Les vérités évitées [Roxanna & Aloïs]

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Les vérités évitées
20 mars 1690

L’avantage d’être un négociant en tissu était certainement les connaissances annexes dans le domaine des vêtements que cela forçait à avoir. Un vent sec et glacé balayait les bois et l’herbe jaunis par l’hiver rude. Des arbres se dégageait une odeur de bois sec qui retrouverait plus de couleur dans quelques semaines. Une saveur de brûlé s’installait loin dans la gorge, signe des feux encore présents dans les chaumières. Le soleil déclinerait dans deux heures et un repas chaud et fin attendrait Aloïs sur la table de sa maison.

Celle de sa sœur, grande, en pierre, rayonnait par l’absurdité de sa taille. Le vent soufflait entre les arbres, sifflant dans les oreilles d’Aloïs qui se rendait compte à quel point les symboles de grandeurs semblaient ironiques lorsque le destin emportait tout. Prenez une école, retirez-en les enfants et vous avait un lieu sinistre qui semblait faire écho à un passé effacé. Prenez une maison familiale, retirez-en la famille et vous vous retrouvez avec de vieux démons de souvenirs, de mémoire et de rêves totalement avortés. Ces fenêtres, ces tuiles, ce jardin semblaient appeler une quelconque vitalité infantile qui ferait raisonner une quelconque vie entre ces murs. A la place, rien que le silence et de la fumée sortant de la cheminée, indiquant une présence humaine.

Aloïs soupira. Il n’aimait pas les conversations perdues d’avance. Et celle à venir semblait en être une. Qu’allait-il dire à sa sœur qu’il n’avait pas vu depuis si longtemps ?  Aucun des deux n’avait gardé contact et les seules nouvelles qu’il avait eu d’elle étaient au travers des lèvres de son paternel. Il l’avait brièvement vu à son arrivée et à son emménagement. Il avait repris les clés de la boutique et promit de lui donner un petit pécule pour qu’elle puisse survivre sans famille pour la supporter. Il baissa les yeux. Ses mains gantées portaient un panier en osier qui contenait des mets divers que Laura avait préparé. Un fromage, du pain, des brioches et un peu de viande séchée et grillée. Le négociant avait espéré que sa femme aille elle-même apporter le cadeau. Mais la jeune femme avait des techniques autrement plus sournoises : prétexter un mal de tête pour pousser son mari à parler à sa sœur.

Aloïs n’aimait pas ça. Etre à son désavantage, dans un territoire inconnu, sans avoir une quelconque stratégie ou une quelconque idée d’où il mettait les pieds. Il fut tenté, une seconde, de toquer, laisser le panier et s’en aller en courant. Mais l’allée menant à la maison était grande et il n’était pas un sportif aguerri. Il se résolu, finalement. Il grimpa les marches du perron et s’approcha de la porte avant de toquer. Il serra ses mains, se sentant soudainement absurde. Aloïs ne se sentait pas à sa place.

Lorsque des pas résonnèrent et que la porte s’ouvrit, ses premiers mots furent « Roxanna, bonsoir. J’espère que tu te portes bien. » avec un sourire forcé malgré lui. Car finalement, il espérait vraiment qu’elle se porte bien et il était vraiment content de la voir en vie. Par contre, toute cette situation était étrange et inconsciemment, il semblait sentir une odeur de mort et de tristesse incrustée dans les murs de la maison. Quelque part, dans son esprit, une voix lui disait de fuir au plus vite.
le 02.05.17 21:54
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20 Mars 1690 - La fratrie Chester


" On ne choisit pas sa famille. "


