(Sur)vivre à la vue de tous.

[Page 1 sur 1]


_________________
avatar
Regardez-les. Ils sont là, heureux, prétentieux, irrévérencieux. Ils parlent, se pavanent, rient. De leurs existences si pitoyables, si frivoles, ils racontaient leur quotidien tels des exploits de contes de fée. Ils embellissaient leurs actes, exagéraient leurs propos afin de les rendre plus percutants. Les femmes exposent leurs plus belles toilettes, pensant charmer le meilleur des partis rien qu'avec leurs artifices qui restent que de creux attributs. Et les hommes qui tombent dans le panneau, mais qui ont ce besoin éternel de prouver leur semblant de virilité aux yeux du monde, de montrer qu'ils ont un nom et un honneur. Quel honneur ? Sans oublier les enfants, ces enfants qui vous paraissaient innocents et insouciants, mais finalement, qui emprunteront le même chemins que leurs progéniteurs. Un inlassable cercle, toujours et la même mélodie d'horreur. Tout était joué, telle une pièce sans fin, sans fond. Tout n'était qu'un jeu pour eux. Pour eux, les blancs.

Qu'est-ce qu'elle les détestait. Il n'y avait pas une seule fois où sa haine s'apaisait. Certains de ses confrères tentaient d'apaiser ce feu de rage bouillonnant au sein de son être, mais elle transpirait la rancœur. Même lorsque les blancs ne posaient point leur attention sur la malheureuse et pitoyable esclave qu'elle était, Tallulah émanait cette animosité perpétuelle. Mais ils étaient rares les moments où les peaux pâles l'ignoraient, car même là, dans la rue, à traverser le marché, elle était hantée par leur présence. La jeune femme marchait droit, sans un regard déviant, avec une démarche pleine d'assurance. Elle ne laisserait pas ces regards maudits, ces injures, ces crachats ou ces attaques physiques l'atteindre. Bien au-dessus de toutes ces offenses machiavéliques, Tallulah se situait. Après tout, elle était normalement dans la catégorie des citoyens de Warwick Bay, non ? Elle pouvait déambuler comme tous hommes et toutes femmes en ce bas monde. Enfin, pas selon les blancs et les maîtres.

Et bien non, une esclave ne pouvait se permettre de vagabonder dans les rues de la ville sans une certaine autorisation. Ce qui signifiait sa présence à l'agora. Les Kenway l'avait envoyé faire le marché. Tout d'abord, parce que leur garde-manger ne semblait pas assez rempli à leur convenance, mais également pour jauger la concurrence dans le domaine du textile. Même si cette dernière était minime, les maîtres préféraient être prévoyants. Sauf que le marché était l'endroit où se réunissait la plus grande majorité des citoyens de Warwick Bay. Là où pullulaient les blancs. Rien que d'y penser, des haut-le-corps envahissaient ses membres. Mais se mêler à eux, prouvait qu'elle n'était pas effrayée au fait d'avoir elle aussi ses droits. Son chemin était parsemé d'embûches, mais la sorcière n'avait aucun mal à les affronter. Et ce fut au premier stand de légumes qu'elle commença son ascension vers les enfers.
Voir le profil de l'utilisateur
le 19.04.17 13:17
Edward avait à faire en ville. Bien qu'elle ne l'accompagne que très rarement, elle avait décidé d'y aller avec lui pour acheter quelques ingrédients. Sonja avait l'impression qu'il était content de pouvoir sortir avec elle. Quelque part, elle pense qu'en s'affichant avec elle, il pourra peut-être faire changer les mentalités. C'est un espoir totalement fou qu'il a. Qui voudrait s'afficher en tant qu'ami avec une négresse ? Pour la plupart des blancs, les noirs ne sont bons qu'à être des esclaves, à les servir sans discuter et à se prendre des coups de fouets pour obéir.

A peine arrivée en ville, elle pouvait voir les quelques blancs chuchoter entre eux tout en regardant la charrette passer dans la rue. Quels genres de mots sont-ils en train de murmurer ? Des insultes ? Leurs incompréhensions ? La jeune femme se contenta de les regarder de haut, d'une manière indifférente pour leur montrer que rien ne pouvait l'atteindre. De sa part, s'était gonflée, s'était presque provocateur et elle s'en fichait. Plus jamais elle ne se laisserait rabaisser par des blancs, ni par qui que ce soit d'autre, qu'importe sa couleur de peau.

