now is the winter for our discontent (aleera & duncan)

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Le feu dans l’âtre crépitait d’une douce mélodie, d’un lointain murmure sans âge, éclairant Samuel de ses lueurs orangées. Affalé dans son fauteuil, perdu dans le tourbillon de ses pensées, son regard ordinairement d’un bleu glacé reflétait la chaleur des étincelles qui grésillaient pour disparaître en formant des arabesques aléatoires. D’un geste lent, le Drake se lissait les poils du menton, se demandant s’il avait véritablement eu là une bonne idée où s’il perdait totalement l’esprit. Il y a une ou deux semaines, pourtant, jamais de la vie il n’aurait envisagé s’adresser d’une quelconque manière à un quelconque membre des Belkhan maudits. Sauf éventuellement pour les maudire encore plus. Mais bien souvent, les enjeux dépassaient de loin les égos, notamment lorsqu’il s’agissait de préservation. De survie. Les temps s’avéraient de moins en moins sûrs, de plus en plus incertains. D’abord, un wendigo. Son petit doigt lui disait que les volontaires à la chasse à bête, ces pauvres fous, allaient bien s’amuser. En toute ironie. Alors, quoi ? Que pouvait-il y avoir de pire qu’une bête dont aucun moyen humain ne viendrait à bout ? Sur l’échelle du pire, Samuel doutait pouvoir ne serait-ce qu’imaginer le sommet, s’il y en avait bien un. Les catastrophes arrivaient rarement toutes seules et le sorcier préférait envisager que d’autres étaient capables d’arriver, sans pour autant en déterminer la nature.

Traiter avec les Belkhan, si les Drake avaient connu la notion d’hérésie, aurait été le summum de la déviation impardonnable. Mais, après tout, cette querelle de place du village, ces enfantillages remontaient à plus de soixante-dix ans. Pour tout dire, Samuel se fichait bien que les Belkhan soient assez peu enthousiastes à l’idée de perdre leur âme dès leur naissance, ou du mal que générait cette malédiction qui avait été lancée alors qu’il n’était même pas encore né. Ce qui le préoccupait, c’était l’avenir. Un avenir nuageux, dangereux. Il lui fallait assurer les arrières des Drake pour permettre à sa fille de perpétuer la lignée en toute sécurité. Mais de là… à pardonner ? Le pardon, c’était bon pour les agneaux de Dieu, dont il ne faisait évidemment pas partie. Restait maintenant à savoir si Aleera Belkhan, qu’il avait conviée par une invitation écrite, était d’une autre trempe que ses deux dégénérés de frères et surtout, si elle allait l’honorer de sa présence. Pourquoi Aleera ? Elle n’était que la petite dernière de sa fratrie, après tout. Mais justement, la jeune femme n’avait sans doutes pas envie de voir ses deux frères foudroyés par la mort avant d’y passer aussi. D’autant que… Samuel savait par expérience que les femmes se montraient parfois plus raisonnables. Même chez les Drake, qui avaient pourtant vu de sales caractères défiler à la tête de la lignée. Les femmes se montraient plus ouvertes à la discussion, aux coups de poignard dans le dos aussi accessoirement. De toute manière, Samuel n’aurait jamais, ô grand jamais fait entrer l’assassin de feu son épouse dans sa demeure, à part pour l’empoisonner. Quant au deuxième Belkhan, par tous les diables… il n’avait pas l’air plus dégourdi pour discuter aimablement autour d’un verre qu’un ours mal luné.

Quelques coups secs sur la porte le sortirent de sa contemplation. Les gonds couinèrent doucement et le visage de la gouvernante à la tête du personnel de maison apparut. « Monsieur, votre… hum, invitée est arrivée. Dois-je la conduire ici ? » Ah ! Un sourire sardonique se dessina sur ses lèvres au ton agacé et contrarié de la domestique : que s’était-il donc déjà passé ? Soit Aleera s’était montrée fort aimable en se présentant, soit il était absolument incompréhensible et scandaleux d’inviter en cette demeure de simples gitans dépareillés. « Oui, merci Martha. », répliqua-t-il d’une voix égale, avant de se redresser, jetant un coup d’œil rapide à travers la fenêtre. La clarté du début de soirée avait disparu sous un voile d’épais nuages qui ne semblaient annoncer rien de bon. La large pièce du salon accueillait déjà la table dressée pour l’occasion. Juste pour elle et lui. Son fils était parti à Harrisbourg pour y régler quelques affaires, quant à sa fille, il lui avait conseillé de travailler ses rituels. Personne ne devrait donc déranger ce dîner insolite. La porte s’ouvrit à nouveau, pour cette fois-ci laisser apparaître la sorcière Belkhan, à qui il offrit un sourire à la fois aimable et carnassier. « Bienvenue, chère amie. » Il était difficile de savoir si ses mots étaient hypocrites ou sincères. « Vous me voyez ravi de votre venue. » ajoutait-il en l’invitant d’un geste de la main à s’installer dans un fauteuil.
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le 26.04.17 12:44

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Souillure infernale
Elle avait lu et relu la missive. Aleera eut bien du mal à y croire, Samuel Drake l'invitait cordialement à un dîner ? Cela sentait le coup de Trafalgar à pleins nez. Qu'est-ce pouvait bien lui vouloir le père Drake ? Surtout maintenant. Et pourquoi elle ? Probablement un peu anxieuse, Aleera n'avait cessé de relire l'invitation, comme si quelque chose s'était caché entre les lignes. En vain. Curieuse, elle comptait bien se rendre à ce dîner, mais certainement pas seule, alors même qu'elle avait agité le délicat papier aux lettres calligraphiques et signé de la main du puissant Samuel Drake, elle avait soufflé à son frère, Duncan.

« Ta présence ne semble pas désirée... Mais me ferais-tu l'honneur d'être mon cavalier ? Fais un effort veux-tu ? fais-toi beau pour l'occasion. »

Son rire sournois retentit alors que la lettre est jetée au feu négligemment. Elle avait une vague idée de ce qui se tramait dans la tête de ce cher sataniste. Sans doute la vengeance, Duncan n'avait-il pas odieusement massacré sa femme sans la moindre once d'humanité ? Samuel ne pouvait s'en prendre qu'à lui-même, lui et toute sa foutue famille. Ce sont eux qui avaient rendu les Belkhan ainsi, à présent, ils en payaient le prix.

◈ ◈ ◈

Les derniers rayons de lumière avaient disparu il y a un moment déjà quand le duo avait fait son entrée dans la colonie. On leur avait rabâché l'importance du couvre-feu, le danger qui régnait avec la bête dans les parages. Elle n'en avait cure Alera, cette histoire de monstre ne l'atteignait pas. Oh elle savait ce que tous devaient redouter mais elle, elle n'y portait aucune importance. Tout ce qui comptait à ses yeux, c'était de sauver la vie de ses frères, celle de Duncan en premier dont le temps était compté. Plus le temps passait et plus l'angoisse grandissait... Plus cette peur la rongeait et plus Aleera devenait dangereuse, instable. Elle était comme lui, un peu trop sans doute. Elle n'aimait pas perdre le contrôle, se sentir comme un animal en cage. Ses frères étaient toute sa vie, sa seule raison de vivre. L'idée de les perdre la rendait malade de haine et de tristesse. Alors qu'elle avait toqué à la porte, elle toisa la domestique qui les laissant entrer. Une femme un peu rondelette, plus toute jeune mais au visage chaleureux. Dans l'ombre, Duncan était là, entrant à sa suite alors que la gitane observa le hall somptueux de la maison. Voilà à quoi ressemblait le logis de quelqu'un qui vivait dans le luxe. Elle siffle, se débarrassant de son long manteau ourlé de fourrure pour dévoiler une robe anthracite décorée de dentelle noire alors que ses habituels grigris décorent sa ceinture, ses poignets. Le regard clair de la jeune femme se perd sur la décoration et elle frisonne en sentant cette aura néfaste qui imprègne la maison jusque dans le cœur de ses murs. Cet endroit puait la mort à plein nez et durant un instant, Aleera sent son orgueil chancelé.

Elle a ignoré la domestique, se contente de passer la porte qu'on lui a ouverte. Il était là, le grand Drake, ce père de famille, cet époux désabusé. Oh comme il devait avoir hâte d'en finir avec elle, de porter un coup sévère à leur lignée déjà bancale. Car aucun des trois formants de macabre trio, n'avait eu d'enfant. Les tuer reviendrait à mettre fin à cette branche à la tragique existence.

Bienvenue, chère amie. Vous me voyez ravi de votre venue.

« Bonsoir, monsieur Drake. »

Murmure Aleera non sans afficher un sourire sirupeux, lourd de sens quant au plaisir qu'elle a d'être ainsi confronté à lui. Chère amie ? ravie de sa venue ? C'est à peine s'il était crédible dans cet accueil qui puait le cynisme à plein nez. Il souriait Samuel, mais Aleera comptait bien détruire ce faux plaisir qu'elle voyait sur son visage.

« Oh, monsieur Drake... Ne m'en voulez pas mais... Avec le couvre-feu imposé par le conseil de Warwick bay, il me fallait un chaperon alors je ne suis pas venue seule... Et puis nous serons d'accord pour dire qu'une jeune fille ne devrait pas se balader seule la nuit, n'est-ce pas ?»

Durant un instant, la lueur ambrée de la malédiction passe dans son regard alors que la jeune femme repousse la porte et dévoile la silhouette massive et impressionnante de son aîné.

« Duncan-chéri... Je te présente Samuel Drake. Sois poli et dis-lui bonjour. »

Susurre l'odieuse Gitane dont le rire résonne entre les murs. Elle s'approche doucement du patriarche, soutenant son regard clair et froid avant de murmurer.

« Vous n'aviez tout de même pas cru que je viendrais seule ? Ce serait bien naïf de votre part. »
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le 29.04.17 13:16
Elle avait reçu la lettre un peu plus tôt dans la journée, et ça n’était clairement pas pour plaire à son frère. Duncan observait Aleera silencieusement, assis dans un coin de la pièce, alors qu’elle relisait consciencieusement l’invitation. Il désapprouvait profondément que sa sœur prenne autant de risque en se rendant dans la demeure des Drake – qui plus est après leur invitation plus que louche. Cependant, l’idée qu’ils puissent avoir enfin décidé de s’ouvrir au dialogue n’était pas à ignorer. Une négociation habilement menée pouvait signifier une grande avancée pour la famille Belkhan face à leur terrible malédiction.

Duncan ruminait donc dans son coin, partagé entre le fort potentiel de confrontation, et l’urgence de trouver une solution à leur cruelle destinée. Finalement, c’est Aleera elle-même qui acheva de le décider : elle irait, mais en sa compagnie. Le gitan n’était pas ravi, d’une part parce qu’il haïssait les Drake, mais d’autre part parce que les Drake devaient le haïr avec la même intensité en retour. Sa présence n’encouragerait donc en rien le dialogue. Néanmoins, il devait bien ça à sa sœur, ne serait-ce que pour garder un œil sur elle et la protéger en cas de besoin. « Ne prends pas ces gens à la légère Aleera. » Il avait seulement déclaré d’une voix grave alors que la sorcière riait de son idée.

◈ ◈ ◈

Lorsqu’ils avaient finalement quitté leur maison, la nuit était tombée. Il y avait bien sûr cette histoire de bête qui traînait dans toutes les bouches, mais les Belkhan maudits ne craignaient rien ni personne. Ils n’allaient certainement pas rester cloitrés chez eux en espérant éviter un quelconque danger. Et puis l’obscurité leur accordait au moins l’assurance de la tranquillité. Ils ne croiseraient pas grand monde à cette heure, et Duncan n’était clairement pas d’humeur à avoir l’air sociable. Il marchait juste derrière sa sœur, en sondant les moindres coins sombres de son regard perçant, rendu silencieux par sa nervosité. La réticence dont Victoria avait fait preuve pour lâcher quelques informations sur la malédiction ne laissait penser qu’une chose au sorcier : Samuel n’avait aucune intention de discuter, et les deux Belkhan se lançaient droit dans un piège. En effet, Duncan avait beau tourner et retourner le problème dans tous les sens, il ne voyait pas ce qui avait pu faire changer la lignée Drake d’avis si soudainement.

Pourtant, malgré sa méfiance disproportionnée qui lui ordonnait de simplement ignorer cette invitation, Duncan savait qu’Aleera n’avait aucune intention de s’arrêter en si bon chemin. Elle avait revêtu sa plus belle robe avant de s’envelopper dans son manteau, et le sorcier n’appréciait pas de voir sa sœur s’amuser de cette soirée à venir. Il avait la désagréable impression qu’elle ne prenait pas les choses au sérieux, et qu’elle n’était de fait pas assez sur ses gardes. Voilà pourquoi, lorsqu’ils arrivèrent devant la grande demeure qui ne lui était pas inconnue, Duncan était méfiant pour deux. Il scruta le manoir comme un animal prêt à attaquer alors que sa sœur frappait à la porte. La porte s’ouvrit pour laisser apparaître une domestique, et les dés furent lancés.

Aleera entra la première et se mit rapidement à l’aise, commentant la décoration d’un sifflement avant de rejoindre le salon. Duncan, lui, pris le temps de dévisager la domestique que sa sœur avait purement ignorée. « Ça ne devrait pas être long. » Il commenta sans afficher le moindre signe sympathique et se détourna d’elle parce qu’il entendait déjà sa sœur discuter. La porte le dévoila avant même qu’il n'ait le temps de mettre la main sur la poignée, et immédiatement son regard croisa celui du patriarche, dressé au milieu du salon. « Samuel. » Duncan salua brièvement, mais d’une voix forte, comme si la mort de Victoria avait pu les rapprocher, les rendre plus intimes d’une certaine façon. Et puis, face aux Drake, il n’avait que faire des conventions sociales. Ce qui lui importait, c’était les prochains mouvements que le père Drake allait faire. Il ne le lâcha donc pas du regard en voyant sa sœur l’approcher, faisant la maline devant lui, fière de sa surprise. « Tu voulais lui parler. » Il déclara froidement sans cesser de fixer Samuel, pour couper court aux fantaisies de sa sœur et aller droit au but. Le moins de temps il passerait dans cette maison, le mieux il se porterait.
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le 29.04.17 20:23
Le minois de la cadette Belkhan s’était fardé d’un sourire proprement odieux et puant, au point où Samuel se demanda si en vérité, au lieu de l’inviter à discuter d’une petite pause temporaire dans les hostilités, il n’avait pas eu là une sorte d’envie inconsciente de l’attirer chez lui pour faire disparaître toute autosatisfaction du visage d’Aleera et de toute la ligné maudite, en lui lacérant la figure à coups de fourchette. Le regard d’acier du Drake se fit de plus en plus acéré à mesure que les mots suintaient des lèvres d’Aleera comme des furoncles injectés de pus. Elle, avoir besoin d’un chaperon pour la sauver telle une princesse en détresse, ou se soucier de la moindre convention sociale ? Laissez-le rire. C’était plutôt elle qui plongeait autrui en situation de détresse. Mais même si Samuel n’avait adressé sa missive qu’à la jeune femme, il lui aurait été fort difficile de ne pas voir s’imposer à lui l’évidence qu’elle se ferait une joie de le contrarier de n’importe quelle manière. Et force était de constater qu’elle avait pensé exactement ainsi. Samuel se voyait donc déjà en compagnie fort désagréable.

Mais que cela fut à ce point déplaisant en découvrant quel frère avait accompagné la sorcière, Samuel crut d’abord rêver. Ou plutôt, cauchemarder. N’avait-elle donc aucun esprit, aucune graine d’idée concernant sa venue ici ? La porte s’évanouit pour laisser apparaître la personne que Samuel, sans aucun doute, exécrait le plus en ce bas monde. Le sourire du Drake se figea en un rictus glacial et ce fut d’ailleurs tout son être qui, par le dégoût que lui inspira la présence de Duncan Belkhan sous son propre toit, resta de marbre, impassible malgré la lance brûlante de haine qui lui traversa l’échine. A mesure que son sang se mettait à bouillonner d’une rage sourde alors que des images du gitan fuyant le lieu de son crime radieux lui revenaient en mémoire, son œil passa par plusieurs étapes d’incandescence. Il soutint sans sourciller le regard de l’honni et le fixa plus durement encore, songeant de plus en plus fortement que, vraiment, oui, les tuer, c’était ce qu’il allait faire, et il en serait ainsi débarrassé une fois pour toute. Mais, malheureusement, le lieu n’était pas approprié ; son salon ne méritait pas d’être transformé en une boucherie sanglante. Samuel se força à tourner son attention vers Aleera qui puait de jubilation, et rétorqua d’un ton méprisant. « Vous êtes bien mal avisée d’avoir amené sous mon toit ce chaperon-là, mais puisque le voilà, il serait fort discourtois de le jeter dehors. Martha, voulez-vous ajouter un siège pour monsieur Belkhan ? »

La domestique s’exécuta et le Drake ajouta avec un sourire mauvais, en ignorant complètement les mots de Duncan : « Mais puisqu’il s’agit de votre escorte, sa fonction devrait donc juste se limiter à cela. Je n’aurais ainsi pas à entendre le son de sa voix à ma table, vous en conviendrez, n’est-ce pas ? » De toute façon, ce n’était pas grand-chose de demandé à un être aussi peu doué de subtilité dans la médiocrité de sa rhétorique. Il tourna sèchement les talons pour les inviter à s’installer dans les fauteuils de velours carmin qui entouraient la table pour l’instant vide de tout met. Et, lorsque la domestique eut terminé sa tâche et sortit en silence de la pièce, Samuel daigna enfin reposer les yeux sur Duncan, vers lequel il s’était légèrement approché afin de lui susurrer ces quelques mots : « Je tiens à vous transmettre le bonjour de Victoria qui, je n’en doute pas, là où elle se trouve, peut à loisir contempler le moindre mouvement de votre âme sous la houlette du Très-Bas, à gesticuler comme une misérable marionnette démunie et sans consistance. » Un sourire infernal épiça ses lèvres lorsqu’il se contenta de prendre place.
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le 01.05.17 21:29

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Duncan se maîtrise à merveille. Mais à quel prix ? Aleera glisse un regard en biais ves son frère tendu comme un arc, incapable d'afficher le moindre sourire. Tout l'inverse d'elle qui continue d'offrir ce sourire mielleux, presque écœurant. La vipère savoure la réaction du père Drake, son sourire qui se fane, son faciès qui se fige comme le marbre ; N'est-ce pas là un coup bas des plus redoutable qu'elle faisait à son ennemi ? Aleera et son talent pour semer le chaos là où l'on l'espère le moins...

Vous êtes bien mal avisée d’avoir amené sous mon toit ce chaperon-là, mais puisque le voilà, il serait fort discourtois de le jeter dehors. Martha, voulez-vous ajouter un siège pour monsieur Belkhan ?

« Vraiment ? Il est mon frère aîné et ce ce fait, le meilleur chaperon dont je puisse disposer. »


Rétorque la femme simplement, croisant les mains sur son corsage qui oppresse durement sa menue poitrine. Elle glousse discrètement, si le jeu l'amuse au plus au point, la vérité n'est est pourtant pas moins important. Les règles du cou-feu étaient triste et la Bête représentait un réel danger pour quiconque se retrouvait hors des barricade de la colonie. Duncan était encore la meilleur protection dont elle pouvait bénéficier en cas de présence indésirable et derrière ce sourire infâme qu'elle affichait, il y avait ce besoin de se sentir en sécurité. Car l'enjeu était là, survivre quoi qu'il advienne.

Mais puisqu’il s’agit de votre escorte, sa fonction devrait donc juste se limiter à cela. Je n’aurais ainsi pas à entendre le son de sa voix à ma table, vous en conviendrez, n’est-ce pas ?

La jeune femme se détourne du patriarche, s'approchant de la table encore vide des mets dont on lui avait fait la promesse dans une lettre à la calligraphie délicate. Lentement, elle tire une chaise, celle juste à droite du bout de table, à la droite de Samuel. Elle s'assoit avec grâce, il serait presque facile de la croire de bonne famille si l'on oubliait cette incroyable crinière fait de boucles et ces grigr macabre qui faisait office de bijoux.

