A la rivière ...

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La vengeance indigène
L'astre solaire, cet admirable frère lumineux était déjà depuis de longues heures sorti de sa torpeur au dessus de la ligne de crêtes montagneuses d'où il émergeait d'une orientale aube pâle. Il avait eut le temps de parcourir l'azure pour approcher son zénith et darder la prairie de ses rayons grandioses, amenuisant de minutes en minutes l'emprunte des ombres que dessinaient les reliefs animés ou immobiles à la surface de la terre.

Wakiza était de ces créatures vivantes et véloces qui  ombrageaient les herbes et les pierres sous ses pas alertes. Mais il arpentait son territoire de chasse depuis plus longtemps que le frère soleil aujourd'hui. Il s'était éveillé, vêtu et frugalement restauré d'une poignée de fruit séchés bien avant que l'astre lumineux  n’apparaisse et n'établisse parfaitement le jour.

C'était son lot de chasseur. Wakiza savait que selon  le moment où l'on se mettait en traque, l'on avait des chances variables de trouver telles ou telles proies.

Mais c'était bien au petit matin, lorsque la lumière blafarde du jour naissant nimbait l'orée de la forêt dans une semi-torpeur propice aux embuscades, qu'il avait l'avantage de surprendre par la rapidité cruelle et meurtrière de ses flèches, les garennes, faisans et autre opossums qui glanaient leurs pitances matinales dans le sous-bois.

Cette matinée avait par ailleurs été propice et mère nature, providentielle et juste, avait récompensé  Wakiza de sa générosité en lui permettant de croiser le chemin d'un couple de faisans bien dodus qu'il avait unis dans la mort  avec une habilité remarquable grâce à son arc. Il avait alors accroché les deux volatiles par les pattes à sa ceinture de cuir au coté de sa hanche, laissant la douceur du plumage chamarré lui caresser la cuisse à chaque pas qu'il faisait dans les hautes herbes alors qu'il avançait  sur la pente douce menant  vers la rivière qui ondoyait paisiblement le chant cristallin de son cours.

Mais alors qu'il pouvait apercevoir le scintillement du courant luire en contre-bas, son ouïe fine fut attirée par le chuintement discret d'un mouvement dans les vagues lascives que formaient les herbes balayées par le vent tiède de la prairie. Wakiza stoppa net son pas et resta suspendu à l'écoute d'un nouvel indice sonore. Était-ce le vent qui s'était joué de ses perceptions comme il le faisait actuellement avec les mèches libres de sa chevelure de gaie qui dansaient sur le cuivre de ses épaules nues? ... Il s'autorisa à poser le pieds au sol tout en abaissant sa main sur le manche de son poignard, sagement  enchâssé dans son étui de cuir tanné.

C'est au moment où son pieds rencontra le froissement des herbes sèches à l'épiderme du sol et que sa paume se referma sur son arme de poing qu'un nouveau bruit de mouvement s'éleva d'entre les ondulations herbacées  juste devant lui. Le Chasseur aiguisé plissa son regard et un léger sourire se dessina sur ses lèvres ... un lièvre était tapis juste là, à trois mètres tout au plus ...

Wakiza savait à quel point ces "petits frères à grandes oreilles" étaient vifs et agiles pour décamper quand ils se savaient menacés et découverts. Le Mohawks se doutait que l'animal l'avait très certainement déjà repéré mais qu'il espérait passer inaperçu en restant  silencieusement caché là.

Au dessus d'eux un aigle qui tournoyait  entre les courants en admirant indubitablement la scène siffla le début des hostilités.

Le chasseur  bondit le plus rapidement possible en brandissant le scintillement de sa lame qu'il avait dégainée mais le lièvre qui s'attendait à une telle attaque répliqua par autant de vélocité et jaillit de sa planque herbeuse pour filer droit devant lui en exécutant à l'improviste de prompts changements de directions.

Wakiza  eut beau user de toute son agilité et tenter de rattraper le retard que l'animal  agrandissait entre eux à chaque secondes de cette course effrénée dans les hautes herbes. Mais "Tahonhtané:ken" et ses oreilles à pointes noires finirent par remporter la partie et le chasseur dut abandonner la poursuite à bout de souffle, les mains sur les genoux et une sacrée suée lui perlant le front.

Wakiza salua humblement la rapidité et la malice de ce petit frère d'un soupire amusé alors qu'il reprenait le chemin de la rivière. Pour le coup, la monté de chaleur que cette course lui avait donné, allait  d'autant plus trouver son agréable réponse dans la fraîcheur revigorante de l'onde transparente qui chantait plus clairement à chaque pas qu'il faisait vers le cours d'eau.

Quand il y parvint, Wakiza prit le temps d'admirer la paix magnifique et verdoyante des lieu. Il détacha de sa hanche ses deux pièces de gibier qu'il attacha à la fourche d'une branche d’arbrisseau sur la berge. Puis il fit de même avec son arc, son carquois, son poignard, son pagne et sa ceinture de cuir ocre.

Ainsi dans le plus simple appareil, il entra  dans l'onde non sans ressentir le frisson irisant et bienfaiteur de l'eau fort frisquette par cette saison printanière.

Quand le courant paisible lui arriva à mi-cuisse et dessina de lumineuses ondulations sur sa peau bronzée, il leva les bras vers le ciel et entonna le chant d'une prière de remerciement aux généreuses forces de la nature qui lui prodiguaient leurs bienveillantes ressources.

"Je te salue, toi, journée si belle ! Que tu me donnes de la force pour faire le bien et qu’ainsi le soir, je puisse me coucher sans avoir honte."

Puis il s'immergea totalement d'un seul plongeon  et resta sous la surface une dizaine de secondes avant de réapparaître, étincelant de gouttes d'eau qui brillaient comme autant d'éclat de diamant qui glissaient de concert sur sa peau. D'un rapide mouvement de tête il fit virevolter l'humidité de sa chevelure en un arc de cercle rapide qui projeta  une gerbe d'eau formidable  jusque sur la berge derrière lui.

Wakiza inspira les bienfaits naturels d'un tel bain et ferma les yeux un instant pour méditer et se recueillir, se croyant seul face à cette nature bienfaitrice dont il était  un fils aimant.
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La serpentine
« Mais il est fort ! Et il est beau... »
« Tu rêves les yeux grands ouverts, Ku 'chi, les esprits t'ont-ils rendu aveugle ? Wakiza ne reprendra jamais d'épouse. »

Les deux Indiennes sont là, à genoux sous la tente, l'une brossant les cheveux de l'autre. Elles discutent, l'une rêvasse alors que sa sœur aînée, plus terre à terre, lui rappelle la dure vérité. Qui est donc Wakiza ? Ce terrible guerrier, chasseur redoutable, celui face à qui personne n'osait tourner le dos. Et elle, discrète serpentine, écoutait. À genoux près de la couche, elle agitait les plantes fumantes, déversant leur essence sur le vieillard malade.

« Et toi Chenoa ? Quand trouveras-tu un mari ? »

La question surprend l'apprentie chamane qui hoquette de stupeur tout en pivotant le visage. Ses yeux sombres se dardent sur les deux sœurs qui la fixent avant d'échanger un rire. Ce n'est un secret pour personne, la sinistre créature n'attire pas les hommes. On préfère les femmes comme Ku'chi et Alianka. Elle ne répond pas, la chamane, face à la moquerie de ses consoeurs et se contente de se redresser doucement, abandonnant à même le sol ce petit ballot de plantes. Le rire des deux filles cesse immédiatement alors qu'elle dévisage la femme qui déjà, se dirige vers la sortie de la tente.

« Chenoa ? Chenoa, on en se moquait pas... Ne pars pas ! »


S'écrie Ku 'chi, la voix brisée par la culpabilité. Mais Chenoa est déjà sorti, elle a déjà ignoré les potentielles excuses alors qu'elle ajuste sur ses épaules la fourrure qui la protège du froid. Elle déteste le froid, après tout, sa nature ne réclame-t-elle la chaleur du soleil ? Elle serre les dents, agacée et se contente de filer droit, ignorant les visages, les salutations poli. Ici on sait, on est habitué, Chenoa n'est pas sociale, elle ne l'a jamais été. Alors on ne se vexe plus de son silence, de son faciès sombre et hermétique à toute forme de joie. On espère juste qu'elle ne soit pas de mauvaise humeur pour ne pas avoir à en payer le prix. Pour l'heure, ce qu'elle veut c'est le silence, c'est la nature et surtout la solitude. Ces deux pimbêches et leurs fantasmes lui ont rudement tapé sur les nerfs. Wakiza... Pourquoi est-ce toujours Wakiza ? Quand cet homme cessera-t-il de la hanter ?

Le pas rapide, décidé, elle se fraye un chemin entre les arbres morts, dépouiller de leur feuillage. Non, elle n'aime vraiment pas l'hiver... Rien que la vision immaculée de la neige et ce ciel grisonnant lui donnent la nausée. Mais le printemps sera bientôt là et elle sait que le soleil apportera avec lui, un peu de baume dans son cœur. Bientôt l'eau de la rivière et ses ondulations apportent un fin réconfort. L'eau, elle a toujours adoré ça mais il est difficile de pouvoir en profiter quand les températures sont si basses. À défaut de pouvoir si baigner, sans doute pourra-t-elle au moins trouver le réconfort dans sa contemplation ?

Je te salue, toi, journée si belle ! Que tu me donnes de la force pour faire le bien et qu’ainsi le soir, je puisse me coucher sans avoir honte.


Elle se crispe, Chenoa. Son cauchemar se tient là, debout dans la rivière, nu comme au premier jour. Il clame son amour à mère nature et ainsi, il aurait presque l'air d'un fou. La serpentine pince les lèvres, hésite. Partir serait sans doute la meilleure solution mais alors qu'elle s'apprête à tourner les talons, c'est le bruissement des brindilles sous sa botte qui trahit sa présence. La femme soupir longuement, lève les yeux au ciel alors qu'elle maudit cette journée tout entière. Son regard se porte sur son comparse et d'une voix éteinte, froide, elle susurre.

« Je n'ai rien vu, c'est promis. »

Affirme-t-elle en levant une main en signe de paix mais surtout pour cacher la vision de l'Indien qui lui, savourait sa baignade sans une once de pudeur. Pire, il ne semble pas se soucier du froid et cela fit rapide tiquer la jeune femme de dix ans sa cadette qui lâche, abrupte.

« Tu devrais sans doute sortir de l'eau, tu vas attraper la mort... »
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La vengeance indigène
Une fois ses yeux fermés et son souffle apaisé s’imprégnant des bienfaits du frimas printanier, le guerrier en "tenue d'Adam"  tenta de se connecter spirituellement aux forces  élémentaires de la nature qui occupaient tout ce qui l'entourait. Wakiza aimait ces moment de recueillement spirituel  simple mais intense. Son animisme ne souffrait aucunement de ne guère s'appuyer sur l'utilisation de colifichets magiques ou d'autres amulettes sacrées. Il savait que la plus puissante des formules étaient celle que l'on prononçait avec l’entièreté de son âme et de son coeur. Ce qu'il faisait en ce moment même, les pieds dans l'eau froide et le corps  comme à son origine, vaisseau de l'âme des humains véritables.  Aucune église sinistre, aucun autel austère ... il n'y avait que son âme et l'univers qui communiquait parfaitement, absolument.

Ainsi absorbé par ce recueillement, bercé par les chants discrets de mère Nature, le Kanienkehaka n'entendit pas  le fin craquement  de brindille sur la berge ... à moins que ce ne soit encore un peau d'eau  qu'il devait avoir dans le pavillon de l'oreille ... Mais toujours est il qu'il ne comprit qu'il n'était pas seul, et qu'on l'observait de surcroît , quand une voix féminine s'éleva  à environ une vingtaine de pas en amont du cours d'eau.

« Je n'ai rien vu, c'est promis. »

Cette fois-ci il  était impossible que l'ouïe ravivée du chasseur ignora la présence inopportune qui brisait le charme spirituel de ce bain. Il fit volte face en proie à la plus vive des surprises et  reconnu immédiatement la silhouette de la jeune guérisseuse bien qu'elle fit mine de lui accorder encore un peu de pudeur en  voilant l'impudeur contemplatrice de sa vision avec sa main fine.
La déconvenue d'une situation aussi  génante lui en fit presque perdre toute contenance sinon le maintient de son équilibre  tant il manqua de peu de glisser sur les pierres rondes et lisses qui tapissaient le fond de la rivière.
Certes la nudité n'est pas une chose outrageusement honteuse dans sa culture, apres tout l'Homme est fait de peau et des détails qui l'agrémentent. Mais ce fut bien plus le fait de se retrouver dans le plus simple appareil devant "Elle", Chenoa, qui lui fit perdre  quelques peu l'équilibre alors qu'il fléchissait les genoux pour ne pas s'étaler purement et simplement dans l'onde fraîche.

Le second réflexe, une fois l'assiette retrouvée, fut de masquer l'intimité de son entrejambe de ses mains. Car une fois encore, bien que tout homme qui se respect n'eu pas a rougir de faire étalage de ses attributs virils, Wakiza lui  avait tant de fois essuyer les colibets jaloux de ses camarades masculins à propos de ses "proportions avantageuses" qu'il dévellopa le reflexe d'en cacher pudiquement l'imposance. C'eut été n'importe qu'elle personne qui l'aurait surpris  dans une telle situation il se serait naturellement caché ... mais que ce fusse Chenoa qui le prenne sur le fait et puisse ainsi le voir, était pire encore.

« Tu devrais sans doute sortir de l'eau, tu vas attraper la mort... »

Le voila qui se sentait ridicule et honteusement atteint dans sa fierté masculine. Bien que le conseil donné  fut entendu comme étant juste, et ce malgré la resistance naturelle dont Wakiza était doté, il se tint là, relevant  le buste et bombant le torse avec une once d'arrogance qu'il brandissait comme un dernier rempare de pudeur mais gardant néanmoins les mains jointes sur son bas ventre. Un grondement de vexation ronflait en sa poitrine alors qu'il toisait d'un regard plein de reproche la jeune femme, emmitouflée elle dans ses fourrures hivernales.

" Tourne toi donc Chenoa! je te croyais être une femme pleine de pudeur ..."

Tenta-il de l'incriminer maladroitement alors qu'il se dirigeait vers la fourche d'arbre où étaient suspendus ses effets personnels. Puis s'assurant d'un regard oblique qu'elle ne profitait pas qu'il soient en train de se rendre plus présentable pour le scruter d'impudeur, il soupira contre lui-même son manque d'attention et de prudence. Pour le coup ce n'était que Chenoa qui l'avait surpris - aussi troublant et vexant cela puisse-t-il être d'être vu à poil par cette femme qu'il estimait tant ...- . Mais ça aurait put tout aussi bien être un guerrier d'un village ennemis , ou pire encore un visage pâle .. quoi que là il y aurait  vraiment trop peu de chance pour qu'il ne l'entendit pas approcher ... même  en pleine méditation spirituelle ...

Quand enfin il fut  plus a son aise, Wakiza se détendit et se dit qu'il n'avait aucune raison d'être plus désagréable que ça avec Chenoa.Ne l'avait elle pas  préservé d'une honte plus grande en  faisant mine de ne pas l'épier de façon éhontée. Il se posa donc assis sur une pierre ronde  qui bordait la rivière et  osa lui accorder un petit regard plein  d'une gène fière mêlée d'un sérieux qui tentait de changer  de sujet ...

"Que viens tu faire de ce coté de la rivière ?"
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La serpentine
Tourne toi donc Chenoa! je te croyais être une femme pleine de pudeur ...

L'accusation crispe la jeune femme. Elle détourne bien vite le regard alors que son comparse s'extirpe de l'eau glaciale, manquant de glisser et de tomber dans la rivière. La pudeur, oui... Il était vrai qu'elle y était plus sensible que d'autres, sans doute beaucoup trop pour dire vrai. Pourtant, outre le reproche, la chose sonnait comme une forme de compliment, comme si cette pudeur qu'elle mettait constamment en avant, était une bonne chose. Chenoa reste silencieuse, dos tourné à son compère et reste là, immobile dans le froid à fixer l'eau qui ruisselle lentement dans la rivière. Elle attend qu'il s'habille, qu'il se détente aussi, pourquoi pas. Quelle ironie pour elle qui était tendue comme jamais. Elle resserre sa fourrure alors que la brise glaciale de l'hiver la caresse. Elle attend, respect l'intimité du guerrier.

Que viens tu faire de ce coté de la rivière ?

C'est vrai, que fait-elle encore là, après tout ? L'Indienne aurait simplement pu fuir dès l'instant où elle avait fait savoir sa présence, dès le moment où wakiza avait râlé contre la gêne qu'elle lui avait occasionnée. Et pourtant elle était toujours là, repensant à ces deux sœurs et leurs fantasmes qu'elle maudissait intérieurement. Dans son silence pesant, la jeune femme pivote doucement, dardant ses yeux sombres sur l'Indien vêtu et assit sur une pierre.

« Je n'ai pas à me justifier de ma présence ici. »

Siffle-t-elle sur ce même ton glacial et distant dont elle usait constamment. Quoi de mieux pour décontenancer Wakiza mais qui devait certainement s'y attendre. Il la connaissait si bien, depuis le temps. Bien et pas du tout à la fois, en fait. Ses bottes de fourrures glissent sur la neige qui crisse sous chacun de ses pas. Elle s'approche doucement, baisse les yeux. Le regarder était toujours difficile. Ce n'était plus une question de pudeur, c'était juste la peur. L'angoisse qu'il la sonde, qu'il voit en elle ce qu'elle refusait de lui dire depuis un moment déjà. Oui, Wakiza était beau et fort comme l'avait si bien mentionné Ku'chi mais ce n'était pas ça qui l'intéressait. Ce qui l'avait toujours frappé chez lui, c'était son vécu, cette douleur avec laquelle il vivait. Pire, survivait. Mais il tenait bon, il le faisait avec fierté mais pas sans cruauté. D'un geste lent, la jeune femme ouvre son manteau de fourrure et le laisse glisser le long de ses bras, offrant la vue d'une tenue plus simple. Les bras nus, elle se penche au-dessus du chasseur et vient déposer la fourrure sur ses épaules. Il aurait beau dire, après une telle baignade, le froid devait sans doute le tétaniser. C'est donc d'un geste bienveillant et doux qu'elle le couvre, presque comme une mère. Chenoa se plie à son pire ennemi, le froid, pour mieux le préserver lui alors qu'elle s’accroupit doucement devant Wakiza, pressant son épaule de ses doigts fins.