Edward laissa Sonja au marché, pendant que lui allait faire ce qu'il avait à faire. Sans peur, elle avançait pour narguer tous ses idiots, elle avait passé une magnifique écharpe en soie que lui avait offert Ed pour la remercier d'être toujours auprès de lui et de s'occuper de lui, malgré les difficultés qu'il peut éprouver depuis son lointain accident. Des regards noirs la foudroyait, mais elle ne baissait pas pour autant les yeux. Que la jalousie les anime si ça les amuse. Au loin, il lui sembla reconnaitre une silhouette, celle d'une esclave qui n'a pas encore la liberté. Se fichant des gens présents, elle se faufila jusqu'à Tallulah pour la saluer. "Cela fait longtemps que je ne t'ai pas vu. Je suis heureuse de voir que tu as l'air en forme." Elle avait qu'elle en avait l'air, car elle ne pouvait pas voir sa peau sous ses vêtements, peut être marqué par des coups comme elle-même en porte les stigmates. "Tes blancs t'ont chargé de venir faire des courses ? Ils ne sont toujours pas capable de le faire eux-même !" Ceci lui importait peu qu'on puisse l'entendre. Elle était libre et n'a de toute manière jamais aimé avoir de barrière.
Voir le profil de l'utilisateur
le 19.04.17 21:38

_________________
avatar
Un léger sourire anime ses lèvres en entendant cette voix familière qui vient s'immiscer jusqu'à ses tympans. Sonja. Une femme à présent libre, mais qui avait tout comme elle, goûté à la terrible condition d'esclavage. Ce que Tallulah appréciait chez elle, était ce désir perpétuel de montrer aux autres qu'elle n'était pas aussi domptable qu'ils pouvaient le prétendre. Bien que désormais, elle n'avait plus ces chaînes que Tallulah avait malheureusement encore, Sonja n'avait jamais abdiqué si facilement aux maîtres. « Je préfère montrer que tout va bien, pour ne pas leur donner raison. » Répondit-elle la voix souriante, mais en tendant l'oreille, il y avait ce doux sarcasme véhément qui tressautait à chaque fois qu'elle faisait référence aux maîtres. Bien qu'elle n'était pas du genre à s'apitoyer sur son sort, la douleur était aussi indéfinissable qu'indélébile. Sonja savait qu'il fallait garder la face pour ne pas donner le plaisir aux blancs, qu'eux, les esclaves, courbaient si facilement l'échine et subissait cette torture avec plaisir.

« Nan vois-tu, ils ne veulent pas se donner la peine de se mêler à la populace. » Il y avait ce faux sourire qui transpirait l'ironie et le dédain, qu'elle comblait par cette voix insouciante, surtout lorsqu'elle reçut l’œillade inquisitrice du marchand face à elles. « En même temps, sur ce point-là je les comprends. » Cela la rendait malade d'être autant à proximité de cette masse blanche humaine, mais chaque jour était une lutte continuelle. Alors, elle fixa la liste gracieusement donnée par les Kenway et analyse la marchandise à ramener. Au fil du temps, elle s'était perfectionnée dans la lecture. Certaines lettres ou accords lui posaient encore quelques problèmes, mais les Kenway avaient tenu à ce qu'elle connaisse les bases de leur langue manuscrite afin de davantage les aider dans ce genre de tâches. Ce n'était pas donc par volonté d'enseigner à son prochain qu'ils avaient fait cela, mais simplement par intérêt. Comme toujours. Puis son regard se pose à nouveau sur Sonja. « Toi aussi ça fait longtemps que je ne t'ai pas vu. Que fais-tu là ?  »Elle devait avoir une vie bien plus palpitante que la sienne, loin des fouets et des insultes. La liberté était surement bien meilleure à supporter, alors il était normal qu'elles se voient de moins en moins.
Voir le profil de l'utilisateur
le 22.04.17 13:46
La jeune femme gardait la forme et l'espoir, c'était le seul moyen de s'en sortir quand on est l'esclave d'une famille de blanc. Elle comprenait parfaitement ses paroles pour être passé par là, elle aussi. Même une fois libre, il faut savoir rester fort, car les regards et les insultes peuvent parfois pleuvoir. Avec le temps, ceci s’est un peu calmé au passage de Sonja. Tous doivent savoir qu'elle n'est pas du genre à être intimidé facilement et qu'ils ne pourront pas la briser. Son ancienne famille a essayé pendant des années et elle ne sait jamais laisser démonter. Tant pis si ceci lui a apporté plus de coup, de malheur et de tristesse, c'est ainsi qu'elle a décidé que serait sa vie. Hors de question d'être docile, de faire comme les autres esclaves qui s'agenouillent pour éviter la douleur. C'est grâce à tout ce qu'elle a vécu qu'elle est aussi déterminée et qu'elle est devenue une âme vengeresse. Tallulah n'était pas bien différentes d'elle et ceci lui plaisait. Dans le lot, il faut bien que quelques esclaves soient forts.