« Je n'en conviens pas. Mon frère n'est pas un animal, monsieur Drake... Si vous désirez vous entretenir avec moi, il vous faudra le respecter. C'est à prendre ou à laisser, cela ne changera rien pour moi. »

Ses lèvres s'étirent à nouveau dans un sourire fait de malice et de cynisme alors que la bohémienne prend sagement ses aises sur son assise. Elle n'avait pas besoin d'élever la voix pour faire comprendre sa façon de penser et les Belkhan n'étaient pas du genre à se soumettre. Si Samuel voulait la guerre, il l'aurait, en revanche s'il attendait mieux de cette entrevue, Aleera n'avait aucun doute sur le fait qu'il puisse faire ce qu'il fallait pour cela.

Je tiens à vous transmettre le bonjour de Victoria qui, je n’en doute pas, là où elle se trouve, peut à loisir contempler le moindre mouvement de votre âme sous la houlette du Très-Bas, à gesticuler comme une misérable marionnette démunie et sans consistance.

Le sourire de la sinistre gitane s'étiole à une vitesse folle alors que dans son regard, une lueur ambré passe, fugace. Ce satané bourgeois, suceur de sabot de Lucifer avait la langue sacrément bien pendu pour un homme qui se trouvait face à deux Belkhan. Aleera serre les dents, se penche doucement et siffle sans la moindre forme de ménagement.

« Vous devenez insultant, monsieur Drake. Je crois que vous avez oubliez comment les choses ont commencé... Votre femme est morte tué par mon frère, blâmez donc vos ancêtre pour avoir fait de nous des monstres. Vous sacrifiez des enfants à Satan et ensuite vous vous plaignez quand l'un des votre se fait tuer ? Misérable hypocrite. J'espère pour vous que vous avez une excellente raison de m'avoir convoquer ici ou bien je vous jure que je me ferais un plaisir de vous arracher les yeux moi-même. »
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le 02.05.17 0:13
Pressé par le peu de temps qui lui reste à vivre, Duncan n’est clairement pas de nature patiente, et Samuel joue avec le feu en adoptant cette attitude hypocrite et détestable. En plus de ça, l’aîné des Belkhan maudits n’a pas la moindre envie de se trouver là, au milieu de ce salon précis, pour dîner avec ce démon de Drake qui plus est. Il se demande même au fond ce qui le retient encore dans cette maison du diable, et pourquoi il n’a pas laissé Dimitri prendre sa place pour accompagner Aleera. Il pourrait tourner les talons en silence, en refusant de perdre davantage de temps avec ce clown. Ou alors, il pourrait aussi céder à cette tentation délicieuse qui lui chuchote de faire brûler les plus beaux meubles à proximité du feu de cheminée. Néanmoins, c’est la voix de sa sœur qui le retient de prononcer le moindre mot. Elle répond le plus honnêtement du monde, malgré le manque d’innocence de son ton, et Duncan se contente de hausser les sourcils avec un bien léger sourire. Après tout, il est vrai qu’il aurait fait un bien piètre frère s’il avait décliné la demande de sa jeune sœur. Qui diable savait ce que Dimitri faisait à une heure pareille ? Alors finalement, même si le déplaisir de se voir est partagé avec le patriarche Drake, Duncan se contente d’observer la domestique s’activer. Il ignore royalement la plainte de leur hôte, avec un calme qui le surprend presque lui-même. Les trois décident finalement de s’avancer vers la table que la vieille Martha vient de dresser, et Duncan songe presque à se féliciter mentalement de sa bonne conduite, juste avant que le sir Drake décide d’en rajouter une couche. Le gitan lui adresse alors un regard mauvais, sans le moindre sourire. Il ne veut pas jouer au jeu des deux autres. Ce sont les faibles qui font la guerre avec les mots, et si c’est ainsi que Samuel cherche à le blesser, il se trompe gravement de stratégie.

C’est Aleera qui sauve une nouvelle fois la situation, en répondant aussitôt et d’une manière plus sèche. Duncan se laisse tomber dans un fauteuil en affichant presque un sourire à la réponse de sa sœur. Elle se débrouille bien, et il ne veut surtout pas faire le plaisir à Samuel de s’énerver le premier, puisque c’est ce que le vieux Drake semble chercher. La théorie se confirme d’ailleurs sévèrement quand ce vieux démon se penche vers le gitan pour le provoquer encore. C’est à croire qu’il cherche à envenimer cette guerre déjà trop sanglante, et les Belkhan ne sont certainement pas ceux qui joueront le rôle des pacificateurs. La malédiction les rend bien trop intenses pour ça.

Alors le sang de Duncan ne fait qu’un tour à la mention de son âme qui brûle avec Victoria, et son corps tout entier se tend au moment où il s’apprête à répondre avec tout le dégoût que la lignée Drake lui inspire. Sa sœur le prend pourtant de court. Elle le défend comme une chienne devant son chiot, elle montre les dents et crache son venin plein de mépris sur le patriarche qui a osé se sentir trop grand. Il se pense fort, il se croit en sécurité dans sa demeure. Mais les Belkhan maudits ne sont pas impressionnés. Samuel va regretter d’avoir cherché à les rendre plus mauvais encore qu’ils ne le sont déjà. Aleera a rappelé tous les maux que la lignée Belkhan a subi à cause des Drake, elle a soufflé sur les braises brûlantes de la colère qui les habite – celles qui ne s’éteignent jamais.

Alors en tout simplicité, Duncan prend à son tour la peine de répondre, parce qu’il sent cette fois sa sœur proche de l’affrontement, et il ne lui donnera pas tort. « Si vous êtes si impatient de rejoindre votre femme Monsieur Drake, faites-le nous savoir directement. Nous n’avons pas de temps à perdre avec votre espèce. » Le sorcier cache à peine son impatience. C’est clairement la dernière chance de Samuel. Les avoir fait venir jusqu’ici seulement pour se payer de leur tête est pathétique – trop pour la lignée Drake qui se veut si distinguée. Malheureusement, les Belkhan ne sont pas diplomates, et le scénario de ce petit jeu n’a qu’une fin possible - la mauvaise, pour les deux lignées. Alors Duncan s’avance finalement à son tour vers Samuel, sans craindre de paraître menaçant, et il rétorque d’une voix calme mais terrible, presque en murmurant : « Maintenant, tu ferais mieux de cesser de jouer avec mes nerfs vieillard, ou tes mioches seront orphelins à leur réveil. » Le gitan juge qu’il a assez discuté et se laisse à nouveau tomber dans le fond de son fauteuil, en posant son regard brûlant et clairement mauvais sur le patriarche pour le lui faire savoir. La prochaine provocation sera la bonne.
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le 04.05.17 1:11
Respecter une bête sans âme incapable de la moindre retenue, l’assassin de sa chère et tendre disparue, vraiment ? Samuel haussa un sourcil féroce face à la remarque de l’impertinente qui prenait ses aises. Duncan, pas un animal ? Il n’était assurément pas le meilleur exemple d’une humanité au-dessus du reste de la création. « En êtes-vous si sûre ? Après tout, par bien des aspects, l’Homme reste un animal. » Pour le Drake, la majorité de la population n’était composée que de misérables petits moutons qui suivaient allègrement des bergers qui étaient en réalité des loups. Et qu’il était drôle de repérer parmi ces ovins les brebis galeuses pour les transformer ensuite en chiens sauvages… Comme ces Belkhan qui répondaient en aboyant et en mordant. La religion n’avait donné que l’arrogance aveugle à cette humanité qui se targuait d’être supérieure, qui se réclamait plus évoluée en se parant d’apparences hypocrites. Supérieure dans sa bestialité, oui… Supérieure dans sa chute.

Qu’il fut doucereux d’apercevoir le sourire de la gitane faner plus vite qu’une rose laissée à l’abandon dans un champ de ronces. De l’entendre cracher son venin dont le poison ne fit que le caresser puis de voir le frère arriver à la charge tel un bovin, les cornes en avant et l’écume aux lèvres. Il fallait avouer que, bien que non pressé d’en terminer avec ce monde ci, il n’aurait pas de regrets à retrouver celui d’en bas, juste pour retrouver la conversation de Victoria. Mais le temps n’était pas encore venu, quoi que purent en penser les deux Belkhan qui étaient aux limites de leur calme, dont l’existence était tout sauf légendaire. Cependant, la dernière chose à faire était de menacer la progéniture du Drake. Ils étaient à ce point dans leurs retranchements qu’ils en devenaient pathétiques. Pas étonnant que la malédiction planait encore au-dessus de leurs têtes après soixante-dix années. Un ricanement caverneux s’échappa de la gorge de Samuel, qui se transforma finalement en un rire à la fois abyssal et diablement moqueur : ce ne seraient pas ces petites menaces sincères qui lui feraient peur.

« Je vous invite aimablement à ma table et vous me menacez avec une imagination d’une pauvreté ridicule, et c’est moi qui suis insultant ? Quelle offense y a-t-il à énoncer la vérité, alors que vous semblez errer en ce monde comme des loups enragés sans but, sans ambition, seulement accaparés par la mort qui rôde si proche de vous… Vous mordez sans réfléchir, quitte à arracher la main d’une âme charitable prête à vous nourrir. » Sa voix était calme, son ton était posé, quoique teinté légèrement d’une touche d’amusement et de fatalité. Comment pouvait-on insinuer que lui, Samuel Drake, avait pu oublier d’où toute cette malheureuse histoire était partie ? « Il est si facile de rejeter la faute sur ceux qui ne sont plus là pour répondre. Les absents ont toujours tort, paraît-il. Je ne perdrais pas ma salive à vous rétorquer que vos ancêtres n’avaient qu’à mieux se tenir et qu’ils étaient déjà probablement d’une jolie souche monstrueuse. Mais vous comme moi n’étions même pas nés pour nous octroyer aujourd’hui le luxe de juger. »

A cet instant, la porte s’ouvrit sur Martha qui revenait, accompagnée de deux autres filles de cuisine, chargées de plateaux qui faisaient office d’entrée en matière à leur dîner. Ce qui se révéla sous les couvercles sentait affreusement bon. C’était qu’on ne faisait pas les choses à moitié dans la maison Drake et peu importait qui était invité, même l’ennemi le plus détestable, on ne chômait pas dans la cuisine et on ne se contentait que du meilleur. Le maitre de maison attendit que tout le monde fut servi, regardant du coin de l’œil son assiette contenant une portion de moineau, avant de reprendre, des flammes déterminées dans son regard froid. « Au lieu de geindre sans cesse sur ce qui a été fait, au lieu de montrer les crocs à la moindre vexation, peut-être pourriez-vous consacrer votre temps à une tâche plus utile. Acharner vos déviances sur l’extermination de ma famille ne vous apportera aucune année de vie supplémentaire. Ce qui a été gravé si profondément dans le sang ne saurait s’effacer aussi facilement. » Ses derniers mots avaient été secs.
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le 04.05.17 13:11

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Souillure infernale
L'échange semble n'être qu'un jeu malsain où l'on se passe la haine de mains en mains. Aleera a déjà retrouver le silence, elle attend et observe, écoute les médisances de ce homme au charisme écrasant. Était-ce l'unique raison de leur présence ? Se faire démolir par de vaine paroles ? Comme si leur situation n'était pas suffisamment difficile comme cela, voilà que Samuel se sentait obligé de rappeler à Duncan qu'il était sur la sélecte, pour ne pas dire qu'il avait déjà un pied dans la tombe. Ou pire, en enfer. Sagement avachie sur sa chaise, la jeune femme est d'un mutisme un peu trop étrange et surtout bien trop pesant. Ce n'est pas Aleera ça, dont la verve atroce est toujours la première à briser les foules. Pourtant, elle bouillonne. Son sang ne fait qu'un tour dans ses veines et plus les secondes passent, plus la sorcière se crispe.

« ASSEZ !!! »

S'égosille soudainement Aleera en se levant d'un bon avant que son poing ne s'abatte avec violence sur la table. Le bois tremble, gronde et se fissure. Ce n'est certainement pas du à la force de ses petits poings mais bien par excès de rage et de magie. Dans ses yeux déjà, brille cette lueur incandescente, inhumaine. Une lueur que Duncan ne connaît que trop bien, quand à Samuel, il aurait tout le plaisir de découvrir ce que sa famille avait engendré. Le souffle court, la femme au visage crispé de fureur glisse vers son comparse de la bourgeoisie anglaise un regard mauvais alors qu'elle se laisse choir à nouveau sur sa chaise. Elle ne tolérerait plus aucun écart. De lui comme de son frère. Et si Duncan semble être le leader de la portée, Aleera quand à elle, n'est reste pas moins la matrone de leur maisonnée. La fourbe cachée derrière ses jupons et dont les colères étaient dévastatrices. L'ambre dans ses yeux disparaît au fur et à mesure que le calme revient, que le silence s'impose le temps à chacun de retrouver son souffle. La moribonde déglutit, observant les fissures dans le bois et murmure.

« Navré pour votre mobilier. »

Non sans une touche de froideur excessive alors qu'elle n'ose plus porter sur son hôte, le moindre regard. Vivre sans son âme était un combat de tous les jours, c'était vivre sans la bride qui maintenait chaque être humain à sa place. Voilà pourquoi eux, les Belkhan, passaient pour des monstres.

« Bien, au lieu de débattre à savoir qui de nous est le plus monstrueux, venons en au fait. Ainsi, vous pensez sérieusement que votre mort ne changera rien à notre condition ? Soit, je suis prête à vous accordez le bénéfice du doute, monsieur Drake. »

La gitane fini par pivoter le visage, dardant sur lui un regard aussi froid qu'austère et qui en disant long sur le peu de patience qu'elle avait sur l'instant. Aleera ajuste son assise, jetant un regard en biais à son frère puis reporte son attention sur Samuel.

« Votre... Invitation aimable à votre table, comme vous le dites si bien... Est surprenante. Dérangeante aussi, nous en conviendrons. Ne tournons pas autour du pot... Pour quelle raison m'avoir fait venir ? Je suis curieuse de savoir ce qui peut bien se passer dans votre esprit... ET si je ne vous connaissait pas si mal, j'aurais presque miser sur l'urgence d'une situation déplaisante. Comme, je ne sais pas... La mort de votre lignée, sans doute ? » Sourire sirupeux.
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le 13.05.17 19:23
Les belles paroles, ça n’est clairement pas le style de Duncan, aussi devoir écouter Samuel se lancer dans un long récit – qui le place en plus en victime – ne fait qu’ennuyer davantage le gitan. Depuis quand est-ce que les Drake tendaient une main charitable aux Belkhan ? Affalé dans son fauteuil, l’aîné hausse un sourcil. Et puis le patriarche continue. Il s’en prend d’abord à leurs ancêtres, rappelant de ne pas juger ceux qui ne sont pas là pour se défendre, mais s’empressant de le faire lui-même ensuite. Cette fois Duncan s’impatiente, il s’agite dans sa chaise, fronce les sourcils, et fait courir son regard sur la pièce pour trouver une distraction au discours agaçant qu’il doit subir.

Par chance, les assiettes sont servies. Duncan suit les servantes du regard avec un intérêt tout particulier, comme s’il allait pouvoir oublier la présence de Samuel en les dévisageant suffisamment longtemps. Malheureusement, elles s’empressent de repartir, et le vieux Drake ne s’arrête plus. Il leur suggère de ne plus gâcher leur temps, et que la malédiction ne se lèvera pas aussi facilement. Cette fois s’en est de trop. Duncan voue son existence toute entière à chercher un moyen de lutter contre cette malédiction. A temps plein, il rêve de pouvoir arracher son âme et celle de son frère et de sa sœur à l’enfer. Samuel se moque bien de ces aspirations, il se moque de leur condamnation à la souffrance éternelle. Il a le droit de vieillir lui. Il ne connait pas la complexité d’une vie sans âme. Pendant un instant, la fureur fait briller les pupilles du gitan. Il va briser les cous de tous les êtres vivants de cette demeure. Tous jusqu’à ce que cet immonde sourire mauvais s’efface du visage de Samuel. Il commencera par les servantes, pour voir l’inquiétude dans le regard de son hôte, il s’en prendra à la maison peut-être aussi, pour détruire les souvenirs qui restent d’une vie de famille apaisée. Et puis il enverra les enfants à Satan pour lire la douleur et la haine que la famille Drake a provoqué en premier. Il aura ensuite un rire sonore et méchant alors que Samuel se tordra de douleur sur le sol de son manoir vidé, seul et meurtri. Il se moquera de lui, alors qu’il souhaitera qu’on l’achève pour ne plus avoir à supporter la douloureuse solitude du deui-

Aleera le fait presque sursauter. La colère de la jeune sorcière tire brutalement Duncan de ses sombres pensées, et il est surpris de constater la violence avec laquelle elle a frappé la table. Celle-ci a cédé sous le coup de la magie colérique, et Duncan tremble, il vibre comme s’il subissait la résonance de la fureur de sa sœur. Son corps tout entier s’est tendu alors que le silence s’est soudainement imposé. Le gitan a posé son regard bleu et froid sur la sorcière, et pendant un instant il ne dit rien. « Aleera… » Il murmure simplement son prénom, et son ton a changé. Il oublie sa propre colère et la rappelle au calme en prenant une voix douce et plus chaleureuse, comme s'il avait brutalement oublié la présence de Samuel à quelques mètres de lui seulement. Duncan connait bien la douleur des colères incontrôlables auxquelles les Belkhans maudits peuvent être confrontés. Dès leur plus jeune âge, on leur a appris à maîtriser leurs émotions qui ne connaissent pas la sagesse de l’âme humaine. Ces émotions au ressenti trop fort, peuvent se retourner contre eux et leur jouer des tours. Duncan le sait que trop bien. Alors il s’attriste de voir sa sœur en proie à la même souffrance et la fixe jusqu'à ce qu'elle revienne à elle, prêt à bondir pour réagir si la fureur s'empare d'elle.

Le soulagement le prend lorsqu’elle accepte finalement de se rassoir et s’excuse même de façon raisonnable. L’incident a au moins le bénéfice de détourner l’attention du gitan, qui ne s’offense plus du mépris que le patriarche leur a témoigné avec tant de virulence. Il ne détourne plus son regard attentif de sa sœur, alors qu’elle reprend la parole pour admettre que l’assassinat des Drake n’arrangera pas les choses. C’est en effet un test que Duncan a déjà réalisé, et qui n’a fait qu’attiser les tensions entre les deux lignées. Les Belkhan l’ont payé cher cependant, puisqu’ils ont à leur tour perdu leur matriarche quelques mois après seulement. Aleera encourage finalement Samuel à en venir aux faits, sans pouvoir se retenir de mentionner encore la fin des Drake. Duncan se sent alors obligé d’ajouter à son tour une parole, pour mettre de l’eau dans son vin comme on dit. Il s’adresse alors au patriarche d’une voix bien moins glaciale, et fait une constatation simple. « On n’est pas venus pour se battre. » Si tel était le but premier de Samuel, il n’aurait pas perdu autant de temps à discuter vivement avec eux. « Alors ça ne sert à rien de s’énerver pour rien. » Il jette un bref regard à sa sœur, comme pour s’assurer que sa colère est bien passée et qu’elle n’a pas besoin de davantage de temps. Il se surprend lui-même à avoir cette réflexion en face d’un Drake, mais pour le bien-être de sa sœur il peut bien faire cet effort-là. « La malédiction est une charge lourde qui nous encourage à mordre à la première vexation, Monsieur Drake. » Il revient finalement à lui et prend la peine de lui expliquer le mal qu’ils ont à résister à leurs envies de meurtres quand le papy ouvre la bouche. Le simple devoir de se justifier, d’expliquer leur souffrance à leur bourreau, ça en coûte au gitan. Pourtant il espère que la confession suffira à rappeler au Drake toutes les concessions que les Belkhan sont prêts à faire et qu’ils ont déjà faites pour entendre ce que le patriarche a à dire. « Mais ça ne nous empêche pas d’être tout disposé à écouter l’explication que vous a demandé Aleera. » A ces mots, il promet de maîtriser son agacement et attrape sa fourchette comme pour enterrer la hache de guerre. Et puis faut pas déconner, ils ne sont sont pas venus pour se battre, ni pour fraterniser. Duncan ne compte pas passer la nuit ici non plus.
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le 15.05.17 2:19
Le père Drake se raidit instantanément au moment où la fureur d’Aleera éclatait à la fois dans l’air et dans les veinules du bois qui se craquelèrent. La mâchoire de Samuel se crispa d’un mélange d’agacement et de surprise, ses lèvres se pincèrent jusqu’à ne plus former qu’une ligne désapprobatrice. L’acier froid de son regard rencontra la braise de la jeune femme, l’œil où brûlaient toutes les flammes de l’enfer et la damnation éternelle. Des portes ouvertes vers les royaumes des tréfonds, vers les abimes chthoniens, vers les racines originelles du mal. Fascinant. C’était la première fois qu’il pouvait ainsi contempler à loisir cette particularité des maudits, puisqu’ils s’étaient toujours évités comme la peste jusqu’à présent. Si l’on disait que les yeux étaient le reflet de l’âme, alors pour les Belkhan, qui l’avaient perdue immédiatement, c’était le reflet direct de l’enfer. Oui, c’était tout proprement fascinant de pouvoir assister à cela en étant aux premières loges.

Pas un bruit ne venait troubler le lourd voile de silence qui s’était déposé sur la pièce, comme si tout s’était soudainement figé dans une glace qu’on ne pouvait voir ni sentir. Seul Duncan osa avancer un murmure pour apaiser sa sœur déchainée. Samuel, quant à lui, les lippes toujours closes et les mains immobiles sur les bras de son siège, dardait son regard de manière régulière sur l’un comme sur l’autre, examinant l’échange silencieux, curieux de savoir s’il y avait un infime espoir d’observer ne serait-ce qu’une goutte de tempérance chez les Belkhan. Et il était assez surpris, par ailleurs, de constater que Duncan tentait de pondérer l’ardente colère non seulement de sa sœur, mais aussi la sienne. Le Drake s’était-il trompé au sujet du jeune homme ? Ou bien était-ce une réaction exceptionnelle en réponse à une situation peu habituelle ? Il s’était probablement avancé un peu rapidement dans ses conclusions concernant les Belkhan… L’aîné, à cet instant, lui paraissait bien plus raisonnable qu’il ne l’aurait imaginé, et plus encore que la cadette. Samuel allait finalement devoir rebattre les cartes, en tout cas, c’était un fait à la fois étonnant et bienvenu.

Son visage esquissa une moue détachée alors qu’elle reprenait enfin maitrise de ses émotions et qu’elle s’excusait, plus pour la forme, il le sentait. Samuel se fichait bien de l’état de ses meubles à cet instant. Il haussa un sourcil mauvais alors que la jeune femme venait de retrouver la verve de ses discours, le venin de ses paroles. Sentant ses narines frémir par l’exaspération qui montait en lui, le sorcier jeta un œil vers Duncan, qui, lui, avait bien essayé de changer quoi que ce soit à la malédiction, sans pour autant y parvenir. Il ne put s’empêcher de songer qu’en effet, à défaut de continuer à épiloguer sur la monstruosité de leurs lignées, elle commençait un débat sur sa propre stupidité. Comment une sorcière telle qu’Aleera, qu’il pensait pourtant émérite, pouvait-elle avancer une ânerie pareille ? On parlait tout de même de pacte scellé avec le diable… Pas d’un malheureux mauvais sort qui prendrait fin avec la mort de son lanceur. Venant de Duncan, ça ne l’aurait pas étonné, il n’avait pas l’air très porté sur la théorie magique et la complexité des rituels qui demandaient une certaine patience. Mais Aleera, enfin, le père Drake la pensait plutôt fourbe et apte à se lancer dans ces choses-là. Non, vraiment, c’était désolant et Samuel commençait sérieusement à douter de tout.

« En effet, vous me connaissez fort mal. », rétorqua-t-il d’un ton savoureux, tandis que son regard exprimait toute la sècheresse que sa voix n’avait pas pris la peine d’emprunter. Il avait plutôt pensé à la disparition à peine regrettable de leur lignée à eux, puisqu’aucun des Belkhan ne semblait avoir envie d’avoir la moindre descendance. Chose qui pouvait se comprendre aisément mais qui du coup rendait totalement obsolète la volonté narquoise d’Aleera à le faire sortir de ses gonds. Les paroles temporisées de l’ainé eurent au moins l’effet bénéfique de ne pas donner une raison supplémentaire à Samuel de répliquer face à la tentative de morsure. Il garda donc sa réflexion venimeuse pour lui et inspira lentement, sentant que ses deux interlocuteurs étaient prêts à lui concéder l’explication de leur présence ici. « J’apprécie votre effort, Duncan. », déclara le sorcier d’une voix calme, neutre mais néanmoins sincère avant de s’emparer avec délicatesse de ses couverts. « A vrai dire… la situation déplaisante en question concernerait davantage les derniers événements qui ont secoué notre région, en plus des menaces qui existaient déjà et qui prennent de l’ampleur. » Il parlait bien évidemment de la bête, le wendigo. Il fourra sa fourchette dans sa bouche et attendit d’avaler avant de continuer. « Il n’en faudrait pas beaucoup plus pour perturber l’équilibre précaire qui s’est difficilement instauré entre les sorciers, mais aussi entre les autres communautés. » Inutile de leur faire un dessin : ils se retrouvaient entre les inquisiteurs et autres fanatiques de Dieu, les sorciers qui étaient réfractaires à leur magie et bien sûr la menace de la sombre bête qui allait être réglée difficilement. Et c’était même sans parler de la guerre, d’ailleurs. « Nos magies ont des racines communes. Je pense que nous sommes plus… proches, que nous souhaitons bien l’admettre. Par les temps qui courent, par les menaces qui se profilent autour de nos lignées respectives, il serait stupide de continuer à nous disputer comme des enfants pour des choses que ni vous ni moi n’avons commises. »
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le 20.05.17 11:52

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Souillure infernale
Aleera… On n’est pas venus pour se battre. Alors ça ne sert à rien de s’énerver pour rien.

La femme suppure de aine mais malgré tout, elle garde le silence et baise les yeux, prunelles de braise qui scintille dans la pénombre. Elle obéit à Duncan, s'aide son calme pour retrouver le sien. Et c'est dans un silence de mort qu'elle s'enferme non sans jeter un regard en biais vers Samuel, le toisant de ce regard infernale. Elle n'a pas l'air commode la gitane mais elle attend, elle soutient son regard en sachant pertinemment qu'il l'étudie, la jauge. Qu'il fasse donc, c'est la chose qu'il aura d'elle pour le moment. Alors que les deux hommes échangent les politesse, s'offre joyeusement à la diplomatie, Aleera boude. Ouvertement. Elle fixe son assiette appétissante son réelle joie et triture son contenu du bout de sa fourchette. Belle argenterie d'ailleurs...

« Blablabla... N'oubliez pas de le remercier d'avoir tuer votre femme en plus d'être sympa avec vous. »

Minaude Aleera comme une enfant capricieuse, histoire de remuer un peu plus le couteau dans la plaie. Ces Drake, elle ne les aime pas. Lui le premier, ce vieillard sous ses airs faussement bienveillant. Ces tueurs d'enfants, ces putes du Diable. Elle aurait voulu lui cracher au visage, lui dire l'étendu de sa haine et déjà, ses yeux s'allume de plus belle, lueur vivace et incandescente alors que la table se remet à trembler. Aleera recule, lève sa fourchette et inspire longuement. Elle ferme les yeux, inspire puis expire, tentant de se calmer. Bien vite les tremblements se calme et la table retrouve sont immobilité. Affligé par sa propre haine, la jeune femme baisse le visage de honte, une main cachant ses yeux. Elle ne supporte même pas de croiser le regard de son aîné, comme il doit lui en vouloir de ne pas réussir à se maîtriser...

A vrai dire… la situation déplaisante en question concernerait davantage les derniers événements qui ont secoué notre région, en plus des menaces qui existaient déjà et qui prennent de l’ampleur.  Il n’en faudrait pas beaucoup plus pour perturber l’équilibre précaire qui s’est difficilement instauré entre les sorciers, mais aussi entre les autres communautés. Nos magies ont des racines communes. Je pense que nous sommes plus… proches, que nous souhaitons bien l’admettre. Par les temps qui courent, par les menaces qui se profilent autour de nos lignées respectives, il serait stupide de continuer à nous disputer comme des enfants pour des choses que ni vous ni moi n’avons commises. 

« Convainquez-nous. Je refuse de croire ou même d'admettre que nous sommes proche peu importe la manière ! Notre vie est insupportable par la faute des vôtres ! Donnez moi une seule bonne raison de vous croire et d'écouter vos balivernes, monsieur Drake. Une seule, et j'accepterais de vous écouter. »

Aleera repose sa fourchette sur la table et porte sur lui un regard contrit, vexée, angoissé. La jeune femme inspire longuement, fixant toujours le patriarche et lui souffle.

« Vos ancêtre ont tué un enfant...Un innocent... Imaginez un instant que nous en ayons fait de même avec l'un des vôtres. Quel serait votre réaction ? Un...enfant, Samuel. Un enfant. Et on dit de nous que nous sommes des monstres ? »

Elle délaisse le repas auquel elle n'a pas encore touché et pivote sur sa chaise pour faire face à Samuel avant de reprendre d'une voix calme.

« Monsieur Drake, si vous voulez me convaincre, commencez par me parler avec vos tripes. Oubliez les politesses, oubliez la diplomatie. Nous sommes des gitans, nous n'avons que faire des belles paroles. Parlez moi avec votre cœur, dites moi ce qui vous ronge, ce qui vous anime... Car c'est la seule vérité que je veux entendre, la seule que j'accepterais de croire. Dites moi ce qui vous rend différent de vos ancêtres, dites moi ce qui vous touche, ce qui vous met en colère, dites moi ce dont vous avez besoin. »


Dans un geste plus surprenant encore, la gitane tend le bras et pose sa main sur celle du patriarche,yeux toujours plonger dans les siens. Entre ses doigts fins, c'est la main tremblante de Samuel qu'elle presse avec une douceur étrangement bienveillante.

« Je ne veux pas savoir votre rang, ni votre argent. Je veux savoir ce que vous êtes. Ce que NOUS voulons, c'est voir votre humanité. »
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le 25.05.17 12:49
Duncan a fait l’effort de prendre sur lui et de se plier aux conventions sociales. Il a pris la peine de vouvoyer Samuel et de lancer un appel à la paix. Non décidément, ça ne lui ressemble pas, et Aleera n’est pas dupe malgré l’apparente satisfaction du Drake. Elle ne laisse même pas le temps à son frère d’être satisfait de son effet, et s’empresse de remuer le couteau dans la plaie en mentionnant le meurtre de Victoria. Duncan relève aussitôt la tête vers elle et la foudroie du regard. Il se garde bien d’ajouter le moindre mot à cette provocation violente, mais il est tenté de rediriger une partie de sa colère contre sa sœur qui continue de refuser de jouer le jeu, malgré les grands efforts de son aîné. Il aurait pu lui en vouloir d’avoir eu ce comportement immature et inconscient une nouvelle fois, si seulement Samuel y avait prêté une quelconque attention. Un court instant, il est tenté de se lever à son tour pour lui interdire de continuer à faire la petite peste alors qu’il sent la table trembler sous ses mains. Si ça n’avait pas été face à Aleera, il n’aurait certainement pas cherché plus loin et aurait cédé à son impatience pour déverser sa colère contre elle.

Sa petite sœur en revanche, il ne la juge pas. Il sait que trop bien combien il est dur et douloureux d’être un Belkhan maudit.  Il y a ces moments où la passion des émotions est si forte, si intense, que l’on est forcé de s’y plier. Dans ces instants de colère féroce, la malédiction les pousse alors lentement et sournoisement à la folie de l’enfer. Ravaler sa colère et ses frustrations, ce serait pire que de mourir mille fois. Il faut que ça sorte, avec violence et animosité, sans la moindre tempérance. Alors une nouvelle fois, Duncan fait preuve de patience. Il reste silencieux et immobile, et surprend ainsi sans doute tout le monde, mais surtout lui-même. Oh ils ont été prévenus, les enfants maudits. Dès leur plus tendre enfance, ils ont reçu toutes sortes de conseils pour mieux vivre avec la malédiction qui les a privés de leur âme. Mais Duncan n’avait jamais été le plus doué pour les retenir et les appliquer. C’est un être libre, et personne ne lui dicte comment vivre sa vie. S’il reste calme ce soir, c’est son propre choix, mais il ne sera certainement pas celui qui bridera Aleera dans sa colère, si c’est ce qui peut la soulager.

Elle finit néanmoins par retrouver son calme, en apparence en tout cas, et la table cesse de remuer. Satisfait, le gitan reporte son attention sur son assiette alors que Samuel se décide enfin à expliquer la raison de cette invitation. Celui-ci parvient d’ailleurs à lui arracher un sourire moqueur, et s’il n’avait pas été en train de dévorer un met délicieux, il aurait probablement ri pour l’interrompre. Les Drake et les Belkhan, avoir quelque chose en commun ? Samuel n’est définitivement pas dans son état normal, et Duncan est bien curieux de savoir ce qui effraye autant le vieux sorcier pour qu’il en vienne à tenir de tels propos.
Aleera s’insurge d’ailleurs à nouveau, en rappelant toute la monstruosité dont la lignée Drake a fait preuve. Ils ont versé le premier sang, et le gitan resserre sa prise sur sa pauvre fourchette alors que sa sœur rappelle ce sinistre évènement. Il a perdu tout sourire, mais lève un sourcil étonné face à la requête de sa petite sœur. L’idée n’est pourtant pas idiote, et Duncan jette un regard curieux à Samuel, parce qu’il se demande bien comment le vieux Drake va pouvoir se distinguer de ses pairs démoniaques en montrant qu’il en a bien une, d’humanité. « Ce que j’ai du mal à saisir, c’est comment vous avez pu croire qu’on oublierait si facilement la malédiction qui pèse sur nous pour accepter de faire une sorte de…quoi ? Alliance de paix ? » Il prononce ces derniers mots avec un mépris mal camouflé. « Même si vous êtes humain Monsieur Drake, comment est-ce que vous espérez que l’on vous pardonne le vol d’une âme et de la moitié d’une vie ? » Le gitan lâche finalement sa fourchette pour se laisser à nouveau aller au fond de son fauteuil. Il plisse les yeux d’un air suspicieux et fixe le patriarche comme s’il allait pouvoir lire à travers lui. Clairement, Duncan a du mal à croire qu’un tel homme puisse s’inquiéter du bien commun des sorciers. Le fait d’imaginer Samuel craindre de voir sa vie raccourcie par le bûcher procure un plaisir certain au gitan, pendant un court instant. Pourtant, l’engouement malsain des puritains pour la chasse aux sorcières n’est pas quelque chose avec laquelle il aime plaisanter. Et puis au fond, si un homme aussi puissant que Samuel Drake s’en préoccupe avec un désespoir tel qu’il en vient à inviter les Belkhan maudits sous son toit, alors il y a peut-être là matière à s’inquiéter aussi du côté des gitans.
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le 25.05.17 20:52
Samuel ignora superbement l’énième remarque acerbe d’Aleera qui, à l’évidence, ne pouvait s’empêcher de bouder telle une enfant. Que pouvait-il bien espérer, avec de pareils caractères ? C’était à en remettre en question le bien-fondé de son idée initiale et son initiative. Mais il était bien inutile de rétorquer le moindre mot face à ces futilités, le mobilier se faisait suffisamment torturer comme cela. Ils avaient déjà joué de leurs joutes verbales avant que le repas ne fut servi et cela avait permis à Samuel de constater que ses propositions à venir allaient être difficiles à faire accepter. Des têtes de mules, voilà ce qu’il avait face à lui. Et encore, l’expression était bien aimable. Ce n’était plus si étonnant que ça, si avant ce soir, aucune rencontre de ce type n’avait eu lieu entre les Drake et les Belkhan. Le vieux dragon guettait la réaction de chacun du coin de l’œil, après qu’il eut exposé les faits et sa proposition.

L’acier glacé de son regard dévisagea la jeune femme avec une nette absence d’empathie, face à cette remise en question irréfléchie de ce qui semblait pourtant assez logique pour le père Drake. Lui, raconter des balivernes comme s’il distribuait des contes à qui voulait bien les entendre ? C’en était affligeant d’absurdité. Ses doigts avaient relâché ses couverts, qui gisaient sur les bords de son assiette, et tapotaient doucement la table, Samuel se forçant à faire preuve de patience et à calmer son agacement. « Cessez donc de vous voiler la face et de raisonner en enfant capricieuse. D’où croyez-vous tenir vos pouvoirs, si différents de vos cousins ? Si l’âme est le réceptacle de la personnalité, ne saurait-elle être liée à la magie que vous utilisez ? » Il n’était sans doutes pas temps d’orienter leur conversation vers des notions théoriques sur la magie et son origine, quand bien même que cela puisse intéresser les deux Belkhan, ce dont il commençait à douter, toutefois Samuel n’avait pu s’empêcher de se poser fréquemment la question.

Se reculant dans sa chaise, le sorcier croisa doucement les bras contre sa poitrine, silencieux face aux accusations véridiques d’Aleera. Evidemment, il aurait fallu être particulièrement stupide pour ignorer que l’acte perpétré par ses ancêtres était tout proprement inexcusable, impardonnable. Quelles qu’aient été les intentions des Drake d’alors, l’on ne pouvait se voiler la face aujourd’hui. Mais quand on s’engageait sur le chemin écorché d’une quête d’un pouvoir plus grand, on ne se souciait guère du regard extérieur qu’autrui peut bien leur porter. Malgré tout, en effet, en tant que père, Samuel ne pouvait qu’être absolument conscient du fait qu’il ne saurait supporter qu’on s’empare de son enfant pour la sacrifier au nom de l’innommable. Le sorcier n’approuvait ni ne désavouait ce qui avait été fait, il se démenait avec la situation qui en découlait, c’était tout. Le visage plus impassible que jamais, le regard qui brillait des rouages des calculs qui se tramaient dans sa tête, le père Drake se pencha légèrement en avant, reposa ses mains sur le bord de la table, appréhendant avec une certaine méfiance le discours d’Aleera. Comment pouvait-elle sciemment lui demander de lui prouver qu’il avait encore un cœur alors qu’ils le lui avaient arraché par la mort de Victoria ? Ses traits se durcirent en une expression fermée et indéchiffrable.

Ses doigts tressaillirent légèrement lorsqu’ils rencontrèrent le contact étrange de ceux de la maudite. Les yeux mi-clos fixés sur ce contact inattendu, ses lèvres s’étirèrent en une expression circonspecte aux mots de Duncan. « Je ne vous demande pas d’oublier, ni même de pardonner. Voilà bien longtemps que je suis au-dessus de ce que peuvent bien penser les gens à propos de ma famille. » Il releva le regard sur le gitan avant de le poser sur sa sœur. « Vous parlez d’humanité, mais pour vous, qu’est-ce donc ? Le simple fait de posséder une âme, d’éprouver des émotions ? Ou bien de tenter d’être aussi saint qu’un ange en se débattant avec ses faiblesses ? » Un sourire torve se dessina sur ses lippes : en la matière alors, Samuel et les siens n’avaient plus rien d’humain. Un soupir s’échappa de sa gorge avant qu’il ne reprenne, une lueur à la fois de tristesse et de colère transparaissant dans son regard : « Qu’importe, après tout, puisqu’une partie de mon humanité s’est envolée quand Victoria est partie. Au moins, en cela, nous sommes presque quittes. Quant à l’autre… Vous auriez sans doute du mal à comprendre la peur, la colère, le désarroi et l’amour qui peut animer un père pour protéger ses enfants et les épauler, les guider jusqu’à ce vers quoi ils tendent à devenir. »

Samuel garda le silence un instant, jusqu’à ce qu’il émette un ricanement qui racla jusqu’à la surface des murs. « Oh, j’imagine qu’à présent, vous allez vous faire un devoir de les tuer, eux aussi, juste pour connaître la joie de me priver de mon âme. Au moins, vous pourrez être fiers de votre vengeance. C’est très humain après tout… même si elle ne résout rien. » Auquel cas il se serait déjà vengé depuis longtemps sur les Belkhan, même si cela lui aurait coûté jusqu’à sa vie. « Je ne vous demande pas votre amitié, ni une paix définitive. Seulement un cessez-le-feu temporaire, parce que plutôt que de me bercer d’illusions en attendant ma fin, je préfère agir au mieux pour mettre les miens en sureté. Et vous devriez peut-être faire de même, parce que je doute fortement que la rumeur d’un wendigo qui se promène ne se propage pas à grande vitesse jusqu’à des oreilles qui seraient capables de nous envoyer de pires ennuis encore. »
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le 15.06.17 14:27

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Souillure infernale
Cessez donc de vous voiler la face et de raisonner en enfant capricieuse. D’où croyez-vous tenir vos pouvoirs, si différents de vos cousins ? Si l’âme est le réceptacle de la personnalité, ne saurait-elle être liée à la magie que vous utilisez ?

Et la colère remonte, pointe son nez à une vitesse alarmante. C'est plus que la haine cette fois, c'est rage dans les yeux d'Alera. Furibonde, la gitane abat violemment son poing sur la table de bois déjà fissurée, son regard rougeoyant du feu infernal alors qu'elle s'écrit, s'époumonant d'une voix presque gutturale, brisé par le mépris.

« Et qui joue avec la vie des gens ?! Qui a ruiné notre libre arbitre ?! C'est VOUS les enfants capricieux ! MONSTRES d’égoïsme que vous êtes! »

Et elle se lève la gitane, force d'avoir à passer ses nerfs, mais pas sur Samuel. Ce serait un acte de guerre ouverte, ce serait catastrophique. Son teint pâle se cendre peu à peu, la sorcière se pare d'une allure effrayante, ses paupières s'assombrissent et ses lèvres se parent de cette teinte parme prononcée. Elle aurait presque pu paraître agréable cette vision, si elle n'avait pas le goût amer de la noirceur. Aleera se détourne de la table, de son frère et de son hôte, faisant les cent pas dans la pièce, cherche à juguler sa haine et sa soudaine envie de meurtre.

Je ne vous demande pas d’oublier, ni même de pardonner. Voilà bien longtemps que je suis au-dessus de ce que peuvent bien penser les gens à propos de ma famille. Vous parlez d’humanité, mais pour vous, qu’est-ce donc ? Le simple fait de posséder une âme, d’éprouver des émotions ? Ou bien de tenter d’être aussi saint qu’un ange en se débattant avec ses faiblesses . 

« L'humanité, c'est avoir le choix. Le choix de ce qui est bien, de ce qui mal. C'est mener sa vie comme on l'entend... Sans cette âme dont nous sommes privés, c'est un aller simple pour l'enfant. Vous ignorez tout de l'effort que cela demande, d'être ce que nous sommes. »


Aleera continue de marcher, bouillant de colère dans sa robe au corsage trop serré. Elle soupir, serre les dents alors que ses yeux restent de cette vive couleur irréelle. Un regard en biais vers Duncan, elle sait que son frère ne supporte pas de la voir ainsi, ne serait-ce que pour le danger qu'elle représente. Pour lui, pour Samuel et pour toute personne présente dans cette demeure. Et pour elle-même également.

Qu’importe, après tout, puisqu’une partie de mon humanité s’est envolée quand Victoria est partie. Au moins, en cela, nous sommes presque quittes. Quant à l’autre…

« Ne confondez pas votre chagrin avec la perte d'humanité. Vous ne savez rien de cela... Quant à votre femme, elle a eu ce qu'elle méritait, elle comme toutes les matriarches qui l'ont précédé dans votre lignée. »

Vous auriez sans doute du mal à comprendre la peur, la colère, le désarroi et l’amour qui peut animer un père pour protéger ses enfants et les épauler, les guider jusqu’à ce vers quoi ils tendent à devenir.

Aleera cesse soudainement ses bas et viens. La gitane s'est figé alors que son souffle s'effrite soudainement, son regard s'éteint pour retrouver ce gris mêlé d'une azure particulièrement clair. Samuel juge, sans savoir. C'est sans doute cela qui la rend plus triste qu'en colère.

« Non, c'est vous qui ne comprenez pas... Notre père est mort sous nos yeux... il était juste là et l'instant après, il est juste... il s'est écroulé, comme une poupée de chiffon. Je n'avais même pas cinq ans... Et j'ai été forcé de voir ça. Je n'avais même pas cinq ans, que j'ai pris conscience de ce que j'étais... De ce que mes frères étaient... Rien. Nous ne sommes rien parce que des gens comme vous et votre lignée avez décidé que nous ne serions rien. »

Oh, j’imagine qu’à présent, vous allez vous faire un devoir de les tuer, eux aussi, juste pour connaître la joie de me priver de mon âme. Au moins, vous pourrez être fiers de votre vengeance. C’est très humain après tout… même si elle ne résout rien.

Le regard larmoyant de la sorcière se darde sur le patriarche assit à la table, toujours droit sur son siège, toujours digne avec son port altier. Un rire passe soudainement ses lèvres, un rire gras, amusé. Il se change en fou rire même. Aleera est hilare autant que désespéré par les paroles du Drake.

« Les tuer ? Oui, nous commencerons pas votre fille. En vous privant de votre petite princesse et de votre nouvelle matriarche, peut-être que vous comprendrez un peu plus la douleur que nous éprouvons. »


Lentement la jeune femme s'approche du bout de la table, posant les mains sur le bois alors qu'elle s'y appuie dans une position nonchalante. Malgré le sourire mauvais qui a fleuri sur ses lèvres, ses larmes roulent sur l'ivoire de ses joues.

Je ne vous demande pas votre amitié, ni une paix définitive. Seulement un cessez-le-feu temporaire, parce que plutôt que de me bercer d’illusions en attendant ma fin, je préfère agir au mieux pour mettre les miens en sureté. Et vous devriez peut-être faire de même, parce que je doute fortement que la rumeur d’un wendigo qui se promène ne se propage pas à grande vitesse jusqu’à des oreilles qui seraient capables de nous envoyer de pires ennuis encore.

« Le wendigo, hein... ? Avouez simplement que le déclin de votre famille vous effraie... »

La sorcière détourne le regard, posant doucement son séant sur la chaise près d'elle. L'épuisement se lit sur son visage austère, c'est même dans son maintien que la fatigue se lit. Les négociations n'avaient jamais été son fort, Aleera était du genre élan punitif et expéditif avant toute chose.

« Je suis néanmoins surprise de votre démarche monsieur Drake... C'est fort surprenant... Vous avez toute mon attention. Mais gare à vous et à vos paroles, je crains de ne pas supporter la moindre insulte de plus à l'égard des miens. »

Susurre-t-elle, menace à peine voilée. Son regard glisse sur Duncan, lui qui a sû rester calme et silencieux depuis son arrivée dans cette sinistre demeure puritaine qui cachait le diable en son cœur.

« Et toi, mon frère, que penses-tu un traité de paix ? Si l'idée me semble complètement farfelue, je dois admettre qu'elle est plaisante. Notre salut réside peut-être ici, après tout... »
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le 20.06.17 13:02
Le dîner atteint son apogée lorsqu'Aleera sombre à nouveau dans une fureur folle, plus violente encore que la première, pour débattre de la nature de l'humanité avec le patriarche Drake. Muré dans un silence acharné, Duncan lui, observe la scène. Si j'avais su, je s'rai pas v'nu. Voilà ce que se répète le gitan, en voyant sa sœur tournoyer de rage à quelques pas de lui seulement. Il ne la quitte pas des yeux, alors qu'elle s'enlaidit de cette émotion grossière que les Belkhan cherchent toujours à éviter.

Samuel ne semble pas s'effrayer de l'agitation qu'il a provoqué, au contraire, il ne fait rien pour l'apaiser. Duncan se demande un instant si le meurtre de Samuel Drake pourrait apaiser sa sœur. Il pose un regard glaçant sur leur hôte sans même que celui-ci ne le remarque, mais le gitan se ravise au moment même où Aleera prend la peine d'expliquer leur condition de maudits, comme pour se justifier. Le discours le fait remuer sur sa chaise.

Il est tenté de rentrer chez lui sur le champ pour mettre fin à cette conversation, lorsque le Drake fait à nouveau mention de Victoria et ose suggérer que leurs lignées sont quittes. Duncan retient difficilement une protestation. Il refuse catégoriquement de se livrer au petit jeu que les deux autres ont commencé, et qui - il peut le sentir d'avance - va mal finir. Alors c'est sa sœur qui répond encore à cette nouvelle provocation. Oh oui, Victoria a eu ce qu'elle méritait. Le gitan s'enfonça au plus profond de son siège, en se remémorant avec gravité ce jour où il avait perdu le contrôle et ôté la vie de la démone Drake. Il n'aime pas s'y plonger, dans ce sombre souvenir, mais les deux autres lui réservent bien pires.

Duncan se fige. Il en a le souffle coupé lorsque Aleera raconte la mort de leur père. Stupéfait, pris de court par ce revirement émotionnel soudain, il reste aussi muet qu'un mort alors que sa sœur raconte le pire moment de leur vie d'une voix soudainement plus faible. Il entend à peine ce que rétorque Samuel à côté de lui, et c'est le rire brutal et mauvais de la sorcière qui l'arrache au souvenir macabre. Il leur en veut, aux deux autres, de le tourmenter autant. Il leur en veut si fort qu'il croise aussitôt les bras pour les serrer contre sa poitrine et rester bien assis. Ainsi il réprime l'envie folle de se jeter sur l'un pour frapper l'autre avec. Les larmes de sa sœur ne l'alarme même plus. Le silence et le détachement de Dimitri lui manquent. La paix intérieure que Duncan s'était forcé de reconstruire après le meurtre de sa propre mère est mise à mal.

Aleera s'apaise soudainement, sèche ses larmes, s'assoit, menace encore une fois Samuel, et se tourne vers son frère - sans doute sa plus grande erreur. Celui-ci, soudainement projeté au centre de toute l'attention, prend la question comme une agression. Il lève un regard sévère vers elle, et déclare sans ménagement : "Vous m'emmerdez avec vos histoires de merde." Il gronde d'abord sans agressivité, mais avec tout le mépris du monde. Et puis, dans la crainte de les voir repartir dans un débat infernal, il se sent obligé de poursuivre : "Oublie pas Drake, que c'est ton nom que porte la signature de la malédiction qui nous envoie en enfer à trente ans." Il prononce ces mots avec une envie sévère de planter sa fourchette en plein cœur de l'intéressé, mais se contente de lui envoyer un regard mauvais et dur. "Ta paix, tu l'auras quand vous aurez levé cette malédiction de merde. Tant que ce sera pas fait, je peux te jurer que la lignée Drake s'éteindra avant celle des Belkhan." Le sorcier prononce ces mots avec une telle solennité, que ses yeux clairs se colorent furtivement d'une couleur ambrée, comme s'il venait de sceller sa promesse macabre dans la magie.

Une affirmation aussi franche de son désir de vengeance permet d'évaluer sans peine la tension à laquelle le gitan est soumise. L'envie de conclure cette affaire par le meurtre immédiat de la famille Drake au complet devient de plus en plus séduisante à ses yeux. En temps normal, c'est Dimitri qui est assez solide pour canaliser les deux autres maudits. Ne pas se laisser entraîner par Aleera sur le chemin de la haine est une épreuve difficile pour Duncan. Alors inévitablement, il retourne une partie de sa colère contre elle et s'adresse directement à elle, peut-être plus sèchement qu'il ne l'aurait voulu. "En attendant Aleera, tu devrais mieux te comporter. La perfidie de Samuel ne mérite pas ta colère, on nous l'a assez répété." L'ainé n'est probablement pas le mieux placé pour rappeler à sa petite sœur le souvenir de leur père les mettant en garde contre l'ivresse des émotions trop fortes. Pourtant, il sent qu'il a besoin de prononcer ces mots, aussi bien pour la jeune sorcière que pour lui-même.

Ce n'est qu'après ce rapide rappel à l'ordre que Duncan accepte de reprendre son rôle d'invité, et s'adresse plus calmement au patriarche, comme si de rien n'était. "Alors Monsieur Drake, que comptez-vous faire pour cette malédiction ?" Dimitri aurait été fier de lui, pour sûr...à moins qu'il ne l'ait pris pour un fou.
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le 22.06.17 16:50
Lever les yeux au ciel. En voilà une idée alléchante, à défaut d’expier l’agacement qui tenaillait le vieux dragon d’une manière plus violente. Samuel tenait un tant soit peu à ses meubles, à sa réputation et surtout, pensait que ces deux olibrius, tout insupportables qu’ils pouvaient être, s’avéraient être une opportunité intéressante. S’ils cessaient un jour de geindre. A l’évocation de Victoria, il garda ses lèvres pincées en une ligne horizontale évoquant la ligne noire du Styx, qui s’amincit encore davantage sous la menace à peine voilée à l’encontre de sa fille. En voilà une famille qui ne connaissait pas la notion de la subtilité, songea-t-il en prenant note. « A mon âge, ce n’est pas la peur qui m’habite, mais les projets à long-terme pour les générations à venir. Je ne parle pas simplement de ma famille, mais de la communauté sorcière de cette ville, de cette région. » Le déclin de la magie, voilà une pensée bien plus sombre encore. S’ils finissaient par tous disparaître, que resterait-il de la pratique des arts noirs ? Tout cela pour des disputes de voisinage. A ce rythme, l’Inquisition n’aurait même pas besoin de faire son travail, songea Samuel avec une lueur de sarcasme dans ses orbites d’acier.

Son regard pivota lentement en direction de Duncan. Toujours aussi sympathique, celui-là… Se reculant dans son siège pour s’adosser plus confortablement, ce fut avec une expression des plus narquoises que Samuel dévisageait le Belkhan débitant à l’envi ses envies de meurtre. Bla bla bla… n’avait-il toujours pas compris ? « Un pacte est un pacte, mon pauvre ami. Même si les Drake disparaissaient, vous resteriez prisonniers des griffes du diable. Et vous n’auriez plus grand monde pour vous aider… » Il considéra encore un instant le gitan qui semblait presque rayonner dans son aura de haine, avide de sang, qui résonnait en chœur avec celle d’Aleera juste en face. Les calmer artificiellement… une possibilité qui l’avait effleuré mais qu’il avait rejetée. Il devait leur montrer sa bonne foi, et manipuler leurs sentiments n’était à l’évidence pas un gage de bonne volonté, mais de facilité. Le père Drake doutait par ailleurs qu’un Belkhan puisse faire une bonne marionnette. Trop instable… et puis le problème de l’âme, encore et toujours.

Au moins Aleera n’avait finalement pas l’air contre la proposition de Samuel. Duncan, par contre… plus têtu qu’une mule. Croisant les doigts devant son menton, le regard du Drake dériva vers la porte qui s’était discrètement ouverte pour le service du dessert. Des sucreries bien plus alléchantes que cette conversation. A nouveau seuls dans la pièce, il finit par lâcher sur un ton suave : « En voilà, une excellente question. » Et un épineux problème. Comment mettre fin à cette malédiction qui avait eu les dégâts collatéraux les plus problématiques pour les Drake ? Comment leur faire comprendre, sans leur avouer directement que le grimoire ancestral de sa famille était perdu, qu’il n’avait pas la moindre idée de comment aborder ce problème ? Enfin, si, il avait réfléchi à la question bien sûr, mais il n’avait aucune trace du rituel précis qui avait été élaboré à l’époque. La moindre faute dans un rituel voulant mettre fin à la malédiction serait catastrophique. « Dire que je serais, à l’heure actuelle, capable de la lever serait un pur mensonge. Je ne dispose pas des informations nécessaires pour cela, bien que j’ai déjà fait des recherches et réfléchi à la question. Evidemment, je suis prêt à y investir du temps, puisque cela sera probablement un processus assez long… Mais votre aide, ou du moins, votre participation, serait grandement précieuse. »
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le 01.08.17 16:34

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Souillure infernale
En attendant Aleera, tu devrais mieux te comporter. La perfidie de Samuel ne mérite pas ta colère, on nous l'a assez répété

« C'est toi qui dis ça ? Et qui a eu la judicieuse idée de massacrer son épouse au risque de déclencher une nouvelle guerre entre nos deux familles ? »

Siffle Aleera, accusatrice sans remords. C'était presque à se demander dans quel camp la gitane se trouvait. Les deux parties avaient leur tord, nier serait ridicule et la Bohémienne le savait mieux que personne. Loin de se voiler la face, la jeune femme soupir longuement, attendant simplement que les hommes débattent sur l'avenir des deux lignées ennemies depuis trop longtemps. Enfin, elle se décide à remplir son assiette, si tant est que l'on puisse dire cela ainsi au vu du peu de nourriture qu'elle se serre. Non, clairement Aleera n'a pas le cœur à la dégustation malgré la bonne foi de Samuel à leur offrir un repas descend. Toujours aussi abattue par la fatigue, la sinistre femme se contente de couper sa viande, mâchonnant sagement. Elle est plus silencieuse que jamais, Aleera observe la sauce dans son assiette, les quelques pommes de terre qui s'y noie alors que Samuel prend la parole.

Dire que je serais, à l’heure actuelle, capable de la lever serait un pur mensonge. Je ne dispose pas des informations nécessaires pour cela, bien que j’ai déjà fait des recherches et réfléchi à la question. Évidemment, je suis prêt à y investir du temps, puisque cela sera probablement un processus assez long… Mais votre aide, ou du moins, votre participation, serait grandement précieuse.

La gitane glisse un regard en biais vers son hôte, le dévisageant longuement et toujours avec ce regard austère et méfiant. Autant d'amertume dans une si petite femme, c'était à se demander si la malédiction était là leur raison de ce caractère aussi abjecte que déconcertante.

« Le souci c'est que le temps, nous en manquons cruellement, monsieur Drake. »

S'emparant de pain frais, Aleera en arrache un bout avant de venir le plonger dans la sauce goutteuse et le glisse entre ses lèvres délicatement. Si la diplomatie n'est pas le fort de la gitane, en revanche cela ne l'empêche pas de se poser les bonnes questions.

« Je serais tout de même curieuse de savoir une chose... Pourquoi. Pourquoi cette envie soudaine de lever la malédiction ? Qu'est-ce que cela vous apporterait ? Après tout, mon frère... » Elle toise Duncan furtivement. « ...Vous a donné toutes les raisons de nous haïr en assassinat froidement votre épouse. »

À nouveau ses yeux clairs se posent sur le patriarche des Drake pour le fixer longuement, continuant de savourer le repas offert.

« Y aurait-il quelque chose dont vous voudriez nous faire part, monsieur ? Des faits qui vous inquiètent et qui ne serait pas nécessairement lié à nos familles ? » Elle soupir. « Warwick Bay se fait de moins en moins chaleureuse, n'est-ce pas ? Les inquisiteurs ne cessent de gagner en pouvoir et les colons quant à eux se laissent aveugler par leur peur... » Assiette fini, elle s'enfonce dans sa chaise. « Quoi qu'il en soit, votre proposition est généreuse et c'est bien plus que nous n'attendions de votre famille... Mais nous ne pouvons pas vous donner une réponse positive pour le moment, pas sans le consentement de Dimitri. J'espère que vous comprenez... D'ailleurs, qu'en est-il de votre fille ? En tant que matriarche, ne devrait-elle pas avoir son mot à dire ? N'est-ce pas elle qui devrait gérer cette entrevue à votre place ? »
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le 06.08.17 19:08
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