Une demie année s'était déjà écoulée depuis la mort de mon mari, depuis que j'étais livrée à moi-même et à mes noirs démons ... Je n'avais pas pu accepter l'idée d'aller vivre ailleurs, de quitter mon chez-moi, notre chez-nous ... Cette maison avait été mon petit coin de paradis, mon refuge pendant plus de dix longues années. J'en avais fait un foyer avec une âme, un lieu rempli d'une chaleur agréable et d'amour tendre, un endroit où l'on pouvait se sentir bien. Mais la mort n'avait pas respecté ce lieu sain et l'avait foulé au pied, l'avait même souillé jusqu'à un point de non-retour que je n'aurais jamais penser possible. Mon pauvre petit Théodore, mort ici même, dans sa chambre d'enfant, que je n'avais osé déranger depuis le tragique évènement, tout comme l'ancien bureau qu'avait occupé François. Ma bâtisse était désormais habitée par plus de fantômes que de vivants ... J'étais la seule, j'étais l'unique membre restant de la famille Chester. Enfin sur le papier mes frères étaient aussi à Warwick Bay, mais nous ne fréquentions jamais, nous limitant à de vagues saluts très brefs lorsque nous nous apercevions en ville lorsque j'allais vendre mes diverses plantes et mes multiples remèdes ou lorsque j'allais faire de simples achats. J'avais aperçu mon premier frère et son épouse il y a peu de temps, ils m'avaient parus en forme. Elle semblait être une femme agréable, cela contrastait avec le côté si détaché que je connaissais d'Aloïs ... Je n'avais pas véritablement su comment réagir, alors je m'étais contentée de les éviter, de les fuir, n'étant pas prête à affronter ses remarques froides ou ses regards qui jugeraient mon accoutrement, ma situation, ma survie ...

Je n'attendais aucune visite à ce jour. En vérité, je ne recevais presque jamais de la visite ... A part Elizabeth de temps à autre, Félix quand il s'en sentait l'humeur ou quelques rares patients à domicile. J'avais encore les cheveux en pétard, une tenue toute froissée que j'avais porté la veille lorsque j'étais partie m'occuper de mon jardin et des tâches d'encres sur tous les doigts à cause des recherches que j'avais mené toute la journée. Tant pis si je n'étais pas présentable, mon visiteur n'avait qu'à prévenir la prochaine fois qu'il souhaitait passer à l'improviste. J'essuyais rapidement mes mains dans un chiffon dépassant de mes poches et allait ouvrir la porte.
Dire qu'Aloïs n'était pas le visage que je m'attendais à voir était un euphémisme. Prenant soudainement conscience de l'état déplorable que je devais afficher à ses yeux, je tentais de faire bonne figure en me recoiffant rapidement, mais je savais qu'il était trop tard.


" Aloïs ... Je ne m'attendais pas à te voir ici, c'est plus qu'une surprise comme tu peux le constater. Je me porte comme un charme, comme tu peux le constater, déclarais-je d'un ton un peu sarcastique en refermant mon châle autour de mon cou. Entre donc, je ne vais pas te laisser dehors, ajoutais-je en le voyant sur le palier avec son panier et en me décalant de l'encadrement de la porte pour le laisser passer. "


Une fois qu'il fut à l'intérieur, je refermais la porte derrière lui et soupirais. Ça allait être une longue soirée ... Il était sûrement venu là avec une idée derrière la tête et j'étais tout sauf prête à l’affronter. Je lui reprochais toujours de ne pas avoir su me montrer ne serait-ce qu'un peu de compassion lorsqu'il était arrivé ici, alors même que j'étais au plus bas. Je savais bien que nous n'étions plus proches depuis longtemps, mais quand même. J'étais ou du moins j'avais été sa sœur.
Je le menais jusqu'au salon, une des pièces encore présentable et le fis s'asseoir dans l'ancien fauteuil de François. Je savais être une bonne hôtesse, et même si j'étais en colère contre lui, je ne voulais pas lui donner plus mauvaise image de moi. Je nous préparais un peu de thé et nous ramenait deux tasses que je posais sur la table basse.


" Alors ... Que me vaut le plaisir de ta visite très cher frère ? "

Alois ♥:
Désolée pour le temps de réponse ♥ dis moi si tu veux plus de matière
le 15.05.17 2:30

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