« Soit gentil, Wakiza... ne me cause pas plus de soucis que tu ne le fait déjà chaque fois que tu coures après la mort. »

Souffle-t-elle sur le ton de la confidence, plongeant son regard dans le sien. Elle affronte ses yeux noirs, son faciès fermé. Sans doute lui ferait-il encore savoir sa façon de penser. Mais c'est comme cela qu'elle l'appréciait, elle n'avait jamais voulu qu'il soit autrement que ce qu'il était. Et puis, Chenoa se sentait moins seule dans sa noirceur avec lui à ses côtés, qui lui ressemblait tant.

« J'ai appris que... Tu allais partir à la casse à la bête avec les blancs, est-ce vrai ? »

Malgré elle, son regard vacille. L'inquiétude la ronge, mais pas seulement pour lui. Chenoa baisse les yeux, de peur d'être trahi par ses angoisses alors quelle se redresse croise les bras sur sa poitrine en tremblant de froid. Elle ne sait pas ce qui lui déplaît le plus dans cet aveu, le savoir en danger à arpenter la forêt et être confronté à ce danger inhumain ou bien... Non, elle préfère ne pas y penser. Elle mue dans le silence à nouveau puis finit par briser le silence dans un murmure, une supplique douloureuse.

« N'y vas pas... s'il te plaît. »
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La vengeance indigène
« Je n'ai pas à me justifier de ma présence ici. »

Le chasseur hoqueta un soupire amusé et quelques peu désabusé. Car oui il s'attendait à ce genre de répartie de la part de guérisseuse. Car bien au delà du simple fait qu'il était de notoriété publique au sein du village que Chenoa avait un caractère bien trempé qui ne s'en laissait pas compter, wakiza savait également qu'il ya avait toujours eut une tendance a la défiance face au reproche et a l'autorité dans les humeurs de cette femme. Elle était ainsi, entière et indomptée. Et cela Wakiza ne souhaitait pas le changer. et d'ailleurs comment en aurait-il bien en être capable?.  si c'était le cas il l'ignorait pour l'heure.

Ainsi donc soupira-t-il avec un certain "divertissement" l'acceptation résignée de la présence injustifiée mais sommes toutes plutôt légitime sinon anodine de la belle indienne sur les rives de la rivière. Apres tout  ce cours d'eau ne lui appartenait pas et  y croiser ses semblables était chose courante. Si il s'était sentit  "prit au piège" en étant surpris  dénudé, il ne pouvait s'en prendre qu'à lui-même.

La silhouette massivement emmitouflée de fourrure de Chenoa vint se placer entre son regard pensif et le flux ininterrompu de la rivière qui coulait paisiblement en bruissant son chant aquatique et cristallin. Il y eut le craquement sourd et léger de la neige tendre sous les pas de ses bottines fourrées puis  l'instant d’après l'indienne s'était départie de sa peau de bête pour l'endosser sur Wakiza qui releva son regard révélant dans la lueur de celui-ci qu'il ne s'attendait nullement une telle marque d'attention bienveillante et réconfortante.

Ne la lâchant pas de la sincérité interrogative et touchée de ce regard, Wakiza suivit la descente que Chenoa effectua pour venir se placer accroupie devant lui, une main tendre et compatissante enserrant doucement son épaule musculeuse. Et c'est d'un subtil mais effectif étirement de sourire en coin qu'il écouta la prévenante demoiselle indigène lui avouer son inquiétude et au final l'une des raisons probables du geste qu'elle venait d'accomplir en le couvrant de cette chaude peau de bison tannée.

« Soit gentil, Wakiza... ne me cause pas plus de soucis que tu ne le fait déjà chaque fois que tu coures après la mort. »

Le zygomatique de sa bouche retomba dans le sérieux et le guerrier inspira ce moment de partage intime qui le mettait quelques peu mal à l'aise tant cela le touchait profondément. Il ne la priva pas néanmoins du lien de leurs regards mêlés. C'était une sensation si éprouvante de tant apprécier la présence d'une femme et de tellement la redouter simultanément. Pour sûr qu'il n'agissait pas volontairement dans le but de lui causer inquiétudes et tracas. Mais qu'y pouvait-il? lui aussi était ainsi et elle le savait.

Chenoa était certainement la personne qu'il estimait le plus en dehors de sa propre soeur et du chef du village. Lui causer ces inquiétudes n'était jamais un plaisir, ni même volontaire. Mais il lui fallait admettre que le monde était ainsi fait. Les hommes prenaient des risques nécessaires que les femmes redoutaient qu'ils dussent prendre. Mais ni elles ni eux n'entrevoyaient d'autres façons de parvenir à combattre l'adversité du monde qui les entourait ... de quelques natures qu'elle soit ... naturelle et substantielle ou invasive et sociale

Wakiza sentait bien que cette recommandation formulée comme un reproche allait être le préambule de l'expression d'une inquiétude plus tangible et concrète ... un tourment que la belle Chenoa, semblable à elle-même dans sa franchise ne tergiversa pas à formuler:

« J'ai appris que... Tu allais partir à la chasse à la bête avec les blancs, est-ce vrai ? »

Cette fois-ci le regard ténébreux du chasseur s'abaissa une poignée de secondes sur les colliers de perles qui pendaient autour du cou cuivré et tendre de Chenoa tandis qu'il expirait bruyamment l'affirmation d'un aveu silencieux.  Le froid faisait déjà cliqueter l'un contre l'autres ces petites parures de bois, de pierres et d'os sculptés sous lesquelles palpitaient les battement nerveux d'un coeur inquiet.
Wakiza était tout aussi suspendu à ce rythme anxieux que l'étaient les colifichets. Et c'est déglutissant qu'il entendit  la jeune femme prononcer cette supplique qu'il devinait et qu'il redoutait tant.

