Le poids des Ténèbres. [Elizabeth]

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Le poids des Ténèbres | Feat Elizabeth Parris
Février 1690, Maison de la famille Perkins.




    Quand elle ouvre les yeux, une impression de lourdeur pèse sur sa tête, sur son corps. Sa poitrine se lève et s'abaisse vigoureusement sous sa chemise de nuit, trempée de sueur. La nuit s'est installée dans la chambre, a déposé son voile noir de ténèbres depuis longtemps déjà, et avec eux se sont infiltrés les cauchemars, pensées sombres. Les souvenirs de cette course en forêt la font encore haleter tant elle ressent encore le froid lui mordre les joues et son cœur battre comme le monstre derrière eux retournait la neige lors de leur course effrénée. Jamais elle ne s'était sentie aussi apeurée, aussi petite et nue... Et aussi excitée. Et c'était cette adrénaline de la découverte du monstrueux qui lui fait véritablement peur, qui la hante vraiment. Pas ces yeux noirs et vides, pas ces immenses cornes, pas cette aura malsaine, pas son pelage de ténèbres. Ce qu'elle lui procurait. La sensation d'un mal-être étrange, du plomb dans l'estomac, de la peur, beaucoup de peur.

    Ses yeux s'embrument un peu plus de larmes alors qu'elle ne sait plus quoi faire, plus comment réagir. Ses pensées vont, l'espace de quelques instants, à Adam. Elle le revoit se stopper net, se retourner. Elle revoit la créature se jeter sur lui, puis ce flash lumineux. Puis la détonation. Jamais n'aurait-elle songé un seul instant qu'un traîne-patin comme lui, vivant de larcins dans la rue, aurait été capable d'une telle chose. Le choc est encore trop violent, pour elle ; voilà quelques jours à peine que tout ça est arrivé et elle a du mal à s'en remettre. Elle ne dort plus bien, ne sait plus quoi faire de ses journées. Son père l'a consignée à la maison, et pour une fois, elle se sent d'y rester le temps d'une convalescence. De "réfléchir à ce qu'elle fait", selon Ami Perkins. Après tout, il est bien au courant qu'elle ne sort jamais sans chaperon, qu'elle est impertinente et insolente envers ceux qui cherchent à lui donner des leçons. Mais le laxisme de son père commence tout de même à devenir un élément important des commérages ; il ne semble plus vraiment capable de le supporter. Et évidemment, au lieu de l'assumer pleinement, il préfère courber l'échine, gronder sa progéniture, lui "apprendre quand dans la vie, surtout lorsque l'on est une femme de ton rang et de ton âge", l'on ne fait pas ce que l'on veut.
    Ces histoires commencent à la peser. Elle ne sait pas, ne sait plus ce qu'elle veut.

    Et Seigneur, qu'elle a peur dans ce noir si dense.

    Elle craque une allumette sur son chevet, fixe un court instant la flamme chaude et rassurante vaciller, victime de la respiration encore paniquée de la bourgeoise, qu'elle dépose finalement sur la tige de sa chandelle. Cela éclaire peu, mais suffisamment pour que les meubles dans la chambre soient parfaitement reconnaissables. Un soupir, elle s'extirpe du lit, essuie de nouveau ses yeux embués et se dirige vers le couloir. Au-delà d'avoir besoin de compagnie, elle a besoin d'une présence en particulier.
    Aucun bruit, elle marche sur la pointe des pieds dans le couloir au parquet bien ciré, agile et silencieuse. Elle sait exactement où elle doit marcher pour ne faire aucun bruit. Finalement, elle se tient debout devant la chambre. La chambre de sa domestique. Elizabeth.
    Elle toque, là aussi, doucement et presque silencieusement. Écoute à la porte. Et l'ouvre sans attendre de réponse. Doucement, elle passe dans l'embrasure, sa chandelle éclairant progressivement la chambre.
    Elizabeth ? Appelle la demoiselle, la voix basse, trahissant fatigue et peine.
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La chambre d’Elizabeth embaumait la lavande. Lorsqu’elle était retournée chez les Daucourt, malade et humiliée, Anne s’était employée à bourrer ses oreillers de petites fleurs violettes afin de lui assurer un sommeil tranquille. Depuis lors, son amie lui en envoyait fréquemment des boutons pour qu’elle en garnisse sa literie. Lorsque la domestique fermait les yeux, elle se figurait à nouveau le manoir de son enfance, et ses rêves s’en trouvaient empreints d’une douce nostalgie. Elle était perdue dans ces songes doux-amers lorsque Belle, sa pie, se mis à caqueter dans sa cage alors que la porte de la chambre s’ouvrait lentement. Arrachée à son sommeil, la jeune femme grogna et se redressa dans son lit, les cheveux en bataille. Une silhouette se découpait dans l’embrasure, éclairée par la flamme tremblotante d’une bougie.

- Elizabeth ?

Encore hébétée de sommeil, elle plissa les yeux pour mieux discerner le visage pâle et la longue chevelure blonde. Un instant, Betty se croit encore dans son rêve :

- … Anne ?

Mais ses pensées la rattrapent. Quelque chose ne va pas. Anne est une femme adulte maintenant, plus une enfant. Anne l’aurait appelée Betty, pas Elizabeth. Alors qui est cette personne ?
Belle frappa du bec contre les barreaux de sa cage, et la domestique fut brusquement ramenée à la réalité. La famille Perkins, Warwick Bay, le Nouveau Monde… Tout lui revint, et son regard s’éclaira.

- Cherry ! Quelle heure est-il ?

Elle se frotta les yeux pour chasser les derniers filaments de sommeil qui collaient à ses paupières, et se rendit compte de l’air inquiet de sa jeune maîtresse. Cela ne l’étonnait pas tant que ça. Ces derniers jours, la jeune fille avait eu le visage de plus en plus marqué par la fatigue, et sa peau blanche accusait un début de cernes. Depuis ce soir d’hiver où elle était rentrée tard avec Adam, les vêtements mouillés de neige, le souffle court et les joues piquetées de rouge, quelque chose n’allait plus.

- Qu’est-ce qui ne va pas… ?


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Février 1690, Maison de la famille Perkins.



    La vision d'une Elizabeth à la longue chevelure mal peignée aurait, par nostalgie, en temps normal fait rire la demoiselle Perkins. Mais l'ambiance ne s'y prête malheureusement pas ce soir-là. Alors que le nom d'une personne inconnue - dont Caoimhe a vaguement entendu parler lors de conversations qu'elle ne replace plus avec... Sans doute son père - sort des lèvres de la servante encore enveloppée dans son voile de sommeil, la jeune fille se glisse dans la chambre obscure et referme la porte derrière elle. Assez délicatement, elle pose la chandelle et son socle sur la table de nuit, laissant sa domestique se réveiller gentiment ; c'était évidemment sans compter sur cet oiseau de malheur qui fait un vacarme fou. Le regard de la bourgeoise gronde sur le volatile enfermé avant de se tourner vers la propriétaire, les sourcils légèrement arqués vers le haut. L'heure qu'il est ? Elle n'en a aucune idée, si bien qu'elle ne répond pas à la question et vient s'asseoir directement au pied du lit de sa domestique, frottant déjà un de ses bras couverts par la robe de chambre.

    Ce qui ne va pas ? Oh, tant de chose. Elle grelotte.
    J'ai besoin de me confier... Commence-t-elle, hésitante, le regard fuyant dans la pièce ; ses yeux s'accommodent peu à peu à l'obscurité, elle en discerne mieux les meubles, reconnaît l'endroit. Il faut... Absolument que tu me promettes de ne rien dire, d'accord ? Ni à mon père, ni à personne, personne. Elle insiste, les sourcils froncés mais l'air inquiet. Ses mains se joignent contre ses cuisses fermées qu'elle fixe un instant, la tête basse, avant de retourner son attention vers sa servante.

    Vraiment, promet-le. C'est une supplication plus qu'un ordre. Elle se sent déjà nauséeuse et mal à l'aise à l'idée de poursuivre, de parler de la suite ; mais il le faut. Elle en a besoin. Un soupir passe ses lèvres, sa voix est basse et son ton de même. ... Te souviens-tu, l'autre soir, quand nous sommes rentrés plus tard que d'habitude Adam et moi ?...

