À nos brasiers. [Adam]

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Et à nos souvenirs. | Feat Adam Jonson
Courant Mars 1690, Bords de la Susquehanna.




    Au matin, Caoimhe était arrivée dans la cuisine où s'affairait ses servants. Le repas allait être servit ; encore garni, encore riche. Son père était ravi de pouvoir passer à table. Mais pour elle, pour aujourd'hui, remplir son estomac est le cadet de ses soucis. À la maison, et depuis la visite au camp Indien, Cherry ne tient plus en place et l'ambiance entre ses servants et elle est tendue. Enfin, Elizabeth reste toujours sa confidente, et elles discutent très bien, faisant mine de rien. Adam, en revanche... Le fossé entre eux s'est creusé. Sans doute les révélations de Betty qui avaient jeté un froid. Quoi qu'il en soit, l'heure était à la conversation. Les commérages ne sont pas dans ses centres d'intérêt, contrairement à ce que peuvent croire ses "amies" qui la voient comme une demoiselle plutôt normale, quoiqu'un peu trop revêche, un peu trop farouche, et rester là à attendre que les choses se tassent ne lui plaisent guère plus. Alors sa décision a été prise : cela fait bien longtemps qu'Adam et elle ne sont pas allés se promener en forêt. Depuis bien trop longtemps à son goût. Alors, elle lui a donné l'ordre d'harnacher, après le repas, sa jument Agnodice, et Socrates, soit Kratos, le percheron de travail de la famille, le mettant cependant en garde contre la propension de l'animal à vouloir écraser son panseur contre le mur de sa stalle.

    Le repas fait, comme à son habitude Sir Perkins fuit vers son bureau en raison de "papier à combler". Libre d'aller où bon lui semble, désormais, Cherry rejoint sa chambre pour se changer, s'habiller en conséquences. Ils seront rentrés bien avant que le soleil ne se couche ; une fois a suffit.

    Arrivée à l'écurie, c'est sa merveilleuse jument grise qui la salue, bien heureuse de sortir. Forcément, depuis qu'elle est plus ou moins consignée par les événements et son père, l'haquenée ne sort presque plus si ce n'est pour quelques promenades à pied. Une caresse sur son en-tête, elle va de se pas saluer Kratos qui, taquin, s'amuse à tirer sur sa cape en mouton. Ravie de revoir ses compagnons équins, elle jette un œil à son servant. Oh, il était là. Hm. Ne pouvant s'empêcher de vérifier que les bêtes sont bien harnachées, elle détache ensuite Agnodice et monte en selle une fois dehors. Un regard en arrière, elle s'inquiète un instant de son servant, voir si Kratos ne le mène pas un peu en bateau ; mais ça a l'air d'aller.

    Il devrait nous suivre, Agnodice et moi. Faîtes attention, en revanche, ne le laissez pas pencher la tête pour brouter, sinon vous pouvez être sûr que nous vous retrouverons là le lendemain. Précise-t-elle finalement. Kratos, auprès de tous ceux qui ont eu à le monter, pourront témoigner de sa force de trait. Après tout, un créature pareille qui travaille doit pouvoir tirer de lourdes charges.En avant.

    Une légère pression des mollets et déjà Agnodice presse le pas. Une allure quelque peu rapide que Caoimhe se voit forcée de ralentir pour ne pas risquer de partir au galop à peine les sentiers attaqués. Si sa jument change d'allure, Kratos risque de la suivre pour le plus grand déplaisir de son cavalier.

    Du port, ils partent en direction de la forêt, longeant les rives de la rivière bordant la colonie. Avant d'autoriser Adam à venir à ses côtés pour converser, Cherry veut être sûre d'échauffer correctement leurs montures ainsi que de s'éloigner le plus possible du centre-ville. Déjà au loin, l'on peut voir un navire approcher dans le sens inverse de leur direction. La petite bourgeoise ne retient pas un sourire devant ce spectacle. De grandes voiles blanches hissées haut dans le ciel. Ca la ferait presque rêver.

    Mais, au bout de quelques minutes, elle écarte légèrement son haquenée du sentier, invitant ce gros balourd de Kratos ainsi que son cavalier à marcher au pas à côté d'elle. Une fois fait, elle se passe de commentaires sur la tenue à cheval de son servant, et entame:

    Adam, je voulais vous parler. De nombreux événements se sont produits récemment, n'est-ce pas ? À moins qu'il ne pose la question, elle ne justifiera pas la promenade à cheval pour converser de tels sujets. Je voudrais avoir votre ressenti sur... Tout. Pour une fois, elle semble plutôt prête à l'écouter. Pour une fois.
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le 01.05.17 23:08
Depuis sa conversation avec Elizabeth, Adam avait fait en sorte d’éviter le plus possible de se trouver aux cotés de Caoimhe Perkins. Bien sûr bien souvent il n’avait pas eu le choix, ordres obligent, mais il se contentait alors de faire son travail sans excès de zèle ou d’affection. Mais quand la fille Perkins demanda d’harnacher non seulement sa jument mais un autre cheval, il savait qu’il ne pourrait échapper à la conversation. Enfin, il n’était pas certains de savoir si elle désirait lui parler ou se débarrasser de lui dans un « accident » au vu du canasson qu’elle lui avait dégoté. Il était parfaitement inconscient de sa part de donner un tel cheval à monter à un débutant, et il n’avait pas souvenir qu’elle eût un jour connaissance de ses aptitudes de cavalier. Car comme tout fils de duc qui se respecte, il avait appris à chevaucher peu de temps après avoir su marcher. L’équitation faisait d’ailleurs partie de ces activités qu’Adam appréciait beaucoup et où il était doué.

Mais il fallait bien cela pour maitriser le percheron qui ne devait être monté qu’une fois par lustre. Adam restait toutefois digne, le corps droit, dans une posture trahissant à un œil avisé le sang noble qui coulait dans ses veines ainsi et surtout que les heures de travail et les coups de cravaches ayant servis à inculqué cette position qui lui était désormais naturelle. Sa dignité cependant ne l’empêchait pas de maudire intérieurement et par avance les crampes qu’il ne manquerait pas d’avoir au bras et jambes à la fin de la journée, tant il fallait forcer pour faire obéir la bête.

Il avançait sans un mot, suivant sa maîtresse dans sa promenade quand enfin elle se décida. Attendant qu'il arrive à ses coté, elle le questionna sur son ressentit. Sauf que la balade n'y fit rien, Adam était remonté et il n'avait actuellement pas la patience de le cacher. Il se contenta de dire, d'un ton neutre renforçant paradoxalement l'acerbité des propos :

— Pas mal d’événements en effet, comme la fois où, pour récompense d'avoir sauvé votre vie, je reçus une trahison.

Se fut la sa seule phrase, et si en d'autres moments, il aurait regretter ses paroles, aujourd'hui et en l'instant il les assumait pleinement. Miss Perkins avait des problèmes ? Soit, bienvenu sur Terre, la vie y est injuste et les leçons amères
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le 03.05.17 21:38

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    Bon, et bien, au moins, ça a le mérite d'être clair. Si, d'ordinaire, Caoimhe aurait levé les yeux au ciel, accusant son servant d'en faire trop, comme d'habitude, cette fois-ci, elle garde la tête plutôt droite, les yeux rivés sur la route. Il est remonté, a conservé toute sa colère depuis qu'Elizabeth lui a adressé quelques mots ; mots dont elle a fait part, au demeurant, à sa maîtresse pour la rassurer sur le fait que le brun lui en veut peut-être à mort. Presque sans exagérer. Pourtant, pour une fois dans sa triste existence, Cherry ne pipe mot, reste silencieuse un temps. Adam doit saisir qu'elle a compris son erreur, et au lieu de s'embourber avec des mots, le mutisme reste la meilleure option pour les quelques secondes, voire minutes, qui suivent. Après une profonde inspiration, et avoir tourné trois fois la langue dans sa bouche au préalable, elle déclare enfin :

    Je sais ce que vous devez penser. Ses yeux bruns glissent doucement vers la silhouette de son domestique, fuyant pourtant quelque peu, avant qu'elle ne soit forcée de regarder la route pour ne pas que sa jument dévie. "Quelle sale garce inconsciente !" Imite-t-elle avec une voix ridiculement grave pour son gabarit. Je n'avais nullement l'intention de vous causer le moindre tort, Adam. Après tout, oui, il lui a sauvé la vie. Et sachez que je ne vous ai pas "vendu", contrairement à ce que vous pourriez croire, seulement fait part de mes craintes à une amie que j'estime énormément.

    La place qu'a Elizabeth dans son cœur est grande et importante ; elle savait dors et déjà que sa gouvernante n'irait au grand jamais accabler Adam de posséder de telles compétences. Quelle ne fut pas sa surprise en apprenant que la rousse était capable, elle aussi, de telles prouesses ; ça n'a fait que la rassurer, lui donner confiance, malgré la peur éprouvée lors de la révélation. Elle croit en Elizabeth, et ose espérer qu'Adam saura le faire aussi.

    Vous n'êtes pas sans savoir que je ne place pas ma confiance entre les mains de n'importe qui. C'est au moins quelque chose dont on ne pourra jamais l'accabler. Elle a beau être curieuse, immature, capricieuse et sournoise, jamais elle n'a fait confiance à quelqu'un qui ne le méritait pas. Et j'estime connaître suffisamment Elizabeth pour pouvoir lui parler ouvertement, exorciser mes démons auprès d'elle. Conclu-t-elle finalement, le dos tendu en attente des réponses de son domestique.
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le 05.05.17 13:18
Adam écouta ce que Caoimhe avait à lui dire sans l’interrompre. Les deux jeunes gens allaient au pas lors de leur discussion mais Adam immobilisa tranquillement son cheval après la dernière phrase de la demoiselle, obligeant cette dernière à faire de même. Il préférait être statique pour une discussion aussi sérieuse. Le bruit régulier des sabots amenait à la divagation, on partait dans ses songes comme le cheval allait dans les prés. Il resta statique quelques secondes avant d’inhaler une bouffée d’air par le nez, puis de pousser un léger soufflement. Il reprit la parole, cette fois-ci avec un ton moins sarcastique. Finalement, cette discussion était une bonne chose. La dernière sentence d’Adam avait eu un effet cathartique pour ce dernier, il en ressortait plus apaisé.

Caoimhe, c’est précisément là où je voulais en venir – Adam n’appelait jamais sa maitresse par son prénom, seulement, la conversation qu’ils entretenaient n’avait pas grand-chose à voir avec une relation maitre/serviteur –. Ne pas faire confiance à n’importe qui, cela ne signifie pas faire confiance aux bonnes personnes ! Vous nous faites confiance à Elizabeth et moi-même ? Pourquoi ? Que savez-vous de nous, de qui nous étions sur l’ancien continent ? Miss Perkins, j’ai passé près d’un quart de ma vie à vos côtés, et vous avez pu constater il y a quelques semaines que je vous cache bien des choses ! Quant à Elizabeth, elle a également eu une vie avant de vous rejoindre. L’instinct n’est pas suffisant pour déterminer si une personne est fiable ou non, si c’était le cas, des familles comme les Drake ne seraient pas parmi les plus adulés de la ville. Vous souhaitez juger par vous-même en qui vous croyez ? Libre à vous, mais par pitié faites en sorte que vos certitudes n’impliquent que vous.

Adam lui-même ne s’attendait pas à faire une si longue tirade. Mais il avait dit ce qu’il avait à dire. Caoimhe n’était plus une enfant, il fallait qu’elle prenne conscience que ses actes, ses paroles et ses choix avaient un impact sur son entourage, qu’il soit bon ou mauvais. Seulement, elle avait tendance à se fermer dès qu’on abordait un sujet qui lui déplaisait. Elle n’avait de conseils à ne recevoir de personne. Mais aujourd’hui, la jeune femme semblait ouverte aux reproches et Adam avait décidé de s’engouffrer dans la brèche.
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le 07.05.17 1:15

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    Ses sourcils blonds et fins se froncent légèrement en voyant Kratos s'immobiliser et baisser l'encolure pour déjà se mettre à brouter ; elle a pourtant bien dit à Adam de ne pas le laisser faire, mais quand le discours de son servant commence, elle n'a d'autre choix que d'immobiliser son haquenée qui rejoint son camarade dans son activité. Alors que le monologue commence, Caoimhe a presque l'impression que son domestique ne semble pas lui en vouloir, que sa haine, même, envers elle ne servirait à rien pour lui et qu'il préfère la mettre de côté, ne pas la laisser prendre le dessus. Très étrangement, son ton est calme - sa diction énergique, certes, mais le ton ne lui semble pas railleur ou même volontairement blessant ; quoiqu'il reste un peu désespéré de lui expliquer tout ce qu'il ressent. Caoimhe tique au "un quart de sa vie" mais ne se sent pas de le relever. Gardant son visage fermé et son expression d'enfant boudeur, la petite bourgeoise dévie le regard, fait mine de s'intéresser à quelque chose d'autre. Evidemment qu'il a raison, et elle la sait. L'admettre sera une autre affaire, et pas des moindres au vu de tout ce que lui dit son serviteur.

    Cependant, et si jusque là l'homme était parvenu à tenir toute son attention rivée sur les reproches, Caoimhe tique aussitôt à l'entente du nom de la plus grosse famille de Warwick Bay. Les Drake ?

    Les Drake ?

    Ses mots font écho à ses pensées. Cependant trop vexée pour se permettre de faire une aparté tout de suite sur le sujet, elle pousse un soupir à la fin de la tirade. Parfois, elle sait qu'il lui est nécessaire de remettre les pendules à l'heure, voire même cathartique pour les blessés. Elle ne souhaite pas non plus que les rares personnes en qui elle a confiance lui tournent le dos, aussi elle se contente de garder les yeux rivés sur la crinière noire de sa monture.

    Adam ; vous et moi de venons pas du même monde. Ses prunelles brune brillent d'une inquiétude rare à dénicher, au fond de ses yeux qu'elle reporte lentement sur la silhouette sombre à ses côtés. Avant de poursuivre, elle se mord la lèvre, pousse un autre soupir. Et je ne veux pas passer le reste de la journée à vous expliquer pourquoi, ni comment ressens-je les choses, ça n'aurait pas d'intérêt concret à vos yeux. Seulement, voilà, vous n'êtes pas une jeune fille de nouveau riche fraîchement arrivée dans une colonie anglaise puritaine, et votre réputation - bien quelle ne soit pas reluisante de par votre statut - n'est pas celle de la jouvencelle agressive et sournoise aux idées un peu trop décadente. Elle avoue, enfin, reconnaître le titre que l'on lui octroie. Tristement. Son expression d'enfant a fondu pour laisser apparaître le masque de la mélancolique. Je ne peux vous donner tort. Je n'aurai pas du le faire, pas du parler de vous à Elizabeth ; ça aurait pu vous porter en défaut et vous mettre en danger, et pour ça, j'en suis navrée. Les excuses lui taillade la gorge avec la lame aiguisée des mots qu'elle emploie. Mais au plus profond d'elle, elle sait qu'elle doit bien ça à Adam. Comprenez simplement, s'il vous plaît, que ce genre de choses, je ne pouvais les garder pour moi. Si je n'en parlais pas à Elizabeth, à qui ? Je n'aurais osé venir me confier à vous. Elle n'a pas besoin d'expliquer, elle le sait ; Adam comprendra bien la relation qu'elle et lui ont depuis quatre ans. Sarah Drake ? Elle a beau être une amie chère, je n'aurai eu le cœur de mettre de tels secrets entre ces mains. Sa confidente ne l'est que pour les tracas du jour, pas pour les terreurs de la nuit. Enfin, son visage se ferme, légèrement, ses sourcils se froncent. Elle a dit ce qu'elle avait à dire ; mais la mention des Drake dans sa tête de la résonne encore. ... Les Drake, donc ? Qu'entendez-vous en les mentionnant ? Non pas qu'elle veuille changer de sujet, elle s'estime tout de même légitime d'être curieuse à ce sujet vu les relations qu'entretien sa famille avec la leur.
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le 17.05.17 19:20
Le cheval et la jument continuaient leur repas tandis que discutaient la jeune fille et son servant. Servant qui en a trop dit à son propre goût. Le nom des Drake était venu dans la conversation sans qu'il y réfléchît vraiment. Il n'avait pas l'intention d'aborder le sujet aujourd'hui, seulement, la dernière phrase de miss Perkins était sans équivoques. Cette question avait arracher une moue au jeune homme. Le sujet était délicat, Adam n'était pas sans connaître l'étroite collaboration professionnelle que Mr Perkins entretenait avec Mr Samuel Drake. Mais puisqu'ils en étaient là et qu'il était trop tard pour reculer avec de tels propos quand on faisait face à Caoimhe, il allait la mettre en garde sur cette famille. Ce qu'elle ferait de cet avertissement ne dépendrait alors plus que d'elle. Après un très léger coup d'œil aux alentours pour repérer d'improbables personnes prêtes à entendre ce qui allait se dire, il reposa son regard sur la demoiselle et commença son discours. Avant tout, il lui fallait s'éloigner du sujet pour mieux y revenir.

Miss Perkins, laissez moi brièvement vous parler d'ésotérisme. Si la magie prend des formes extrêmement variées, la manière d'obtenir des dons, l'est aussi. Cependant certains moyens sont plus courant que d'autre. Parmi ceux-là se trouve l'héritage. Une personne, une famille, passe un pacte avec une entité supérieure qui lui fait bénéficier de ses pouvoirs. Ces derniers sont ensuite transmis à la descendance. Ces familles qui possèdent un don héréditaire sont appelées lignées. Il fit une courte pause pour laisser à Caoimhe le temps d'appréhender ces informations. Si je vous parle des lignées c'est que la famille Drake en est une. Ce fait n'est pas vraiment un problème et je n'aurait le droit de leur jeter la première pierre pour avoir utilisé la magie. Seulement, leurs dons leur viennent de Satan lui même, et cette lignée a depuis bien longtemps embrassé la part la plus sombre du Malin. Cette phrase était quelque peu hypocrite puisque sa lignée tenait également ses dons de Lucifer lui même. Mais il n'avait pas l'envie de philosopher sur la nature profonde et incroyablement complexe de cet ange déchu pour le moment. Les rituels liés à ce genre de magie nécessitent de sacrifier des êtres vivants et les humains ont généralement une place de choix pour les sorts les plus puissants. Il marqua de nouveau une pause. Je ne connais pas miss Sarah Drake. Je ne sait pas à quel point point elle est liée à sa lignée et à ses dons. Mais je ne peux que vous conseiller d'être extrêmement prudente avec elle. Si vous ne devez garder en souvenir qu'une seule chose de ce que je vais vous dire, retenez cela : Le diable n'a pas de meilleur costume que l'innocence.

Puis il se tut. Il avait dit ce qu'il avait à dire. Estimant que la pose avait assez duré, il tira sur les rennes de son cheval et parvint tant bien que mal à lever la tête de l'animal passionné par son pâturage, avant de le faire reprendre le pas.
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le 29.05.17 21:02