« N'y vas pas... s'il te plaît. »

Un froncement de narine et une nouvelle inspiration l'accueillit avant que Wakiza ne relève la détermination de son regard sur l'inquiétude de celui de Chenoa. Quelques secondes suspendirent cet échange silencieux avant qu'il ne réponde calmement avec avec paix. Car le sujet étant déjà épineux il aurait été inutile voire même néfaste d'y adjoindre de la véhémence.. surtout avec elle.

" Je suis guerrier autant que tu es guérisseuse Chenoa ... Penses plutôt à Nathorod qui désormais est veuf et ses trois enfants qui grandiront sans leur mère. Si nous ne faisons rien, d'autres pleureront les morts que Wendigo fera encore ..."

Wakiza repensa alors à cette réunion avec les Blancs sous le Teepee de la vieille chamane et il ne put réprimer un  grondement sourd qu'il étaya avec cette remarque:

" Et je refuse que les visages pâles pensent nous être supérieurs s'il parvenaient à tuer la bête sans nous sur nos propres terres ... cela les conforterait dans leurs mensonges d'envahisseur "

Le guerrier considéra la jeune femme d'une compassion détachée. A travers elle il voyait tous son peuple qui avait besoin de ses talents de combattants. Et c'est en la voyant désormais grelotter sous la morsure du froid ,les mains enfoncées sous les aisselles qu'il  renforça sa conviction qu'il devait faire ce geste intrépide. prendre le chemin de la guerre contre ce monstre à l'avidité sanguinaire qui menaçait les siens.

Comme pour appuyer le fait que sa décision était sans appel et irrévocable, Wakiza se redressa sur ses jambes en saisissant les mains de Chenoa pour la lever devant lui. Puis réchauffé par la bienveillance de cette tendre amie, il ôta la fourrure qu'elle lui avait prêtée et al reposa sur ses épaules froides qu'il enserra doucement de ses mains puissantes. Wakiza se savait en danger de mort dans cette entreprise mais qu'importe le froid, les blancs ou les monstres sanguinaires ... il ne laisserait pas ceux qui compte pour lui mourir sans rien faire. Dusse-t-il y laisser la sienne de peau ...

Il l'encouragea a aller de l'avant et à ne pas s'en faire ... Wakiza était un solide guerrier et un chasseur hors paire, il ne craignait ni le froid, ni les monstres car il savait avoir la chaleur protectrice de personne comme Chenoa, sa petite soeur, et le reste de la tribu.


"Rentrons Chenoa ... ce n'est pas un temps pour récolter les plantes médicinales"

Tout en marchant à ses cotés il la couvait alternativement d'un regard protecteur, presque paternaliste, quand il ne regardait pas droit devant lui, déterminé a faire face à ce que lui réservait le destin
Sentant que tout ceci affectait gravement la femme qu'il accompagnait de son affection sincère, il éprouva néanmoins le besoin de tenter de détendre l'atmosphère en glissant sur un thème bien plus trivial et léger.


"Et ne va pas raconter à tout le monde que je me baigne dans la rivière par cette température ...sinon ils vont tous dire qu'à force de me geler le cul dans l'eau, la glace me sera monté à la tête" plaisanta-t-il d'un air maladroitement réconfortant et faussement insouciant qu'il espérait probablement  en remède aux tourment qui se préfiguraient  dans un avenir proche.
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La serpentine
Je suis guerrier autant que tu es guérisseuse Chenoa ... Penses plutôt à Nathorod qui désormais est veuf et ses trois enfants qui grandiront sans leur mère. Si nous ne faisons rien, d'autres pleureront les morts que Wendigo fera encore ...

Oui, elle y pensait aux victimes et à leur famille. Mais il y avait bien des choses que Wakiza ignorait lui aussi, des choses qui lui ferait sans doute voir le monde sous un jour nouveau, s'il savait. La femme baisse les yeux, secoue doucement le visage. Cette échange est une véritable torture, rien n'était pire en cet instant que les divergences d'opinion et malgré les mots de son comparse, la serpentine n'arrivait pas à se défaire de cette peur maladive qui étreignait son palpitant.

« Je sais mais... Il n'est pas obligé que ce soit toi... Pourquoi, toujours toi ? Tu n'es pas le seul guerrier dans la tribu... »

Sa voix se meurt, fane. Quand WaKiza lui prend les mains, la jeune indienne frémit, parcourut par un frisson barbare qui n'avait rien avoir avec le froid. Ce contact doux et chaleureux la détendit quelque peu, mais le doute quant à lui persistait, l'angoisse aussi. Elle évite soigneusement de regarder le guerrier qui était prêt à faire don de sa vie pour le reste de la tribu et plus cette pensée se frayait un chemin dans sa caboche et moins Chenoa l'appréciait.

Et je refuse que les visages pâles pensent nous être supérieurs s'il parvenaient à tuer la bête sans nous sur nos propres terres ... cela les conforterait dans leurs mensonges d'envahisseur.

« Alors tout cela n'est qu'une question d'ego ? Et même si cela se produisait, cela ne changerait rien, wakiza ! Au finale à vouloir prouver que tu es meilleur qu'eux, tu te met à leur niveau. »

Rétorque froidement la femme alors que Wakiza fini par se lever pour venir lui rendre ses fourrures. La chaleur soudain qui l'envahit lui arrache un soupir bien qu'elle aurait voulu qu'il reste au chaud encore un peu, au moins le temps pour elle de s'assurer qu'il irait bien. Chenoa soupir longuement, de tristesse et de lassitude alors qu'elle resserre les fourrures autour de ses épaules, savourant la chaleur offert par ces peau d'animaux.

Rentrons Chenoa ... ce n'est pas un temps pour récolter les plantes médicinales.

Il met court à leur échange et une vague de malaise envahit Chenoa qui lève vers lui un regard anxieux. Il n'est plus d'humeur à sourire et elle ne peut s'empêcher de se dire que tout cela est de faute. Mais hormis les blancs, ce qui l'inquiète vraiment Chenoa, c'est cette bête. Sans un mot, elle se contente de suivre Wakiza, marchant à ses côtés alors que le guerrier tente une nouvelle pointe d'humour, sans doute pour détente l'atmosphère glaciale qui les entoure. Et cela marche, Chenoa esquisse un sourire avant de souffler un rire discret en secouant la tête.

« Que tu es bête, Wakiza... Allons, loin de moi l'idée de t'humilier et puis, si notre secret se savait, d'autres femmes que moi seraient bien tenter d'aller te regarder nager à la rivière. Je tiens à garder mon privilège... »

Murmure t-elle elle aussi avec humour, la malice dans la voix. Chenoa semble plus détendu mais bien vite, son masque de froideur remonte à la surface. Elle s'arrête de marcher et empoigne le bras de son comparse, le forçant à faire de même avant de siffler.

« Je t'en prie... Ne combats pas la bête. »


Elle insiste, plonge son regard dans le sien. Il n'est plus question d'inquiétude mais d'une terreur évidente lisible dans son regard sombre. Sa bouche se tord en plus grimace suppliante, Chenoa ressemble à une enfant à deux doigts de fondre en sanglots.

« Je ferais ce que tu veux mais ne tue pas la bête!!! »

Geint-elle. C'est trop tard qu'elle prend conscience de la tournure de sa phrase. La jeune femme se fige, levant vers Wakiza un regard paniqué. Qu'avait-elle dis, à l'instant ? Ne pas tuer la bête ? Pourquoi donc s'inquiétait-elle, soudainement ? C'était à y rien comprendre. Angoissée plus que de raison, la jeune femme recule soudainement, détournant le visage et s'éloigne d'un pas rapide, tentant de distancer le guerrier.

« Je... Je suis désolé... »
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La vengeance indigène
Le guerrier qui bien malgré lui et de manière aussi maladroite qu'inconsciente , flirtait avec cette femme, sentit que sa plaisanterie  parvint , un instant du moins à alléger la gravité du moment et de ses considérations.  La voir sourire et rire même était un véritable soulagement et  d'une certaine manière, un avant gout de printemps au coeur de la rigueur pâle de cette fin d'hiver.  Le visage enjoué de Chenoa avait pour Wakiza ce petit quelques-choses  de magique qui rendait le temps moins long et le quotidien moins terne.  Et puis il était si rare de voir ces deux là  se dérider un peu que même la nature  devait bien s'en rendre compte et apprécier  la félicité éphémère de cette joie passagère.

l'évocation du lien secret et privilégier qui les unissait rappela a Wakiza qu'il avait encore bien du mal à digérer son deuil. et quand bien même toutes les jeunes femmes célibataires du village auraient des vues sur lui, il ne se sentait toujours pas près a franchir le pas d'un flirt ouvertement avoué. Bien qu'avec Chenoa les choses étaient différentes .. si agréablement différentes .. il était hors de question qu'il accepta même un instant de le reconnaître. un soupire  de dilemme lui fendit le coeur tandis q'il écoutait le temps autour de lui.

Cette parenthèse de légèreté ne dura d'ailleurs qu'une poignée de secondes jusqu'à ce que Chenoa retrouve la gravité de son masque  d'inquiétude. la retombé morne eut l'effet contagieux de rendre Wakiza tout aussi fermé et ils continuèrent a marcher  de concert , silencieux  dans le petit sentier de neige écrasée qui serpentait entre les arbres en direction du village. Quand la guerrisseuse lui saisit le bras, Wakiza sentit qu'elle allait tenter d'enfoncer le clou ... Chenoa était ainsi .. aussi têtue et volontaire que lui-même l'était.

« Je t'en prie... Ne combats pas la bête. Je ferais ce que tu veux mais ne tue pas la bête!!!  »

L’échange de regards et l'intense détresse qu'il devine dans ses grands yeux noirs étreints le coeur courageux du guerrier.  Il a beau être d'une détermination sans faille et d'un courage remarquable. Il y a des moment où la force de persuasion d'une jolie fille parvient a faire vaciller , chanceler l’inébranlable volonté de Wakiza. Elle seule le pourrait .. enfin presque ..sa petite soeur elle aussi a ce dont  incroyable de pouvoir influer la volonté de Wakiza. Ne dit on pas que derrière chaque homme de pouvoir il y a une femme , qu'elle soit mère, soeur, fille ou amante ...

Mais cette insistance n'eut pas que l'effet de faire douter le Mohawk sur le bien fondé d'une telle pugnacité envers le monstre qui rodait dans les bois  à la recherche de nouvelles victimes ... cette insistance et cette détresse eurent tôt fait d’éveiller un étrange doute dans le coeur courageux et sincère de Wakiza.  dans son esprit il n'y eut qu'un mot ... un seul mot qui traduisait parfaitement cette sensation de ne pas tout comprendre et que tout ne lui était pas révélé... mais alors que Chenoa  s'excusait déjà de s'être montrée aussi insistante et persuasive, Wakiza laissa ce mot emprunt de doute et de suspicions  s'échapper d'entre ses lèvres brunes et charnues:

"Pourquoi? ..."

mais comme il s'entendait lui-même, il admit intérieurement que ce simple mot n'était en soit pas suffisant et il se sentit contraint de l'agrémenter de la source de cette interrogation .. il voulut que sa tendre amie sache ce qu'il ne saisissait pas. Wakiza se savait parfois trop peu loquace pour être compris.

"Pourquoi ne devrai-je pas le tuer Chenoa? ... pourquoi devrai-je laisser la vie à ce démon qui vole celle de nos proches ... "

C'était donc a lui cette fois ci d'avoir le regard d'une intensité  remarquable.  son coeur battait  plus vite car il sentait qu'il y avait derrière tout ce mystère, une raison occulte  qu'il redoutait d’entendre mais qu'il devait entendre.  A n'en point douter que si sa soeur elle-même lui avait formulé une telle requête et avec une telle insistance, Wakiza lui aurait également rétorqué ce "pourquoi", légitime interrogation de celui qui veut agir en toute connaissance de cause.

La mains de Wakiza vint se poser sur la nuque de Chenoa, flirtant de la fraîcheur de ses doigts  sur l'épiderme enfouie dans les fourrures et s’immisçant entre les mèches sombres qui cerclaient l'ovale charmant de son visage inquiet.

"As tu eu une vison?..."
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La serpentine
Pourquoi? ... Pourquoi ne devrai-je pas le tuer Chenoa? ... pourquoi devrai-je laisser la vie à ce démon qui vole celle de nos proches ...

La jeune femme bien décidé à partir, cessa pourtant le pas jusqu'à se figer. Durant un instant, la jeune Chenoa reste interdite, observant l'étendue immaculée de la forêt enneigée. Non, elle ne pouvait rien dire, elle n'avait rien à dire. Ou peut-être que si, peut-être avait-elle trop de choses à confesser. Mais là, comme cela ? Maintenant ? Non. Lentement, elle pivote la serpentine, dardant ses yeux sombres sur son comparse, sourcils froncés avant de souffler.

« C'est un esprit, Wakiza. C'est un esprit perdu, confus... Tu ne t'es pas dit que l'aider serait une bonne chose ? Mais toi, quoiqu'il se passe, tu ne jures que par la mort. »

Le ton est accusateur. L'indienne inspire longuement, détournant le regard. L'émotion se lit sur son visage. Qu'est-ce donc ? Perplexité ? Colère ? Tristesse ? Sans doute un peu tout à la fois.

As tu eu une vison?...

Chenoa lâche un rire nerveux, dépité. En cet instant, elle et Wakiza ne se comprenne pas et il lui semble difficile d'envisager une communication qui puisse réellement mener quelque part. Mais avec tous ces non-dits, Wakiza peut-il porter la faute de cette tension entre eux ? Bien sûr que non, c'est elle la fautive et l'apprentie chamane le sait parfaitement. Pourtant elle le toise, elle s'insurge un peu plus, agitant une main dans la direction de l'Indien, geste qui trahit une nervosité évidente.

« Il ne s'agit pas de ça, Wakiza ! Le wendigo est un esprit malade, il est en colère, probablement effrayé ! Malgré tout quelque chose le retient ici, c'est à nous de découvrir pourquoi ! Nous ne sommes pas comme les blancs, nous ne sommes pas là pour faucher une vie, mais pour en sauver une. »

Chenoa s'approche, soupirant lentement. Elle laisse son comparse la toucher, frissonnant au contact de ses doigts froids qui se glissent sous la fourrure qui la couvre. Malgré tout, ce rapprochement physique est agréable, le froid n'est qu'un souvenir lointain, seul compte la douce pression de l'Indien sur son derme. Ce geste suffit à la calmer, dompté, la jeune femme soupir et baisse le visage, fermant les yeux.

« Je ne te demande pas de comprendre, Wakiza... Je veux juste que tu réfléchisses un instant... J'ignore ce que l'Hoyaneh t'a dit... Mais s'il y a quelqu'un qui peut apaiser le Wendigo, c'est toi. »

L'indienne relève le visage puis à son tour, glisse ses mains sur les bras de son ami. Le geste est doux, tendre et surtout il est rare. Chenoa a rarement touché quelqu'un ainsi, pour Wakiza, c'est bien la première. Mais dans cet instant de doute, ce rapprochement lui fait du bien, Chenoa n'a pas envie de réfléchir, pas envie de le repousser et alors qu'elle le fixe une fois encore, elle murmure à voix basse.

« Tu dois comprendre comment le Wendigo en est devenu un... Trouve ce qui l'a brisé... Apaise-le Wakiza. Je sais que tu peux le faire... Tu as toujours eu ce lien avec la nature, aussi mauvaise la bête est-elle... Elle n'en reste pas moins un esprit. N'oublies pas que la nature ne fait jamais d'erreur, si elle a donné naissance au Wendigo, lui a permis d'exister, il doit y avoir une raison à cela. Chaque chose a une raison d'être Wakiza... »

Lentement, la jeune indienne se hisse sur la pointe des pieds et lève le visage, déposant ses lèvres sur le front de son ami. Un baiser doux et tendre, presque maternel qui n'est là que pour l'encourager dans la tâche ardue qui pèse sur ses épaules.

« La mort en dernier recours, mon ami... Promets-le-moi. »
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La vengeance indigène
Le guerrier et chasseur Mohawk aussi inquiété par les mystères mystiques que faisait la jeune femme qu'il tenait paisiblement par la nuque d'une main, que troublé par sa présence féminine et involontairement charmante qui de toute évidence ne l'avait jamais laissé indifférent - du moins depuis que le drame de la perte de sa précédente femme l'avait rendu désormais veuf- Wakiza écouta attentivement , en communion aurait on même put dire, la réponse que lui fit Chenoa. Il savait que la jeune chamane  savait s'exprimer avec une précision et une pondération  comme peu pouvait s'en revendiquer dans la communauté de ses paires. Chenoa  avait des mots durs et fermes mais justes et vrais. En cela le guerrier respectait énormément  cette amie troublante. La serpentine  était certes  pleine de mystère, mais également  porteuse de vérité.

Quand elle posa la féminité gracile de sa main sur le bras nu et musculeux du guerrier, celui-ci déglutit d'une émotion nouvelle. Les contacts physiques entre eux éteint si rares qu'il n'aurait pas été exagéré de supposer que c'était la première fois que chacun  tendait vers l'autre  cette simple et pourtant  exceptionnelle union épidermique. Fallait il que le contexte intimiste de la rivière; que la surprise de Chenoa face à un Wakiza aussi nu qu'un vers; que l'échange protecteur de la chaleur de la fourrure de bison et l'inquiétante menace d'un monstre tueur de femmes sur leurs terres les rapprochent au point qu'il finissent par s'autoriser  un tel échange? ...  peu en importe la raison au final puisque les faits étaient bien là et qu'au delà de l'origine de sa source, le courant affectueux qui tendait à réunir ces deux-là dans un lit commun suivait son cours vers un océan de probabilités qu'il ne maîtrisaient pas.