Comme bon nombre de riches familles, celle de son amie esclave n'était pas venue faire ses propres courses. C'est tellement basique de les voir envoyer leur esclave. Ceci leur évite de fouler le sol boueux avec leurs chaussures hors de prix. Sonja haussa les épaules à ses paroles. Qu'ils restent dans leur trou, qu'ils se terrent derrière les murs de leurs maisons si ça leur chante. "A force de nous laisser tout le boulot, ils vont finir par s'engraisser et ne plus pouvoir bouger. A ce moment-là, on aura plus qu'à leur donner le coup de grâce !" Sa voix n'avait pas changé d'intensité et si un blanc avait entendu, elle s'en fichait. De toute manière, elle avait parlé sans dire qu'elle parlait des blancs. Quelqu'un ayant pris la conversation en cours pourrait penser qu'elle parle d'animaux.

Tallulah voulut savoir ce qu'elle faisait là. Elle se montra le sac en toile où il y avait déjà quelques victuailles qu'elle avait achetées. "Il faut bien manger. Même si je m'occupe du jardin, il me manque certains ingrédients. Je pense aussi acheter du tissu pour me faire des vêtements. Et j'ai bien envie d'en prendre du joli, juste pour rendre jalouse toutes ces blanches qui se pavanent..." La dernière partie n'était qu'une parole en l'air. Ce n'est pas le style de Sonja d'avoir des vêtements de luxe. En aucun cas, elle n'a envie de ressembler à ces poules blanches qui se croient belles derrière leurs robes en soie. De toute manière, elle n'aurait surement pas assez d'argent pour s'acheter ce genre d'étoffe. Quoi qu'il en soit, les regards des quelques personnes qui l'avaient entendu parvient à la faire sourire. "Je crois qu'aucun d'eux ne pourrait supporter la réussite d'une noire !" chuchote-t-elle à l'oreille de son amie. "Je peux t'aider à faire tes courses ? J'ai presque fini et Edward ne sera pas là avant un petit moment." Son aide, elle l'offrait à son amie, pas à la famille qui l'envoyait faire les courses.
Voir le profil de l'utilisateur
le 22.04.17 21:10

_________________
avatar
Un sourire amusé esquissa le visage bariolé de Tallulah. En entendant Sonja, il y avait cette impression où il n'y avait plus aucune barrière entre les esclaves et les autres. Les limites ne seraient pas qu'une illusion appartenant à un mauvais rêve tissé de toute pièce par les blancs. Sauf qu'ici le réveil demeurait bien plus brutal. Tallulah refusait de se bercer de chimères que certains contait tout bas. Elle, ce n'était pas qu'une question de rêve. Elle, elle désirait du concret. Bien que l'espoir grondait au creux de ses entrailles, la volonté d'agir était bien plus vorace. D'ailleurs en parlant de coup de grâce, Tallulah n'attendait plus que ça. Mais patienter n'était pas l'une de ses vertus fétiches, malheureusement. Seul Whisper parvenait à contenir cette rancœur bouillonnante. Mais pour combien de temps....? Ses yeux transpiraient l'animosité et reflétait une âme brisée prête à se venger, mais les mots de Sonja avait le don de la distraire. « De toute manière, ce n'est pas parce qu'on a de beaux vêtements que notre âme l'est tout autant. » L'âme. Parfois, elle se disait bien souvent que les blancs en étaient dénués.

Tallulah baissa légèrement la tête afin d'écouter les messes basses et approuva d'un signe positif. Un nègre, réussir dans la vie ? Impensable pour ces hommes et femmes, pâle de peau. Vous aviez beau travailler toute votre vie, en payant de la sueur de votre front, des douleurs musculaires et de l'épuisement de votre être, la reconnaissance était inaccessible. Oh, il y avait la fierté personnelle, mais ne comptez pas sur la bénédiction de ceux qui se prenaient pour les rois du monde. Tallulah gonfla de colère sa poitrine, avant de hocher le visage face à la proposition de son amie. « Si ça peut me permettre de gagner un peu de temps libre, avec plaisir. » Tallulah n'était pas du genre à jouer les braves ou les orgueilleuses. Enfin si, mais pas devant ses amis ou ses frères et sœur de couleur. Se serrer les coudes était naturel, une des choses qui prouvaient qu'ils avaient plus de coeur que certains. Alors, elle lui tendit la liste, montrant les désirs retranscrit sur papiers des Kenways. « Madame a l'intention de faire une petite sauterie en hommage à son mari qui revient de voyage. » Elle grince légèrement des dents, parce que cela signifiait davantage de boulot sur le dos. D'ailleurs, lorsqu'elle faisait référence à la dame de la maison, Tallulah avait l'impression de s'arracher la gorge en crachant les mots. « Sauf que bien sûr, Madame ne veut s'occuper de rien. » La sorcière se tourna ainsi vers l'un des marchands, constatant que son stand ne contenait pas ce qui l'intéressait. Alors, elle reprit lentement sa route, faisant attention à ce que Sonja lui emboite le pas. « Elle serait apparemment prête à tout pour son cher mari, mais pas au point de mettre la main à la pâte. » Conclua-t-elle d'une douce et amer ironie.

Spoiler:
Je suis tellement désolée de mon temps d'attente.... J'avais des exams et d'autres choses à gérer c'était la galère  cute2  Encore sorry ♥
Voir le profil de l'utilisateur
le 21.05.17 0:40
Voir des personnes comme elle, de même couleur de peau, toujours esclave à le don d'énerver Sonja. Hélas, elle ne peut rien faire ! Seule, elle ne peut pas agir et elle a déjà son propre combat à mener. Tout ce qu'elle peut faire c'est les soutenir et espère qu'ils puisseen un jour retrouver la liberté tout comme elle. Cela serait si merveilleux si un homme ou une femme comme Edward pouvait avoir le cœur de les libérer. Sauf que ce n'est pas le genre de blancs qui courent les rues. Et même s'ils ont de l'argent, ils n'iront surement pas le dépenser pour libérer un esclave. L'argent que Ed gagne, sert en plus de nourrir et acheter ce dont il a besoin à constituer une nouvelle cagnotte dans l'espoir de surement sauver quelqu'un. Pour l'heure, il n'a pas assez et les maitres des esclaves sont assez fourbes pour augmenter le prix en sachant qu'il y a une certaine demande. Au final, ils cherchent à éviter de se retrouver avec tout un tas de noir libre et pouvant se révolter. Triste vie qu'est la leur ! "Je me demande parfois si les blancs ont une âme ?" songea la jeune femme. Pour être aussi horrible avec des êtres humains, les réduire à l'état de servant, c'est à se demander s'ils sont réellement humains.

La seule chose qu'elle pouvait faire pour le moment pour aider Tallulah c'est l'aider à finir les courses ordonnées par son maitre. Elle était donc ravie qu'elle accepte la proposition ce qui la fit sourire avec douceur, le genre de sourire qui n'apparait que pour les personnes qu'elle apprécie. Ainsi, la femme à qui elle "obéit" voulait organiser quelque chose pour le retour de son mari. Tallulah était donc chargée de faire les courses pour cela. "Le jour où l'une de ces riches blanche saura faire quelque chose d'elle-même, il risque d'y avoir un cataclysme !" dit Sonja en plaisantant, mais en imaginant tout de même ceci faisable. "Montre-moi ta liste, qu'on termine ça rapidement !" Elle attendit qu'elle lui montre pour voir tout ce qu'elle devait se procurer pour la sauterie de ses maîtres. "Dis-moi, si tu avais un moyen de les éliminer, sans qu'on sache que ce soit toi qui les a tués, tu le ferais ?" demande Sonja par curiosité.
Voir le profil de l'utilisateur
le 21.05.17 16:58

[Page 1 sur 1]

Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum