Un monstre peut en cacher un autre [Adam & Alphaeus]

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« Et vidi de mari bestiam ascendentem habentem capita septem, et cornua decem, et super cornua ejus decem diademata, et super capita ejus nomina blasphemiæ. Et bestia, quam vidi, similis erat pardo, et pedes ejus sicut pedes ursi, et os ejus sicut os leonis. Et dedit illi draco virtutem suam, et potestatem magnam. Et vidi unum de capitibus suis quasi occisum in mortem : et plaga mortis ejus curata est. Et admirata est universa terra post bestiam. Et adoraverunt draconem, qui dedit potestatem bestiæ ... »

Adam était assis sur l'un des bancs situés au milieu de l'unique église miteuse de la ville. Comme chaque dimanche il assistait à la messe. C'était long. C'était terriblement ennuyant. C'était nécessaire. Il n'y avait pas meilleur moyen de s'afficher hérétique que de ne pas aller à la messe malheureusement, alors chaque dimanche, Adam prenait son mal en patience. C'était au moins l'occasion pour lui de réviser son latin. L'ironie voulait que ce fût bien souvent pour lui une occasion de se réciter silencieusement les formules qu'il mémorisait de son grimoire. Le simple fait d'appartenir à la lignée des Seriak condamnait son âme au neuvième cercle des enfers, un sacrilège de plus ou de moins n'allait donc pas changer grand-chose.

Toutefois, si aujourd'hui il n'écoutait pas, c'est qu'il avait d'autres préoccupations en tête. La bête. Celle qui rodait. Celle qui avait déjà tué bon nombre de villageois. Celle dont parlaient de plus en plus de rumeurs. Mais surtout, la bête qu'il avait vu. À ce que savait Adam, Caoimhe et lui était les seules personnes à avoir survécu à une confrontation avec cette créature. Et il s'en était fallu de peu. Plus précisément, leur survie tenait de leur proximité avec la ville et ses connaissances ésotériques. Et si le deuxième point ne regardait que lui (et désormais Caoimhe, malheureusement), le premier point, lui, regardait l'ensemble des citoyens. En effet il fallait les prévenir que, non seulement la bête était bien réelle, mais elle se rapprochait. Et si elle continuait ainsi, elle allait venir en ville. Seulement, Adam ne pouvait pas se contenter de crier ce qu'il a vu sur la place publique. Il était un serviteur, il vallait tout juste plus qu'un esclave, qui allait l’écouter ?

Il espérait la confiance d'une seule personne, en réalité, cela devait suffire. Une personne bien précise, en qui les gens avait confiance. Adam observait ladite personne assise aux premiers rangs. Alphaeus Vail. Un homme de foi. Un homme de confiance. Un homme dangereux. Son abhorration pour l’occulte n’était un secret pour personne, et cela en faisait la personne idéale à convaincre. Le persuader que les meurtres était le fruit d’une créature démoniaque, c’était s’assurer qu’il allait tout faire pour s’opposer à elle. Or, les gens avaient confiance en lui, et allaient accepter s’il leur disait quel genre de créature était responsable des disparitions dans les bois.  

Seulement, parler à Alphaeus, c’était jouer avec le feu. En étant lui-même sorcier, s’adresser directement à cet homme c’était se mettre à découvert. D’autant qu’il avait dû utiliser la magie pour se sortir de son aventure avec le monstre. Il allait bien évidemment mentir à ce sujet-là, mais les mensonges étaient des points faibles dans un récit, des défauts rendant l’ensemble moins cohérent et moins convaincant. Un seul mensonge n’était généralement pas grave s’il était bien préparé, mais il lui fallait en inclure un deuxième. Il avait réussi à convaincre Caoimhe que prévenir la ville était une bonne chose à faire, mais il ne fallait pas qu’elle intervînt dans son témoignage. Elle n’était pas allée en forêt, et n’avait jamais rencontré le monstre. Point.  

La messe se terminait et les gens commençait à partir. Adam se leva et fit bien attention à garder sa cible en vue. En sortant de l’église, il attendit que l’homme soit isolé pour se rapprocher de lui et entamer la conversation.
« Mr Vail, vous auriez un instant ? J’ai à vous parler d’une affaire… sensible. En privé si possible. » Adam n'eut pas besoin de simuler la crainte dans sa voix, entre l'histoire qu'il allait raconter et à qui il allait le raconter, l'angoisse était bien présente.
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“Le fanatisme est un monstre mille fois plus dangereux que l'athéisme philosophique.”
Voltaire

Le regard glacial du mercenaire glissait sur l’assistance avec indifférence, d’un désintérêt total pour l’hypocrite population qui s’amassait ici en le jour du Seigneur. Il se tenait aussi droit que possible, à l’avant sur la rangée extérieure gauche de la nef, s’imposant de toute sa stature aux yeux des villageois pour instiller la crainte dans le sang de chaque sorcière qui se cachait parmi les honnêtes gens. Face au mal qui menaçait d’agir à tout moment, le sermon du pasteur était d’une utilité relative. Qu’importait le poids des mots ; ce n’était pas quelques phrases qui allait repousser les serviteurs du Malin, qui, comme Alphaeus l’avait découvert, étaient de bien meilleurs orateurs que la plus fidèle voix de Dieu. Pour l’inquisiteur, il fallait agir, frapper vite et fort au coeur de la menace pour désorienter ces abeilles maudites qui bourdonnaient aux portes de la sainteté.
Bref, les agaçantes liturgies du pasteur prirent fin ainsi que la corvée hebdomadaire des croyants. Alphaeus patienta quelque peu, laissant les gens du fond quitter le lieu de prière en premier. Il enfonça ses mains calleuses dans les poches de sa parka noire, et céda de la distance à la foule qu’il n’aimait pas plus que cela. Non pas qu’il soit agoraphobe ; dans son passé, il avait au contraire été maintes fois le centre d’attention avec toute l’ivresse de sa jeunesse. Mais aujourd’hui, les regroupements représentaient un danger certain, car il ne faisait confiance à personne. Amis, familles ou inconnus, il les soupçonnait tous de vouloir lui planter une dague entre les côtes, ou d’imprégner son âme de malédictions de noire sorcellerie. Aussi, lorsque le plus gros des croyants eurent quitté l’endroit, il prit lui même la direction de la sortie.
S’il avait espéré vaquer à des occupations personnelles en ce dimanche - entendez plutôt continuer à traquer des hérétiques -, sa présence fut retenue par un homme du peuple. Une main posée par réflexe sur la crosse d’un de ces pistolets, il toisa l’importun avec méfiance. Brun, fluet, il était jeune et semblait ne représenter aucune menace. A confirmer. L’autoproclamé inquisiteur fronça les sourcils, cherchant à mettre un nom sur ce visage qui ne lui disait rien. Il avait la désagréable sensation que le connaître ne lui plairait pas plus. « - Monsieur… ? » il interrogea d’une voix pressante, sans prendre la peine de répondre à la requête de l’homme. Néanmoins intrigué par sa demande, il l’entraîna à l’écart. « Suivez-moi. » Il était rare que l’on requiert son aide, car qui chasse avec autant d’ardeur les viles poupées du démon comme lui effraie aussi bien ennemis qu’alliés.
Ils pénétrèrent dans une ruelle adjacente à la grand-place que l'Église dominait par son imposante présence. D’une oeillade aiguisée, il dirigea ses saphirs alentours pour s’assurer que personne n’écoute, puis il s’appuya de façon nonchalante au mur, non sans garder une main libre. Au cas où. « - Vous pouvez parler. »
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Adam suivit Alphaeus jusque dans la ruelle. Se retrouver isoler avec un inquisiteur était rarement un bon moyen de prolonger sa duré de vie, mais cette fois-ci c'était lui qui avait désiré cet entretien. Il n'arrivait pas à se décider si le fait que Vail eût accepté de lui parler était une bonne ou une mauvaise chose. Il était loin d'être sûr que ce qu'il était en train de faire était le bon choix, et un refus de la part de son interlocuteur aurait au moins eu l'avantage de couper court son action, et avec, ses doutes. Mais ça ne s'était pas passé ainsi, on allait l'écouter et il était désormais trop tard pour faire marche arrière.

Adam se tenait droit comme un piquet au milieu de cette ruelle, sa tension se ressent aisément. Il sentit que la personne en face de lui n'est pas à son aise non plus, bien qu'il eût accepté cet échange. Le jeune homme garda donc au mieux ses distances, et évita tout geste pouvant être perçu comme menaçant. Un silence gênant rendait la scène plus pesante encore. Mais Adam pris enfin, au bout d'une interminable minute, le courage de briser son mutisme :

« Je... Je suppose que vous n'êtes pas passer à coté des histoires de bêtes tueuses d'hommes ces derniers temps. Des disparitions étranges et des cadavres mutilés retrouvés dans la forêt profonde sont à l'origine de ces rumeurs. J'aimerai croire que tout ceci n'est que bruits de couloirs seulement... Adam hésita une seconde. C'était stupide, il était allé bien trop loin pour reculer, mais c'était à la fin de sa prochaine phrase que les choses allait vraiment commencer. Seulement, j'ai vu cette créature. Lors d'un passage à l'orée de la forêt je me suis fait poursuivre par ce monstre. Je dois ma survie qu'à deux éléments. Le premiers est le désir de jouer de cette créature. Elle s'est sciemment dévoilée bien avant de m'atteindre, elle voulait s'amuser avec moi. Le deuxième est la proximité de la ville, si je m'étais enfoncé de seulement 200 mètres de plus dans les bois, je ne saurais pas là pour vous tenir mes propos. Cette fois c'était bon, Le jeune homme était lancé dans son récit et débitait un flot rapide de parole. Si ces deux éléments ont été nécessaires pour ma survie, ils sont très inquiétants. Le premier démontre l’intelligence de la créature. Elle voulait jouer, elle voulais me terroriser avant de me tuer, cette caractéristique ne colle pas à l'idée d'une créature à l'esprit sauvage. Quand au deuxième point il est tout aussi problématique. La créature est au pied de la ville. Les cadavres trouvés jusqu'à maintenant étaient dans la forêt profonde mais j'ai été attaqué à la lisière de cette dernière ! Il fit une pause rapide avant de reprendre. Vous vous demandez sans doute pourquoi je viens vous dire cela, vous n'êtes pas chasseur après tout. Mais la créature que j'ai vu... ce monstre il... Un corps musculeux et gigantesque, des bois difformes plus grand que ceux d'un cerfs, des yeux vides comme aspirant votre âme quand vous les fixez, et ce voile d'ombre l'entourant. La description que je vous en fait paraît celle d'un fou j'en ai conscience. Mais je vous conjure de croire que ce que j'ai vu est bien réel. Cet être n'est pas naturel, il appartient à l'ésotérisme. Et si vous êtes bien ce que vous prétendez être, vous devez aider à protéger le village contre ce monstre car des chasseurs n'en seront pas capables. »

Adam avait à peu près dit tout ce qu'il avait à dire. Il ne lui restait plus qu'à attendre la réponse de l'inquisiteur. Il espérait avoir été convaincant. La plupart des gens lui aurait rit au nez avec ce genre de récit, il espérait de Vail qu'il n'était pas de ces gens là. Comme promis il avait exclu Caoimhe de son récit. Il était resté évasif sur pourquoi il était allé en forêt, autant éviter de mentir quand une omission pouvait suffire.
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Malgré que ce soit lui qui ait demandé l’entrevue, l’individu ne semblait guère enchanté de se retrouver en tête à tête avec l’inquisiteur tandis qu’Alphaeus, lui, comprit qu’il n’avait rien à craindre de ce freluquet. Ils s’observèrent un moment, le premier avec défiance et le second avec impétuosité, jusqu’à ce que le servant ait la hardiesse de lui livrer son récit. C’était jouer avec les nerfs d’un homme peu patient que de le faire ainsi attendre, et lorsqu’il prit la parole Alpha soupira de reconnaissance. Un peu plus et il aurait été forcé de le brusquer pour qu’il crache ses aveux, parce que même un sourd aurait déballé plus vite que ça. Quoi qu’il en soit, il écouta d’une oreille attentive le discours effréné de l’hurluberlu, car maintenant qu’il était lancé, il débitait si vite sa supplique qu’il fallait se concentrer pour en comprendre la teneur. Il hochait la tête par moments, en écho aux affirmations du jeune homme.

La bête. Le monstre. L’ignominie de la forêt. La rumeur circulait depuis bien des jours maintenant, et les racontars à son sujet allaient bon train. Etonnamment, Alphaeus ne s’était pas encore lancé à sa poursuite. L’on aurait pu croire que son désir de protéger Warwick Bay de tout danger ésotérique l’aurait poussé à traquer sans relâche l’horreur mangeuse d’hommes qui se terrait dans les bois, mais il n’en était rien pour moultes raisons. La première, c’est qu’il avait d’autres chats à fouetter au village ; les actions à caractère étrange s’étaient multipliées ces derniers temps, et il ne savait plus où donner de la tête. La seconde, c’est qu’il n’était pas suicidaire ; aller au devant d’un si grand danger sans plus d’informations concrètes ne l’enchantait guère. Et enfin, la troisième, c’est que ce qui l’intéressait plutôt, c’était le marionnettiste qui manipulait les fils de la bête dans l’ombre, et qu’il savait que s’il tuait le monstre, ils ne pourraient jamais remonter jusqu’au sorcier.

Nonobstant, les informations pourvues par celui qui - comme il l’apprendrait plus tard - se prénommait Adam lui furent précieuses. D’abord, parce que la chose était plus proche du village qu’on le disait, et qu’il était grand temps de s’en inquiéter, avant qu’elle ne déboule un beau matin en plein milieu du village et y fasse un carnage. Ensuite, parce qu’il apportait une preuve tangible de l’existence du monstre, de son apparence, ainsi que de son mode opératoire. Ce qu’il ne comprenait pas cependant… « - Pourquoi n’en avisez-vous que moi, et dans le plus grand secret ? Pourquoi ne pas en informer le village tout entier, pour qu’une battue de grande envergure soit organisée, et que les meilleurs tireurs s’allient pour descendre la bête ? » Suspicieux, l’inquisiteur contourna Adam. « - Protégez-vous quelqu’un ? » il voulut savoir finalement, car c’était la conclusion la plus logique qui s’imposait à lui. « - Si vous tenez à ce que je vous aide, je vous conseille vivement d’être honnête. » il siffla, serpent en toute occasion.
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La conversation venait à peine de commencer que déjà Adam se sentait pris dans un interrogatoire de la part de l'inquisiteur. Ses premiers mots étaient ceux du soupçon,  ceux d'un homme se voyant cerné d'ennemis. Adam n'avait que peu de doute sur un fait : pour Vail vous étiez coupable jusqu'à preuve du contraire. Mais en l'heure, le jeune homme aurait eu du mal à en vouloir à la paranoïa de son interlocuteur. Il était lui même un sorcier qui avait en effet gardé des secrets sur son histoire. Pourquoi n'en parler qu'à lui ? C'était effectivement une bonne question. Protégeait-il quelqu'un ? Oui. Les deux réponse étaient-elles liées ? Non. Adam pu s'en problème s'arranger avec sa conscience pour répondre en omettant la deuxième question. Il se calma un peu, bien que sa condition était toujours aussi mauvaise. Seulement les remarques de Vail ne semblait pas remettre en doute son témoignage sur la bête, c'était bon signe. Il reprit donc, moins précipité, plus sûr de ses mots

« Vous avez raison Monsieur Vail, il serait plus avisé de prévenir la ville entière que de m'adresser à une personne en particulier. Seulement monsieur, j'aimerai vous poser une question. Savez-vous qui je suis ? Que vous puissiez répondre à cette question m'impressionnerait fort, et vous feriez partie des rares personnes de la ville à pouvoir le faire. Si je connais bien la ville, elle, ne me connaît pas. Les avertissement d'un inconnu dans la foules n'auraient que peu de valeur. Et, si par mégarde, quelqu'un m'y reconnaissait, cela n'arrangerai en rien la crédibilité de mon propos, pour ne pas dire qu'il le saboterait. Car voyez vous je suis servant, et en ces lieux le rang a plus d'importance que tout si ce n'est peut être l'argent. Si je viens vous voir monsieur Vail, c'est que, bien que j'ignore s'ils vous respectent ou vous craignent, je sais que les gens d'ici vous écoutent. Adam s'arrêta une seconde avant de reprendre. Oh ma question me fait réaliser que je n'ai pas eu la politesse de me présenter. Je me nomme Adam, Adam Jonson. »  

    Adam espérait  que cette réponse lui conviendrait. Après tout elle était sincère et ses remarques justifiées. Mais l'homme en face de lui était méfiant par nature, et ces gens là avait toujours des questions à poser, n'étant jamais satisfait des réponse qu'on leur offrait et voyant le mensonge derrière chaque détails obscurs.
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Acculer son interlocuteur pour n’extraire de ses mots que la vérité la plus pure qui soit, comme un alchimiste s’emploierait à soutirer un précieux principe actif à une plante, c’était là le but premier d’Alphaeus. S’il avait décidé de croire en la parole du serviteur, il n’était pas dupe ; il lui conseillait d’avoir de bons arguments ou sinon ses soupçons sur son identité seraient grands, et s’il savait qu’il était le serviteur de la fille Perkins, il n’en trouverait Cherry - cet enfance capricieuse au sang démoniaque - que plus louche. Aussi l’homme de Dieu rôdait, cerclait le serviteur de pas menaçants, caressant innocemment les crosses de ses armes jumelles. C’est à mots plus mesurés que son interlocuteur lui répondit, comme s’il avait étrangement pris conscience de l’importance de sa réponse. Comme s’il savait qu’au moindre faux pas, il serait condamné à mort.

Alpha dût reconnaître que cet homme n’était pas des plus sots. Ses propos faisaient sens, et après avoir marqué un instant de silence pour mettre de l’ordre dans les informations recueillies, l’inquisiteur acquiesça avec gravité. « - Bien, monsieur Jonson.  » Son rang ne lui importait guère, car au yeux d’Alphaeus les échelons sociaux n’étaient rien. Il n’existait à ces yeux que deux statuts : fidèle ou impie, ange ou démon, vivant ou mort. Et il s’adressait avec déférence à tous ceux du premier camp lorsqu’il crachait toute sa hargne à la figure du second.  « - Je veux bien croire que votre parole n’aurait aucune valeur, et le danger me semble primordial. Je vais intercéder auprès du pasteur et du maire en votre faveur pour que le monstre soit traqué avec plus d’insistance. » En aucun cas le croire signifiait qu’il lui accordait sa confiance. C’était juste qu’il ne pouvait se permettre d’ignorer la menace. Aussi il ajouta : « - Toutefois… Si vos paroles venaient à se montrer fausses. Si ces informations ne sont pas tout à fait justes, ou que je découvre qu’il manque un bout de l’histoire, vous êtes faits. »

En vérité, c’était des inutiles menaces. Car il ne pouvait déceler aucun avantage à venir ainsi mentir. Non, il devait être honnête. Et Alphaeus en fut presque déçu, comme s’il regrettait de ne pouvoir exercer son pouvoir sur autrui. Mauvais perdant, il sortit lentement une arme qu’il posa dans sa paume, et joua avec le chargeur, faisant tourner le barillet à la façon d’un bandit de l’ouest. « - Je vous conseille vivement de vous tenir loin de la forêt à présent. Parce que si on vous y aperçoit de nouveau, si j’ai la moindre rumeur qui vient étayer d’un lien quelconque entre vous et la bête... » Il fit mine d’appuyer sur la gachette en pointant son revolver sur la tempe du serviteur. « - Clic. » Un rictus mauvais vint se peindre sur son visage torturé, puis, faussement amical, il vint frapper sa paume sur l’épaule du bonhomme. « - Alors tenez vous sage, mon garçon, et y’aura pas de problèmes! » Il partit d’un rire gauche, presque inquiétant puisque si dénaturé dans sa bouche amère, puis il quitta la ruelle à grand pas.
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