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    Un soupir passe ses lèvres. Non pas agacé, bien qu'elle soit tout le temps agacée, mais le ton qu'emploie Adam sans même laisser un peu de répit à ses nerfs qui tentent tant bien que mal de ne pas se tendre l'importune très légèrement. Ésotérisme ; se mot sonne à la fois comme une plaie, une malédiction, une passion et quelque chose de fascinant aux oreilles de la jeune bourgeoise. Elle est prête à écouter ce qu'Adam a à lui dire, mais son seuil de tolérance s'approche petit à petit. Elle prend énormément sur elle, se forcerait presque à ne pas regarder son servant avec dédain quand celui-ci lui commence un cours. Il en sait plus qu'elle. Elle ne sait rien sur le sujet. Alors elle est prête à l'écouter.
    Attentive, pourtant, elle tente de retenir le lexique. Héritage, lignées... Tout ceci semble relativement simple, à condition de ne pas y apporter trop de fioritures ; aussi, ses lèvres se tendent sans qu'elle ne le commande en une moue un peu renfrognée. Si c'est si simple, pourquoi n'y arrive-t-elle pas ? Là n'est pas la question, bien qu'elle lui vienne subitement en tête. La pause lui sert à se recentrer, jusqu'à ce que la suite la frappe subitement, lui rappelant presque le traitement que rêverait de lui infliger l'Inquisiteur Vail. Un léger, imperceptible mouvement de recul, alors qu'elle réalise qu'elle a très bien entendu, et surtout très bien compris, le message que lui fait passer Adam. Les Drake sont des sorciers. Ses lèvres rouges tremblent d'étonnement, son corps aussi ; préférant mettre ça sur le compte du froid, elle se ressaisit un instant.

    Elle aurait terriblement souhaité qu'Agnodice soit en marche pour sentir autre chose que les battements de son coeur, entendre autre chose que le son de la voix d'Adam. Celui-ci clôture sa tirade par une phrase qui se répercute dans la tête de la demoiselle. Le diable n'a pas de meilleur costume que l'innocence. Son éducation chrétienne, comme un fil le long de sa colonne vertébrale qui la tire vers le haut pour lui pincer la peau et la chaire, la pousse à croire que tout cela est vrai. Que les Drake ont bien signé un pacte avec Satan.
    Pourtant, elle se souvient de cette promenade en forêt avec Samuel. Il avait presque sut la rassurer de sa présence, de son charisme et de sa grandeur. En sa compagnie, elle s'était pourtant sentie en sécurité. Protégée de la Bête qui l'avait attaquée, qui risquait de recommencer, dont tout le monde avait peur, même les Indiens.
    Et Sarah ; Sarah sa confidente. À qui elle avait confié tant de secrets, qui l'avait écoutée durant tant d'heures discuter de choses dont l'Église s'indignerait, qu'elles passaient toutes deux pour de charmantes bourgeoises sages.

    Les bruits de pas la réveillent, ainsi que le mouvement d'avance d'Agnodice. La ramènent sur sa selle en cuir, sur ce chemin de terre.

    Je peine à le croire... Souffle-t-elle, comme désemparée et à la fois choquée. Pourquoi fallait-il qu'Adam lui dise tout ceci ? Pourquoi fallait-il qu'il ait des dons, qu'elle l'apprenne de presque la pire des façons ? ... Pourquoi confiez-vous cela ? Son ton est presque implorant, perdu. Elle peine à croire, à comprendre comment des gens comme les Drake, de parfaits puritains adorés de tous, peuvent faire de telles choses. Je... Je ne comprend pas. Ses sourcils se froncent, mais pas de colère. D'inquiétude. Ses yeux sont rivés sur le visage de son servant. Presque implorant d'une réponse qui pourrait la rassurer, ne serait-ce qu'un peu dans toute cette tumulte. Devrais-je me méfier de vous, Adam ? Dois-je m'attendre à vous découvrir un autre visage ?

    Elle se sent à la fois trahie, confuse. Elle ne parvient pas à éprouver quoi que ce soit pour les Drake, mais toute sa panique et son incompréhension vont directement à Adam. Elle lui en veut, à vrai dire, qu'il lui raconte tout ça. Qu'il la mette en garde sans pour autant lui apporter de preuves tangibles qui ne lui laisseraient pas le choix. Elle a trop de choix, trop de doutes ; et pour une fois, elle aimerait ne pas avoir à se forger son propre avis, qu'on lui impose quelque chose pour qu'elle n'ait plus à se tasser comme ça sur elle-même de crainte de subir un autre coup de fouet de la part de la réalité. Qu'on lui fasse avaler des couleuvres, quitte à ce qu'elle s'en repentisse.

    On ne peut pas construire de maison sur un sol boueux ; et c'est maintenant qu'elle se rend compte que le sien est marécageux.
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le 16.07.17 22:47

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