One is hurt, the other one is able to heal - Ft. Félix le bébé chat

[Page 1 sur 1]

Début Novembre 1688 - Félix & Roxanna


" Les apparences sont parfois trompeuses. "


Depuis 2 petites semaines Théodore était malade, malade comme il ne l'avait jamais été. J'avais fait mander un des médecins de la ville, mais il n'avait rien pu faire pour nous, il n'avait même pas pu faire baisser la fièvre de mon fils. Mon mari nous avait laissé pour son travail, il était en ce moment absent pour un voyage d'affaires pour le compte de mon père et j'avais donc la lourde tâche de m'occuper de lui toute seule. Il n'allait pas rentrer avant une longue période, le temps de faire le voyage du retour en bateau depuis l'Angleterre. J'avais pu ainsi essayer de soulager sa douleur avec quelques-unes des potions dont j'avais trouvé les recettes dans le grimoire familial, mais rien jusqu'ici n'avait fonctionné. Un de mes onguents fait maison avait réussi à stopper sa toux et ses saignements pendant quelques petites heures, mais ils étaient revenus plus forts qu'avant, plus destructeurs. Cela m'inquiétait beaucoup, et je ne pouvais cesser de me répéter intérieurement " C'est fini, l'âge d'or touche à sa fin, la malédiction est de retour. " J'avais peut-être peu de talents pour prédire l'avenir mais je m'en sortais plutôt bien quand il s'agissait de savoir si quelque chose qui n'allait pas dans ma vie était dû à un simple hasard ou à quelque chose de plus grand, de plus sombre. Depuis des années cette ombre noire et malfaisante planait autour de ma famille et moi-même, nous causant toutes sortes de désagréments.

Ce jour-là, j'étais donc sortie chercher des plantes dans la forêt, pour améliorer mon onguent et soulager un peu plus les douleurs de mon enfant. Il faisait frais en cette période de l'année, j'étais sortie vêtue d'une cape rouge, épaisse, pour ne pas sentir le froid me geler les veines. Les premières neiges étaient tombées et recouvraient le sol, le rendant glissant et difficilement arpentable, mais je m'obstinais. Mon fils devait aller mieux, je devais alléger sa peine. Je m'enfonçais donc de plus en plus profond dans les bois, en tenant les coins de ma robe pour ne pas trop la tâcher de boue mêlée de neige, ma besace d'herboriste pendant sur mon épaule droite. Au détour d'un sentier peu populaire, un cheval arriva vers moi au grand galop, l'air affolé. Je me mis en travers de sa route, l'animal rua mais ne me fis pas de mal, avant de se calmer et de se mettre à piaffer devant moi.


" Et bien mon tout beau, que fais-tu ici tout seul ? Où est ton maître, tu n'as rien à faire là par toi même, murmurais-je en caressant la bête imposante. "


Je vérifiais si elle n'était pas blessée, mais tout semblait aller. Quelque chose était arrivé à son cavalier, il fallait que je le trouve, je sentais que c'était important. Décidant de me fier à ma curiosité et mon instinct, j'enfourchais la bête, quitte à monter en amazone de façon plus ou moins vulgaire, avec mon jupon mis n'importe comment.


" Allez mon grand, mène moi à ton maître, chuchotais-je en l'enjoignant d'avancer et en faisant demi-tour de par où l'animal venait. "


Au bout de dix minutes de petit trot, j'aperçu quelque chose, ou plutôt quelqu'un dans un fossé enneigé, semblant inconscient. Ni une ni deux, je descendis de ma monture, enfin plutôt de sa monture, et me précipitais vers le blessé.


" Sir, vous m'entendez ? Etes-vous grièvement blessé ? Avez-vous mal quelque part ? "


Avec ses boucles folles et sa carrure assez mince, il semblait très jeune, et je craignais que la chute ait pu lu causer des dommages possiblement fatals. Du sang ornait son front, et je sortis un mouchoir pour lui éponger, espérant qu'il reprenne conscience. Il allait falloir que je le ramène à la maison pour l'examiner, mais j'allais avoir bien du mal à le faire par moi même.
Voir le profil de l'utilisateur

_________________
avatar

A wolf in sheep's clothing.



    La fuite reste la meilleure solution.
    Les branches, basses et sèches et croulantes sous le poids lourd de la neige, fouettent parfois sont visage quand il ne parvient pas à se baisser à temps, ou à les éviter, ses yeux rivés sur la route. L'animal galope, cours à en perdre haleine, tandis que son cavalier se cramponne à sa crinière comme à sa vie, rênes lâches pour donner total contrôle à la bête, garder cependant les choix de direction entre ses mains. Derrière eux, les hurlements de leur poursuivant se résonnent. Des loups. Créatures diaboliques s'il en est, ont décidé de prendre en chasse le trafiquant et sa monture pour une raison que le doté de conscience ne parvient pas à identifier. Les loups sont pourtant de calmes créatures qui ne sévissent que lorsqu'un châtiment injuste leur est infligé ; pour l'instant, mis à part la biche à qui ils ont barré la route, rien ne justifie cette poursuite en enfer. Pourtant, et pourtant, les voilà à foncer à travers les bois, jusqu'à ce qu'ils parviennent sans doute à semer les carnassiers. Seulement, voilà, un loup est capable de traquer ses proies des jours durant s'il en a décidé ainsi, il n'y a plus qu'à espérer qu'ils parviennent à sortir à temps du territoire de la meute.

    Hélas, tout s'est très vite emballé. Felix a fait l'erreur de regarder derrière lui, n'appréhendant malheureusement pas le saut que sa monture a été forcée d'effectuer. Secoué par les branches venues fouetter son visage, il s'est redressé à peine à temps pour voir que, quelques mètres plus loin, un cours d'eau, mais surtout une pente particulièrement difficile. Alors, d'un coup, saississant les rênes courtes, il tire vers l'arrière, à moitié désarçonné, ordonnant à sa monture de ralentir l'allure. Cette dernière prend peur, vire brutalement à droite. Ce n'est qu'après une ruade, et qu'après avoir senti le froid mordant de la neige sur son visage, et qu'après avoir entendu le galop s'éloigner, que Felix a compris la situation dans laquelle il était. A-t-il eu à peine le temps de souffler que déjà, il sombre dans l'inconscience.

    Il reste là peut-être une vingtaine de minutes. Allongé dans une position pire que pas confortable, dans la neige et la boue et les branches et les feuilles mortes, sa chevelure bouclée encrassée par la nature, ses côtes douloureuses, son bassin en vrac et sans doute bien d'autres écorchures, hématomes, oeudèmes çà et là sur son corps meurtri, maigre et blanc.

    Puis des mots. Quelque chose y ressemblant.
    Sir... 'entendez ? ...vous grièv...ment...blessé...al quelque part ?

    Une voix de femme. Ses yeux s'ouvrent vaguement, papillonne sur le blanc de ses orbites, de la buée s'échappant de ses lèvres. Un grondement, il remue à peine, un frisson le long de sa colone, et il sombre aussitôt.
    L'on dit que c'est lorsque quelqu'un marche sur votre tombe que vous avez des frissons dans le dos. Peut-être est-ce, cette fois-ci, la douleur d'un coprs que l'on hisse lentement sur la selle d'un animal, que l'on traîne jusqu'à une maison possiblement accueillante. Sa tête tourne, balotte, et dans ses songes il revoit des visages, visages de gens, de femmes, d'hommes, des visages de nuits et de jours, de sa vie et de celle des autres.

    Il ouvre enfin les yeux, longuement. Sa gorge sèche est nouée, son coeur cogne contre ses tempes. Il ne sent pas la moitié de son corps, mais suffisamment de parties pour comprendre qu'il est toujours vivant. Chienne de vie. Lentement, il tente de déglutir, fronce les sourcils ; suivi d'une douleur aiguë au front. Aussitôt, il râle, tentant de porter une main à sa tête, mais la douleur est telle qu'il a un sursaut en sentant le tissu des bandages sous la pulpe de ses doigts maigres et osseux. Qu'est-ce que...
    Un rapide coup d'oeil alentours ; des murs de bois, ambiance rustique. Il ne connaît pas cet endroit, ça n'est pas chez lui, décidément chez quelqu'un. Mais qui... Un instant, il tente de se relever, mais son dos lui fait un mal de chien.

    Cazzo... Jure-t-il dans sa douleur, nonobstant sa langue maternelle qui revient seule, au galop.

    Parlant de galop, il a intérêt à s'être fait choper par les loups, celui-là.
Voir le profil de l'utilisateur
Début Novembre 1688 - Félix & Roxanna


" Les apparences sont parfois trompeuses. "


Je n'avais pas l'habitude de devoir me comporter en véritable  doctoresse, ce n'était pas ce que mes connaissances préconisaient comme comportements. J'étais une herboriste convenable grâce aux connaissances transmises par les matriarches de ma famille, une soigneuse parfois acceptable quand il le fallait, mais j'avais l'habitude de ne m'occuper que de choses bénignes. Je n'étais pas le genre de femme qui pourrait s'engager comme infirmière pour les blessés de guerre, ma place me convenait très bien et je ne me sentais pas à la hauteur de ce que ce genre de travail requérait. Non pas que j'ai peur du sang ou de la pression qui pesait sur les épaules de ces femmes, mais elle devaient voir et supporter des choses au quotidien bien trop lourdes pour la femme au foyer que j'étais. Avant d'être une pratiquant des arts magiques ou une apothicaire, j'étais une épouse et une mère comblée. Mais je ne pouvais décemment pas quelqu'un en détresse mourir pour la simple et unique raison que je ne me considérais pas comme véritable guérisseuse. Surtout pas après lui avoir emprunté sa monture, ah ça non.

Le blessé, un jeune homme aux boucles folles et à la peau bien trop pâle pour qu'il ne soit pas en train de mourir de froid, semblait s'être évanoui alors même que j'essuyais le sang sur son visage. Sa chute n'avait pas été fatale par chance, mais je craignais que le choc ait été plus violent que je ne pouvais décemment voir. Décidant de prendre le risque de le déplacer, je l'attrapais comme je pouvais, quitte à abîmer ma robe, et l'installais sur son cheval, enfin l'allongeais sur sa selle, la tête pendant d'un côté et les jambes de l'autre. Il ne pesait pas bien lourd, ça aussi c'était inquiétant : se nourrissait-il correctement ? Prenant la bride en main, je guidais donc le destrier jusqu'à chez moi, en suivant mes empreintes de pas.


" Allez, en route mon brave, il nous faut sauver ton maître ... "


*


Enfin, les murs de ma bâtisse se dessinaient entre les arbres et j’accélérais le pas, menant d'une main le cheval et tenant de l'autre mon jupon, qui était malheureusement bon à laver et à rapiécer après cette mésaventure. J'attachais la longe de l'étalon dans la grange attenante à la masure avant de faire descendre mon patient. Passant son bras autour de mon cou, mon bras autour de ses hanches, je le portais donc à l'intérieur et l'installais donc dans une des chambres d'amis, celles-ci se trouvant au rez-de-chaussé, ce qui m'évitait d'avoir à le monter difficilement à l'étage en prenant les escaliers. Après l'avoir posé sur le lit, j'allais chercher mes instruments et mes onguents et abandonnais mon châle et ma besace de plantes dans mon bureau.

Je désinfectais tout d'abord la plaie sur son crâne, qui m'inquiétais particulièrement : c'était ce genre de blessure qui était les plus dangereuses, elles pouvaient causer la perte d'un homme bien plus robuste que lui en très peu de temps. J'appliquais quelques fleurs de millefeuilles séchées, ainsi qu'une pommade de fruits de ronces, et fis ensuite un bandage autour de sa tête. Décidant que celle-ci était désormais dans un état acceptable, je passais à l'étape suivante : j'allais devoir regarder s'il n'avait pas d'autres blessures, plus discrètes, cachées sous sa chemise par exemple. Je remontais mes manches et marmonnais dans ma barbe en remerciant le ciel que mon mari soit absent. Et ce que j'y trouvais m'étonna plus que n'importe quelle ecchymose ou balafre que je m'attendais à trouver.


" Ça ... Ça c'est étrange. "


*

Après avoir fini de donner mes soins au ... A la ... A mon patient et bandé son torse, j'étais montée m'occuper de mon fils quelques minutes. Grâce aux quelques plantes que j'avais trouvé, sa toux avait diminué et il ne crachait plus de sang, mais il n'avait pas encore repris conscience. J'avais préparé un bouillon de légumes et de lapins et avais déposé un bol dans sa chambre, avant de désormais me diriger vers la chambre d'amis avec une autre écuelle de soupe sur un plateau. Je toquais à la porte, des fois qu'il ait repris conscience, et ouvrit.


" Oh, vous êtes de nouveau parmi les vivants, ravie de vous voir éveillé. Je vous ai apporté de quoi vous sustentez, j'espère que cela vous plaira, déclarais-je en m'approchant du lit et en posant ce que je lui avais apporté sur la commode près de lui. "


Il semblait avoir repris des couleurs, ce qui était bon signe . Je souris en constatant que les bandages avaient tenu et je tirais une chaise que j'installais à côté du lit.


" Évitez de trop vous agiter ou vos pansements risquent de se défaire, ça serait dommage au vu des sutures que j'ai dû vous faire. D'ailleurs ... J'ai pris la peine de m'occuper des plaies qui se trouvaient sous votre haut de corps et de vous débarbouiller un peu ... Si vous voyez ce que je veux dire, déclarais-je après un petit silence, lui laissant le temps d'appréhender ce que j'avais pu découvrir. "
Voir le profil de l'utilisateur

_________________
avatar

A wolf in sheep's clothing.




    On toque à la porte. Felix tourne vivement la tête vers l'entrée, l'air subitement paniqué, encore dans le voile du coma, appuyé sur un coude pour se redresser à peine. Son corps entier lui fait mal, il est presque nu dans un lit qu'il ne connaît pas, et quelqu'un vient de rentrer dans la pièce ; il y a de quoi paniquer...

    Un instant.

    Il est presque nu.
    Et c'est une femme qui entre, un plateau de bois entre les mains. À l'image de la maison, cette dame a l'air... Naturelle et... Rustique... Faite d'un bois simple et en même temps particulier... Felix ne comprend pas très bien, pas tout de suite, l'étrange sensation que lui rappelle cette femme. Quoi qu'il en soit, ça lui paraît évident qu'elle est la maîtresse de maison ici. Il ne tarde pas non plus à faire le lien entre cette vague voix dans sa tête lorsqu'il était inconscient et la sienne en l'entendant se réjouir de son immaculée résurrection. Wooh.
    Quand elle s'approche, l'italien a un mouvement de recul. Les yeux encore mi-clos du sommeil se plissent à peine plus, rivés sur cette femme aux cheveux sombres qui lui a... Apparemment sauver la vie. Ses prunelles verdâtres glissent jusqu'au bol en bois dont émane une vapeur blanche voluptueuse et un potage marronné aux senteurs de légumes et de... Lapin, vu les morceaux qui dépassent.
    Il a une faim de loup.

    Putain de loups.

    Reste le problème qu'il est presque nu dans cette fichue couche. Et ça, c'est sa plus grande préoccupation pour le moment.
    Il suit la maîtresse des lieux du regard, méfiant, ressemblant à un fauve en cage qu'on aurait assommé au préalable. Il a bien vite une réponse à ses questions, au sujet de son corps. Un rapide coup d'oeil à ce dernier ; son torse est bandé jusqu'au ventre, sa tête aussi, et son bras. Pour le coup, il ne sait trop quoi dire.

    ... Merci ? C'est dit sur le ton d'une question alors qu'il hausse douloureusement son sourcil. Vraiment, pour lui, cette situation est très dérangeante. Autant jouer franc-jeu, dans ce cas. Je n'vois pas vraiment c'que vous voulez dire, en fait. Y a un problème avec mon corps ?

    Pour le coup, son ton sonne peu sympathique. Il est méfiant et peu avenant, c'est normal en un sens ; d'autant plus qu'il se sent subitement agressé sur son physique. Chose qu'il ne vaudrait mieux pas remuer tout de suite.
    Au lieu de chercher à discutailler plus que nécessaire, il se redresse totalement, lentement mais sûrement, s'asseyant dans le lit pour se tendre et saisir le bol en bois. Le fumet du potage est divin pour ses narines engourdies par le froid restant de sa gueule dans la neige. Il prend une cuillerée, souffle dessus, goûte la soupe...

    ... C'est délicieux. Il déclare, presque étonné, son visage subitement détendu. Sans pour autant, il ne se jette pas sur ce repas comme la misère sur le pauvre monde et prend la peine de gratifier la cuisinière d'un regard reconnaissant. Il n'attend pas plus pour poser les questions qui fâchent : Comment m'avez-vous trouvé ? Et avez-vous croisé un ch'val, en ch'min ?

    Cette carne a intérêt à s'être fait bouffer par les loups, sans quoi Felix s'occupera de son cas avant qu'elle ne puisse paître de nouveau.
    Attendant ses réponses, il sirote et mâchonne le repas pour le faire durer, son corps maigre visiblement habitué à ce qu'il mange plutôt lentement. Soudainement, il est interrompu par le son d'une toux. Une toux d'enfant.
    Elle ne vit donc pas seule ici.
Voir le profil de l'utilisateur
Début Novembre 1688 - Félix & Roxanna


" Les apparences sont parfois trompeuses. "


Au cours de mes études, si on pouvait appeler ainsi le fait de feuilleter de nombreux manuels en latin et d'aller observer clandestinement des opérations, j'en avais beaucoup appris sur le corps humain et ses attributs. J'avais donc déjà connaissance de patients “spéciaux” comme les nommaient les médecins en riant avant de chuchoter sous cape les “dérangés “. Les moeurs sociaux de notre époque condamnaient malheureusement tout ce qui était différent et divergent de la norme. Et pourtant la norme était quelque chose de tellement abstrait, d’indéfini et de modulable ...  On m'avait longuement inculqué que les femmes devaient porter de longues robes, des tenues qui dévoilaient peu leurs corps, mais aussi exacerbaient notre féminité, nous mettaient valeur sans trop être suggestif. Un simple centimètre trop court ou une dentelle un peu trop transparente et voilà que vous passiez de femme de bonne famille à une gourgandine mangeuse d'hommes … Les codes et diktats de notre bonne société ronflante et ennuyeuse ne cessaient jamais de nous rendre la vie impossible, surtout quand vous aviez le malheur d'être du sexe faible.

Vous dire que j'avais été plus que surprise de constater que mon jeune patient était en vérité une jeune femme famélique maquillée et vêtue comme un homme serait un euphémisme. J'avais eu une rapide pensée pour mon époux qui finalement n'aurait pas eu de quoi s'offusquer finalement en me voyant m'occuper de cette jeune personne. Mais maintenant je ne savais pas véritablement comment aborder le sujet ni même si je le devais. Au fond ce n'était pas véritablement mes histoires, et le ton un peu tranchant de mon patient, malgré son merci, ne semblait pas ouvert à un questionnement poussé et une curiosité possiblement mal placée. Mais j'avais eu deux jeunes frères, je savais comment m'y prendre avec des jeunes gens récalcitrants. Je souris plus gentiment en le voyant saisir l'échelle de nourriture sans plus d'hésitation et je me somais mentalement d'y aller doucement avec lui : après tout, je l'avais trouvé blessé, je pouvais bien lui laisser le temps de se remettre. Je passais donc à un tutoiement plus familier, qui le mettrait plus en confiance.


Non, ne t'inquiète pas, il n'y a aucun problème avec ton corps,à part tes contusions et ta maigreur alarmante, rassure-toi, déclarait-il gentiment en riant doucement. Ravie que ca soit a ton goût en tout cas.Mange à ta faim, il y en a encore dans la cuisine, de toute façon tu me semble être celui qui en a le plus besoin.


J'allais lui parler de sa monture quand j'entendis Théodore se remettre à tousser … Bon sang, les plantes semblaient faire beaucoup moins d'effets, en temps normal il aurait pu se passer quelques heures avant que son souffle se fasse plus court et que sa gorge se dessèche. Mon regard se porta vers la porte de la chambre, mais je ne pouvais pas non plus laisser mon nouveau patient seul ainsi, pas plus que je ne pouvais faire de miracles pour mon enfant. Mon sourire avait faibli mais je me forçait à regarder une nouvelle fois le blessé.


Ne te fais pas de soucis pour ta monture je l'ai trouvé errant dans la forêt tandis que j'y cherchais des simples. Tu lui dois une fière chandelle, c'est elle qui m'a mené jusqu'à toi et sans elle je n'aurais sûrement pas pu te ramener ici sans que tu sois mort de froid avant. Quelle idée aussi de s'aventurer hors des sentiers par ce temps, le réprimandais-je un peu, prenant mon ton de médecin moralisateur pour cela. J'espère que ça valait le coup au moins, parce que tes blessures n'étaient pas très belles à voir. "


Je décroisais mes jambes et époussetait ma jupe en le regardant dévorer ou presque ce que je lui avais apporté. La nourriture semblait lui rendre des couleurs mais j'étais encore inquiète pour sa plaie au cuir chevelu. Le consultant rapidement du regard, je levais une main et la portait à son front, soulevait une mèche bouclée pour en observer l'état.


" Bien, ta plaie à l'air d'avoir arrêté de saigner, c'est celle qui m'inquiétais le plus, plus que les bleus sur ton torse. Je ne pense pas m'être présentée d'ailleurs, me rendis-je ensuite compte, affichant une mine étonnée. Je suis Roxanna Chester , une des herboristes de Warwick Bay et tu es ici chez moi, à l'orée de la forêt. "
Voir le profil de l'utilisateur

_________________
avatar

A wolf in sheep's clothing.



    Le tutoiement le fait à peine tiquer, habitué à entendre ce genre de familiarités de la part des gens qu'il côtoie - rarement des femmes, cela dit, et celle-ci fait preuve d'une douceur particulière qui le déstabilise légèrement. C'est de mauvaise augure, madame, de ramener ainsi un blessé chez soi ; le malheur pourrait s'abattre sur elle à tout instant. Le malheur étant les poursuivants potentiels du blessé. Une chance que Felix n'ait pas d'ennemis, ou du moins, pas énormément, et que les fautifs de ses blessures ne sont qu'une meute de loup agressifs - chose étrange, d'ailleurs, étant donné le calme naturel de ces créatures - et un cheval idiot qu'il aura tôt fait d'envoyer chez le boucher à peine rentré à Warwick Bay. S'il rentre un jour, vu ce que lui répond la jeune femme au sujet de son corps. Maigreur alarmante ? Connais pas. C'est un naturel, chez lui, d'être aussi sac d'os et peu en chair. Ne défions pas la réalité, il est encore capable de soulever des fagots de fourrure et de les charger sur un navire. Son corps est robuste et fier, il a survécu à la fièvre jaune et aux parasites des Bahamas, aux tatouages douloureux qui ornent son corps, aux morsures de fauves et aux pluies battantes de l'Amérique. Ce n'est pas un canasson trop brutal et une chute qui l'est tout autant qui auront raison de lui.

    Quoi qu'il en soit, le rire de la femme le rassure quelque peu. S'il avait cru, l'espace d'un instant, qu'elle pouvait être une sorcière vivant seule dans les bois, au moins il a désormais l'assurance qu'elle est une sympathique potentielle sorcière qui vit seule dans les bois. Lorsqu'elle lui propose de continuer de manger, il ne se prive pas, n'ayant pas eu l'occasion d'avoir un repas chaud aussi bien préparé depuis une éternité. Cependant, la toux de l'enfant le déstabilise légèrement. Elle ne va pas le voir ? Il fronce un peu les sourcils. Pas qu'il soit très sensible aux enfants, sensible tout court en fait, celui-ci pourrait avoir besoin d'elle. Pour le coup, il la juge un peu irresponsable ; mais ça ne sont pas ses affaires. Le nez plongé dans le bol de potage, il écoute son discours au sujet de sa monture... Ah la carne ! Elle se fait bien voir et se repenti de ses bêtises ! L'air franchement farouche, l'italien renâcle.

    Fière chandelle, fière chandelle... Elle sait juste que si elle ne m'avait pas retrouvé, elle aurait fini hachée menue et n'aurait pu survivre seule dans la forêt bien longtemps. Marmonne-t-il en ruminant sa rancœur envers l'animal, jusqu'à sentir une main se déposer sur son front. Par instinct, il a un mouvement de recul, les sourcils légèrement froncés, quelque peu indigné qu'on entre en contact avec lui de la sorte ; mais c'est bien vite balayé par son hôte qui sourit tendrement et se présente enfin. Le matelot fait une petite moue à l'entente de sa profession, mais semble rassuré de savoir qu'il n'est pas loin de la colonie. ... Felix. Il se présente à son tour, préférant écarter son nom d'emprunt italien. Je suis matelot et commerçant à Harrisburg. C'est bien souvent que je fais des allers-retours à la colonie. Il préfère avouer avant qu'on ne lui reproche d'être bien loin de chez lui. Cependant, son air semble balancer vers l'inquiet alors qu'il garde les yeux rivés sur Roxanna. ... Tu ne vas rien dire à mon sujet, hein ?

    Si elle le connaît de réputation, il est foutu. Autrement, il y a peut-être moyen qu'il s'en sorte un peu.
Voir le profil de l'utilisateur
Début Novembre 1688 - Félix & Roxanna


" Les apparences sont parfois trompeuses. "


Ce n'était pas la première fois que je recevais un patient plus ou moins gravement blessé à la maison, loin de là. Au début, cela avait fait grincé des dents mon mari, peu habitué qu'il était à me voir travailler, recoudre et soigner. Il faut dire que pour lui, le travail équivalait à se retrouver enterrer vivant sous des dossiers à comptabiliser, du tissu à ne plus savoir qu'en faire, pas à un face à face avec de réelles personnes, qui risquaient de mourir parfois si elles ne recevaient pas les soins appropriés. Il aurait sûrement gronder en voyant mon nouveau protégé : j'avais tâché le sol et les draps avec du sang et en plus j'avais l'intention de lui laisser le temps de se rétablir ici. Il m'aurait traité d'inconsciente, m'aurait rappelé que je n'étais pas seule, que j'avais un fils malade lui aussi, mais j'aurais fini par avoir le dernier mot, comme à mon habitude. Il était si naïf de croire qu'un jour il réussirait à me faire changer d'avis, c'en était presque mignon.

Bon, au moins le nouveau venu mangeait à sa faim et cela me rassurait : s'il était capable de se goinfrer, c'est qu'il en avait besoin et qu'il avait soif de vivre. Et ses marmonnages à propos de son cheval n'échappèrent pas à ma fine oreille, et je me mis à sourire. Et bien et bien, il avait fort caractère, je ne pouvais pas le nier !

" Oh, elle avait pourtant l'air de connaitre le chemin pour rentrer en ville, rajoutais-je en riant doucement, imaginant très bien la bête survivre à tout cela comme si de rien n'était après avoir abandonné son propriétaire à une possible mort par hypothermie. "

Je sens bien que je l'ai surpris en effleurant son front, alors je retire rapidement ma main après avoir apaiser mes inquiétudes : je ne voudrais pas le brusquer ou l'effrayer en agissant ainsi. J'avais l'amusante impression d'être en train de m'occuper d'un petit félin blessé. Je hoche la tête en écoutant sa présentation. S'il est bien un commerçant venant d'Harrisburg, cela expliquerait sa présence dans les bois par les temps qui courent. Je lui tapote gentiment la main en voulant le rassurer.

" Ne t'inquiète pas, tu n'as rien à craindre ici Félix. Personne ne viendra te chercher d'ennuis ici, il n'y a que mon fils malade et moi. Et puis si jamais quelqu'un cherchait à te trouver ici, il faudrait tout d'abord qu'il arrive jusqu'à ma chaumière et par le temps qu'il fait, c'est presque impossible pour quelqu'un qui ne connait pas le chemin, plaisantais-je doucement. Ah, peut-être voudras-tu essayer de faire quelques pas, après avoir fini de manger, pour voir dans quel état tu es, proposais-je. Je t'ai mis quelques vêtements propres sur le bureau, essaye de t'habiller si tu le souhaites. Pendant ce temps je vais ... Je vais aller m'occuper de mon fils quelques minutes si cela ne te gêne pas. Prends tout ton temps, d'accord ? Et si tu as besoin de quelque chose, n'hésite pas, appelles-moi. Tu peux jouer les curieux si tu tiens debout, mais ne te force pas trop non plus, d'accord ? rappelais-je en lui faisant les gros yeux, sentant d'avance qu'il était du genre à taire sa douleur jusqu'à ce que celle-ci soit insupportable. "

Je me levais, lui adressais un dernier sourire et quittais la pièce, sans fermer la porte derrière moi. Théodore n'avait pas arrêté de tousser, j'allais devoir lui donner une nouvelle dose de potion plus tôt que je ne le pensais. C'était étrange d'avoir deux malades plus ou moins alité à la maison. Dire qu'en temps normal, mon petit garçon aurait couru autour de moi pendant que je m'occupais de Félix et l'aurait bombardé de questions dès qu'il aurait ouvert les yeux ... Dans un sens, il valait mieux pour notre jeune marin que mon enfant soit en malade en vérité.
Voir le profil de l'utilisateur

[Page 1 sur 1]

Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum