa veste, évacuant les gouttelettes projetées par Felix. Le jeune homme n'est pas méchant, en fait. Il est juste plus rustre que le Français qui a vécu pendant très longtemps dans des maisons confortables en France. Ici, la notion de confort était bien différente que sur le vieux continent. Tout était à refaire, à reconstruire... Les routes, si elles s'amélioraient, n'étaient pourtant pas aussi bien marquées et faites qu'en Europe. Tout comme les magasins et les infrastructures, l'immigré arrivé au Nouveau Monde se rendait compte à quel point sa vie à Paris était bercée dans le privilège et parsemé de toutes petites choses qui rendaient son quotidien bien plus confortable. Il n'avait pas vraiment à se plaindre étant donné sa situation, mais il mentirait s’il disait que sa vie en France ne lui manquait pas. Il en avait déjà parlé avec Laura et elle lui avait assuré être heureuse qu'importe où ils iraient. Aloïs savait que ce n'était pas dans l'éducation féminine de se plaindre à son mari. Il avait repéré les lèvres pincées d'agacement quand sa femme préparait le repas et réalisait à quel point leur choix était restreint... Il avait repéré sa tristesse des fois, le soir, quand ils étaient seuls, à lire, au lieu d'inviter des amis ou d'aller aux musées et spectacles de la capitale... Certaines nuits, il regrettait amèrement d'être venu ici. Mais s'apitoyer sur son sort ne faisait que faire perdre du temps et du moral. Deux choses qu'il n'avait pas le luxe de voir filer sous son nez.

Felix lui confia qu'il avait de la famille en Italie mais que celle-ci ne l'appréciait pas vraiment. Enfin, il conclue en disant que les femmes n'étaient que des problèmes. Aloïs sourit légèrement. « Tu romps avec la réputation volage des marins... Hum... Il est sûr qu'en voyageant autant que tu le fais, avoir une femme et des enfants serait bien compliqué. » dit-il. Il ne savait pas bien ce qu'il ferait sans Laura. Elle préparait les repas, l'assistait à chaque instant de sa vie, dans son travail, dans sa vie privée et professionnelle... Elle semblait être un pilier indéfectible, la seule personne en qui il pouvait entièrement avoir confiance. Il n'aurait certainement pas tenu aussi longtemps en Amérique sans elle, c'était sûr et certain. Les yeux parcourant la vitre frappée par la pluie, il commenta. « L'Italie... Je ne comprends pas pourquoi tu es parti pour venir ici... La pluie, le vent, le froid, le diable qui se cache sur cette terre sauvage. Il n'y a donc pas de bateaux qui partent en Afrique ? Là où les températures sont bien plus clémentes et où on raconte que les blancs sont accueillis comme des Dieux ? A Paris, les capitaines et les commerçants exotiques se vantent toujours des tonnes d'argent qu'ils se font. » Après il n'était pas naïf au point de penser qu'ils ne mentaient jamais. Mais il était vrai que les terres au soleil valaient beaucoup d'argent et que vue le prix des esclaves qui travaillaient la terre, le profit était exorbitant... Mais vu sa nature fragile, il ne savait pas s’il aurait pu supporter de fortes températures. Finalement, cette pluie-là lui semblait presque plus douce qu'un soleil dans un ciel nu, s'abattant sur ses épaules.
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