Wakiza hocha affirmativement la tête en entendant la chamane évoquer sa sensibilité et sa justesse concernant son lien aux forces naturelles. Car bien qu'il n'eut jamais comme sa jeune soeur, comme la vieille Hoyaneh ou comme Chenoa Elle-même, les capacités d'interpréter les signes et les paroles mystérieuses des forces de la nature autant que des esprits, il était néanmoins capable de les ressentir et d'en appréhender la porté profonde, de manière inconsciente,  émotionnelle, indicible ...

Il resta pensif, le regard bas et concerné par tout ce que la jeune femme venait de lui dire. Il repassait mentalement les faits,les indices, les tenants et les aboutissants dont il avait connaissances à propos de cette terrible et tragique histoire. Car bien au-delà du simple fait que des femmes blanches  - ce qui ne le contrariait guère à vrai dire- et des femmes Mohawks - ce qui le chagrinait bien plus- puissent être les victimes d'une mort aussi répugnante qu'outrageuse, c'était bien plus encore de savoir qu'une force mystique et spirituelle, qu'une puissance éthérée émanant du monde de l'au-delà puisse  étendre son courroux sur leurs existences mortelles. Cela n'était qu'un présage macabre pour les saisons à venir.  Il fallait  apaiser les esprits sans quoi, qui sait ce dont ils seraient capables pour punir les hommes .. Mohawks ou blancs d'ailleurs ...

C'est donc quelques peu suspendu dans cette réflexion que Wakiza fut proprement foudroyé d'un frisson délicieux par le baiser que Chenoa déposa sur son front pensif. Il ne s'attendait et n'était certainement pas préparé à si bouleversant encouragement de la pars de  cette femme qui le laissait songeur et troublé à chaque fois que leurs regards  se croisaient simplement. alors  pensez donc à l'effet d'un tel contact physique alors que jusqu'ici il n'avaient fait que se tourner autour avec une chasteté de papillons sauvages ...

Wakiza balbutia et ne sut pas s'il devait regarder les yeux de la belle chamane ou bien ses mocassins ... il inspira profondément pour tenter de retrouver la maîtrise de ses sens bousculés et retira vivement sa main de la nuque de l'indienne, la posant machinalement et avec une tentative de détachement fière sur sa propre hanche et l'arme de poing qui y était attachée.

Loin de parvenir à dissimuler le trouble qu'il éprouvait à cet instant, le Guerrier parvint néanmoins à viser ses pupilles dans celles de la jeune femme quelques secondes pour prouver la sincérité de la réponse qu'il formula alors:

"Je ... Oui je t'en fais la promesse. Je ne tuerai le Wendigo que s'il n'y a aucun autre moyen ..."

Une fois qu'il arriva a lâcher ces quelques mots qui transpiraient la nervosité, Wakiza se sentit comme planté au beau milieu d'un brasier .. il se sentait si mal à l'aise d'être troublé par le baiser de Chenoa qu'il n'éprouvait plus qu'un seul désir: fuir se cacher au fond de la forêt et se maudire de ne pas savoir mieux contenir  ses émotions face à elle.

Il ne résista d'ailleurs pas bien longtemps à cette oppressante envie de filer et déguerpit entre les arbres d'où il adressa un dernier regard à la chamane, cherchant a voir si elle le jugeait, le condamnait ou lui semblait lui en vouloir de fuir ainsi ... en quelques enjambées, le chasseur  s'en fut dans la sylve, frémissant intérieurement de la douceur chaleureuse des lèvres de la dame serpentine qui irradiait encore  au milieu de son front.

Wakiza en avait presque honte. Mais cette sensation était aussi doucereuse que culpabilisante...
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La serpentine
L'instant est aussi tendre que tendu. Chenoa n'avait pas réfléchi avant d'agir, chose qui ne lui ressemblait vraiment pas. Mais pouvait-on la blâmer ? Wakiza avait l'art de la chambouler jusqu'au tréfonds de l'âme. La serpentine le relâche, reste interdit en soutenant le regard du guerrier. Regard qui de son côté, se fait fuyant. Où avait-elle la tête de s'être permis un tel geste ? Figée d'angoisse, l'Indienne s'interdit toute parole, tout geste de plus alors que la seule chose qui lui parvient aux oreilles n'est pas la promesse du guerrier mais bien les pulsions de son sang glacé dans ses veines. La jeune femme reste immobile, ses yeux se baissent et elle observe longuement la neige. Oui, elle avait outrepassé les limites à ne pas franchir. C'était irrespectueux pour Wakiza qui souffrait toujours de la perte de sa femme, de son enfant. Et puis, ce n'est pas comme s'il pouvait lui porter un réel intérêt ? N'est-ce pas ? Qu'était-elle après tout, si ce n'est une enfant malheureuse qui avait échoué dans une tribu qui n'était pas la sienne.

Et alors il s'éloigne, la tension s'alourdit, le froid n'est juste plus dût à l'hiver ambiance. Quelque chose s'est soudainement brisé entre les deux amis. Est-ce la promesse dans laquelle elle l'avait enfermé ou bien pour le secret qu'elle lui cachait de peur d'une réaction dont elle ne se remettrait pas ? Ah moins que ne sois fautive, la simple peur des émotions. Chenoa relève le visage, croise le regard lointain de Wakiza. Pas d'au revoir, pas de sourire ni même un signe de la main. Ils se gratifient par le silence, par la distance. Lui finit par fuir, elle... Eh bien, vient à elle faire de même. Chenoa ne cherche pas à le rattraper, sans doute a-t-il besoin de solitude ? C'est son cas à elle, en tout cas. En moins de temps qu'il n'en faut, la jeune femme a pris la direction opposée à celle de son comparse avant de disparaître vers les clairières plus profondes de la forêt.

- FIN -
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