    Aussitôt ces mots prononcés, son estomac se noue. Sa gorge aussi, bien qu'elle tente de forcer le passage et de déglutir. Ses muscles, sous sa mâchoire, se tendent, ses dents se serrent les unes contre les autres. Quel sortilège l'emprisonne donc pour l'empêcher ainsi de parler de son mal-être ? Elle l'ignore, et préfère prendre une profonde inspiration pour se calmer, se motivant elle-même.
    Nous avons... Été attaqués. Le mot est fort, et même elle s'en rend compte ; poursuivit. Ils ont été poursuivit. Sans doute as-tu également eu vent de la rumeur au sujet d'un "monstre", elle-même semble encore se moquer de ces histoires. Tiraillée entre le passé et le présent, entre la raison et l'expérience. Qui aurait déchiré des hommes et laisser leur charogne pourrir dans les bois pour être découverts au matin par les patrouilleurs. Son regard est sombre et cherche celui de sa domestique. Elle doit savoir où veut en venir sa maîtresse.
    Une nouvelle inspiration, un nouveau souffle. Ses poings se sont serrés, l'un dans l'autre, sa respiration s'est accélérée. Ses yeux se sont embués de larmes ; que va-t-elle dire ? Peut-elle vraiment en parler ?
    Que Dieu la protège.
    C'était... Gigantesque. Une fourrure de ténèbres, une odeur de chaire... Putréfiée, des antérieurs gigantesques, griffues. Elle n'ose même utiliser le terme main, trop humain encore pour décrire la créature qui l'a prise en chasse ce soir là. Ses orbites étaient creux, creux Elizabeth. Vides, et j'ai eu peur de les regarder suffisamment longtemps pour qu'ils aient pu absorber mon âme. Ça paraît ridicule, dit de la sorte, et pourtant dans sa voix l'on peut entendre toute la panique qui s'échappe d'elle. Son souffle s'accélère, elle soupire, soupire, commence même à sangloter, essuie une joue d'un revers de main, comme une enfant trop fière. Cette chose nous a pris en chasse. Nous n'étions même pas loin de la ville, la nuit nous tombait dessus, comme la neige. Alors on a couru à travers les bois. Mais ça nous rattrapait. Ça nous a rattrapé, je- ! Elle sent encore le souffle ardent, grondant de la créature dans son dos, contre son crâne glacé par la course. Les larmes coulent sur ses joues, elle s'étrangle dans ses mots. Une profonde inspiration, encore une. Il faut qu'elle poursuive. Adam s'est retourné, d'un seul coup. Et... Un flash blanc- comme un coup de fusil... Je n'ai pas cherché à comprendre et ai couru de nouveau... Elle devait en parler. Auprès d'Adam, elle a fait mine de ne pas savoir ce qu'il s'est passé dans la forêt. Mais aujourd'hui, son cœur est trop lourd pour supporter le poids d'un autre secret, d'autres ténèbres.
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L'adolescente a l'air si remuée que le cœur de Betty se serre doucement dans sa poitrine. Elle la suit du regard, l'observe s'asseoir sagement au pied de son lit, et lui demander de promettre de ne rien répéter. La domestique a un sourire en coin à l'entente de cette requête : sa maîtresse ne devrait même pas avoir à lui demander de garder le secret, depuis le temps que la sorcière protège ce petit bout de femme... Elle ne compte même plus le nombre de fois où elle dû mimer l'étonnement lorsque Hann Perkins lui demandait où diable était passée sa fille. Mais la lueur amusée dans son regard s'éteint lorsque Caoimhe entame son récit. Ses paroles sont décousues, sa voix tremblante, ses yeux humides. Doucement, la domestique s'extirpe de sous ses couvertures pour s'asseoir au bord du lit et tendre une main afin de la passer dans la chevelure blonde de Cherry. Elle ne l'interrompt pas, lisse doucement les longues mèches entre ses doigts. Elle peut sentir le voile de sueur sur la peau de son crâne, signe de sa nuit agitée. En entendant la description de la bête, elle comprend maintenant mieux pourquoi sa maîtresse passait de si mauvaises nuits. La créature ne lui évoque rien de connu cependant, et cette idée la met mal à l'aise. Elle a lu de nombreux livres, vu de nombreux dessins de monstres issus des cauchemars les plus tordus, mais ce monstre-là ne lui dit rien. Elle déglutit discrètement, puis reste silencieuse lorsque la jeune fille évoque Adam et ce... flash blanc ? Étrange. Elle range ce détail dans un coin de sa tête, mais s'assure de ne pas l'oublier. Pour l'instant, la priorité est de réconforter la demoiselle. Elle ôta sa main de ses cheveux pour venir tapoter le matelas à côté d'elle afin de l'inviter à s'asseoir.

- Ne reste pas par terre, tu vas attraper froid.

Une fois la jeune fille assise, la domestique entreprit de passer doucement son pouce contre ses joues afin d'en essuyer les larmes.

- Le plus important pour le moment, c'est que cette créature ne vous ai pas blessés, Adam et toi. Cependant, je sais que ça risque de te déplaire, mais il va falloir que tu évites de t'éloigner seule dans la forêt. Du moins, jusqu'à ce que quelqu'un s'occupe de... de cette bête.

Sa voix vacille un peu sur la fin de sa phrase. Elle essaye tant bien que mal d'avoir l'air sûre d'elle, mais l'évocation de la créature lui rappelle brutalement à quel point la situation est effrayante, surtout pour une adolescente. Elle se mordille doucement la lèvre, réfléchit.

- ... Il faudrait en parler à quelqu'un qui aurait les... les compétences nécessaires...

Betty sait ce que cela sous-entend. Les compétences nécessaires pour chasser un monstre. Des compétences au-delà de celles des simples mondains. De la sorcellerie. Durant toutes ces années de bons et loyaux services, elle n'a jamais osé révéler les véritables tenants et aboutissants de son passé tumultueux. Oh, peut-être que Cherry a des doutes, c'est loin d'être une enfant stupide, mais jamais elle n'a trouvé le cœur de lui avouer la vérité. Mais là, c'est tellement tentant... Lui montrer qu'elle n'est pas qu'une simple femme de chambre, qu'elle aurait réellement le pouvoir de la protéger... Mais l'a-t-elle vraiment, ce pouvoir ?

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Février 1690, Maison de la famille Perkins.



    D'aussi loin qu'elle se souvienne, Caoimhe a toujours apprécié la douceur d'Elizabeth. Sans jamais se l'admettre réellement, elle a toujours eu une préférence pour elle parmi les autres domestiques de la maison, et cela devait se sentir d'un côté comme de l'autre. Hann n'a jamais bien apprécié que sa fille soit un peu trop complice avec des employés, mais vu le tempérament de son petit bout de femme, il se doutait bien qu'elle ne finirait pas par prendre de mauvaises manières ou habitudes. Évidemment, c'était sans compter le feu de l'aventure et le courage sans faille de la demoiselle, mais il s'agit là d'une autre histoire, n'est-ce pas.
    Elizabeth l'invite à s'asseoir auprès d'elle, Cherry ne se fait pas prier et ramène ses petits pieds sur le drap chaud du lit. Et comme si elle voulait essuyer ses soucis, la servante chasse les larmes des joues de la petite blonde, soudainement descendue au rang d'enfant, juste le temps de confessions. Ses yeux bruns en profitent pour détailler un peu le visage doux et chaleureux qui cherche à la réconforter un peu. Cherry l'a toujours trouvée jolie, au visage mature - qu'elle-même espère avoir d'ici quelques années - et aux yeux pétillants d'énergie. Elles se ressemblent, sur ce point, et cela rassure au plus haut point la demoiselle blonde : même en âge de travailler, de se marier, cette part peut être conservée chez un adulte. Si elle en a douté un jour, Elizabeth lui a prouvé le contraire.

    Elle écoute attentivement, sans mot dire, ces conseils qui semblent si bien avisés. Ne pas aller dans la forêt ne devrait pas être trop complexe, en revanche...
    Non ! Elle s'affole soudainement, se redressant, l'air totalement paniquée. Sa voix s'est soudainement haussée, et même en tentant de la taire son ton reste plus haut que de simples murmures. N'en parle pas à Vail ! Elle supplie, encore plus paniquée à cette idée qu'à l'éventualité d'une bête qui dévore encore les plus téméraires s'enfonçant dans la forêt. Adam veut déjà lui en parler, et je suis contre l'idée de le mêler à cette histoire... Elle se mord la lèvre pour se faire taire. Pas une enfant stupide, certes, mais une enfant paniquée, ne comprenant pas la subtilité du sous-entendu. Vail est un homme à la voix qui porte, et Caoimhe le sait. S'il crie sur tous les toits qu'elle est une sorcière, elle ne fera malheureusement pas long feu. Non, hors de question d'être mêlée à cette histoire, la conversation avec Adam a déjà été suffisamment houleuse et claire pour qu'elle ne se permette d'accepter un nouveau témoignage. Elle doit s'avouer étonnée, cela dit, qu'Elizabeth souhaite en parler à l'inquisiteur ; dans ses souvenirs, l'homme n'a pas de très bonnes relations avec les deux femmes de la maison Perkins...
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En entendant ses mots, l'adolescente se redresse brusquement, une lueur paniquée dans les yeux. Sa domestique la considéra avec un air stupéfait tandis qu'elle la suppliait de ne rien dire à l'inquisiteur Alphaeus Vail. A ses mots, la jeune femme resta interdite un instant avant de porter une main à ses lèvres pour étouffer un gloussement.

- En parler à Vail ! Grands dieux, quelle idée !

Si l'inquisiteur savait que la demoiselle, et par extension sa femme de chambre, était impliquée dans une telle histoire, il y avait fort à parier qu'il se jetterait sur l'affaire tel un rapace sur une bête blessée.

- Vail est bien la dernière personne à qui j'irai raconter tout cela ! Quoique, s'il essaye de réciter la bible à cette bête et qu'il se fait tuer dans le processus, cela ne serait pas pour me déplaire !

Secouée de rires contenus, la sorcière secoua doucement la tête, faisant voleter la masse vaporeuse de ses cheveux roux.

- Non, ce n'est pas en s'en remettant à un quelconque dieu que nous seront protégés d'un prédateur venu des Enfers.

Elle redevint sérieuse, et fronça légèrement le nez tandis qu'elle réfléchissait. Sans qu'elle ne sache vraiment pourquoi, cette histoire de monstre lui tenait subitement à coeur. Elle avait toujours écouté d'une oreille distraite les ragots qui couraient sur la mystérieuse créature laissant des cadavres étrangement mutilés sur son passage, mais elle avait laissé cela sur le compte d'une quelconque bête sauvage. Après tout, un nouveau monde implique une nouvelle faune... Mais maintenant que sa maîtresse y avait été confrontée, et en voyant l'état dans lequel cela l'avait laissée, elle ne doutait plus de l'existence du monstre. Plus encore, elle voulait désormais la voir de ses propres yeux. Cette pensée la faisait frissonner d'excitation, mais aussi de peur. Cela faisait près de 5 ans qu'elle était arrivée en Amérique en compagnie de la famille Perkins, et depuis, rien de franchement palpitant ne lui était arrivé. Elle n'utilisait plus que rarement ses pouvoirs, et fêtait discrétement les sabbats dans son coin. Mais maintenant que la Bête était apparue, elle se sentait fébrile à l'idée du danger, et s'imaginait déjà en venir à bout, comme au temps où rien ne lui était impossible.

- ... Ce que j'en pense, c'est qu'il faut vaincre le feu par le feu.

Ce feu qui dansait dans ses yeux et faisait bouillir le sang dans ses veines. Elle s'emportait si bien dans ces projets vengeurs qu'elle ne réfléchissait même plus aux conséquences que de telles déclarations pouvaient avoir sur sa maîtresse.


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    La petite moquerie d'Elizabeth fait froncer les sourcils de la plus jeune des deux. Légèrement vexée, ses petits yeux plissés et embués de larmes vont de paire avec ses lèvres recourbées vers l'avant, manifestant son mécontentement.
    Cela dit, la voilà un tant soit peu plus rassurée sur les idées de sa domestique. Évidemment que c'est une mauvaise idée d'en parler à Vail, et elle espère très clairement qu'Adam s'en rendra compte et n'aura aucunement l'intention de le faire.
    La remarque de sa gouvernante la fait rire à son tour, légèrement du moins, de quoi parvenir à sécher ces larmes aux coins de ses yeux. C'est bien connu, au sein de la maison Perkins, que Alphaeus Vail n'est pas très apprécié par les deux femmes. Elles ont même tendance à être plutôt mégères à son égard ; il le mérite très clairement.
    C'est sans doute aussi en ça qu'Elizabeth et Caoimhe s'entendent si bien. Deux femmes qui se rient des hommes les plus agrippés à leurs principes comme une tique à son chien. Et grand Dieu qu'il est aisé de trouver des victimes pour leurs moqueries, dans ce bas monde.
    Caoimhe trouve, en la personne d'Elizabeth, un soutien qu'elle n'a pas auprès du village de Warwick Bay, hélas. Qui d'autre que quelqu'un au mauvais caractère pour faire abstraction de son mauvais caractère et mieux la comprendre, n'est-ce pas ?
    Hmr, j'aurai aimé que ça soit le cas ; mais il est bien connu que les miracles de Dieu sont imprévisibles et ne tombent pas lorsque l'on les demandes ; et cette... Chose nécessiterait d'être foudroyée sur place plusieurs fois pour en venir à bout... Elle parle tout bas, le regard soudainement plus terne, plus fuyant, comme tout à l'heure. Revoir cette créature, même en songes, lui donne la nausée de la peur.

    Puis vient la compréhension de ce que veut dire "combattre le feu par le feu". Cette créature tout droit sortie du septième cercle des Enfers ne peut être vaincue que par une force puissante, mais équivalente, évidemment. Et qui peut bien faire tomber la foudre selon son désir ?...
    Elle se redresse légèrement, s'écarte un peu malgré elle. Le feu qui danse dans les yeux de son aînée danse également dans les siens, bien que noyé par l'humidité. C'est une flammèche qui naît lentement, qui commence à réchauffer le corps de Cherry.
    Tu veux dire... ? Elle marque une pause, fronce légèrement ses sourcils, l'air plus de réfléchir que de se méfier. Avec une voix très basse, elle se penche légèrement vers sa domestique. Avec de la... Magie ?

    Et sur ses bras, ses poils blonds, fins et invisibles, se dressent avec son épiderme. Le frisson se répand dans tout son corps, du bout de ses pieds jusqu'en haut de son crâne. De la magie ? Elizabeth ne serait pas capable d'une telle prouesse... Si ?
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Caoimhe a compris. Betty peut le voir dans ses yeux qui s'agrandissent, dans sa bouche qui s'arrondit, dans ses sourcils qui se haussent.

- Tu veux dire... Avec de la... Magie ?

La domestique ne peut s'empêcher de sourire. Cependant, ce sourire est dépouillé de bienveillance. C'est une joie malsaine, une excitation morbide qui étire les lèvres de la sorcière. Depuis son arrivée à Warwick Bay, la jeune femme a rarement eu l'occasion de parler de magie avec quelqu'un d'autre, et le fait d'entendre le mot prononcé à voix haute la fait agréablement frissonner.

- Qu'en pense-tu ? Ne serait-ce pas le meilleur moyen de vaincre cette horreur ?

Le reflet de la flamme de la bougie danse dans ses yeux clairs.

- Nous pourrions la maudire, la faire brûler, l'empoisonner, ou encore façonner un golem enchanté qui serait capable de se battre contre elle, comme une sorte de... de combat de gladiateurs, tu vois ? Oh non, encore mieux ! Nous pourrions en prendre le contrôle, devenir ses maîtres ! Tu imagines Cherry ? Avec un tel monstre, il serait si simple de se débarrasser de Vail, des inquisiteurs, de tous ces emmerdeurs de puritains !

Pendant un instant, ce n'est plus Betty la domestique qui s'exprime - c'est Betty la sorcière, la protégée de Gaëlle Clarick, la flamme folle et éternelle consumant tout sur son passage... Dans sa cage, Belle peut sentir sa maîtresse perdre le fil. La pie émet un croassement anxieux, mais sa propriétaire ne l'écoute pas. Elle s'est levée du lit pour se diriger vers le petit bureau qui meuble sobrement sa chambre, et s'est emparée de son vieux livre de compte avant de revenir s'asseoir en tailleur aux côtés de Caoimhe. D'un geste hâtif, elle ouvre le volume. Belle croasse plus fort. Elle ne l'écoute toujours pas. Elle lève une main au-dessus des pages, et les chiffres commencent à trembler. Alors la pie se met à battre des ailes, à remuer dans sa cage, à faire tinter le métal. Agacée, Betty tourne la tête vers l'oiseau et suspend son geste. Subitement, elle réalise ce qu'elle s'apprêtait à faire, et son sourire s'efface. Elle reprend conscience que sa maîtresse est là, à ses côtés. Elle comprend qu'un instant, elle a basculé. Et finalement, elle laisse retomber sa main sur le livre ouvert, les chiffres s'immobilisant. Elle lève un regard ahuri vers l'adolescente, l'air perdu. Qu'allait-elle penser d'elle ?

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    Le visage d'Elizabeth change, et l'inquiétude sur le visage de Caoimhe prend soudainement la place de sa curiosité, ou même de son air réfléchi. Cette situation ne la met vraiment, vraiment pas à l'aise.

    Elle se rassemble un peu sur elle-même durant le discours de sa servante. Comment ça, façonne un golem ? N'y a-t-il pas moins discret que cette chose pour combattre un monstre ? Cherry ne voit pas, ne voit plus, la rousse veut en venir, où la rousse va, même. Elle suit ses yeux sa silhouette, les sourcils froncés et inquiets à la fois, comme elle sait si bien le faire. Son cœur bat très vite, très fort. De l'excitation ? De la peur ? Oh, ses sentiments sont bien fugaces, mélangés dans une bouillie durcie par les mots qui lui remonte le long de la gorge, noue sa trachée, pèse sur son estomac. Elle est mal à l'aise. Très mal à l'aise. Déglutit, difficilement. C'est alors que les lettres dansent sur le livre qu'a ramené la gouvernante, c'est alors que la pie piaille de plus en plus fort ; Cherry essaie de la faire taire à coups de "Shhh !" Mais rien n'y fait, tout panique dans la pièce, même elle.

    Elle allait ouvrir la bouche quand la cacophonie cesse enfin. Intérieurement, Caoimhe prie pour que l'oiseau n'ai réveillé personne. Le moins pire serait Adam, le plus terrible serait son père. Une fine couche de sueur fait briller le front dégager de la petite bourgeoise n'osant respirer bruyamment, et pourtant elle a le souffle court. Ses yeux dardent Elizabeth d'un air inquiet, presque paniqué. Grand Dieu, mais qu'a-t-elle fait ?
    Il lui faut un instant que les deux femmes reprennent leurs esprits. Cherry secoue doucement la tête, pose une main sur celle de son aînée, ne quittant son regard un seul instant.
    Ne refais plus ça. Je t'en prie. C'est déjà suffisamment difficile pour elle d'accepter que sa servante soit une sorcière, depuis tout ce temps en plus ! Elle qui a essayé de s'y mettre, elle qui n'a ni patience ni expérience, elle qui rate, elle qui pense prédire, elle qui s'agace devant cet arcane... Et sous son nez, une sorcière aguerrie. C'est fou. C'est complètement fou aux yeux de la jeune Caoimhe. Elle a du mal à se rendre compte, pour tout avouer. Elle laisse le temps se figer, un instant suspendre son souffle ; pour se détendre, se recentrer, ses yeux dans ceux de sa servante. Elle est venue ici pour trouver du réconfort ; Elizabeth doit le lui donner, ne pas l'effrayer plus. Elle a peur, elle a trop peur, trop de révélations en si peu de temps. Et puis quoi, bientôt, le boucher du coin est un Homme-loup ?

    C'est un nouveau monde qui s'offre trop brusquement à la vue de Cherry. Elle sait que les sorcières ne sont pas dangereuses, c'est une évidence. Elles sont bien plus décriées que ce qu'elles ne méritent vraiment.

    Un soupir, et le temps reprend sa course.
    Tu... Es donc capable de telles prouesses ? Sa petite gorge serrée déglutit, encore un peu fébrile, alors que son petit corps frêle se redresse dans ses habits de nuit. Mais... Toute seule, tu ne pourras rien faire contre ce Monstre, n'est-ce pas ?... Ne met pas ta vie en danger inutilement, je t'en conjure !
    Elle ignore à peu près tout des pouvoirs d'Elizabeth. Tout ce temps passé en sa compagnie, à ne jamais rien voir ? Combien de tours a-t-elle joué à son entourage, combien de fois Miss Perkins a-t-elle été leurrée devant d'éventuelles manifestations extraordinaires sans jamais ne rien douter ?
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En voyant l'air choqué de sa maîtresse, Betty sent son cœur se serrer dans sa poitrine. Elle ressent quelque chose dont elle n'avait plus fait l'expérience depuis le jour où elle avait dû se présenter malade et souillée à l'amie qu'elle avait trahie. Elle ressent de la honte. D'une voix étranglée, elle articule :

- J-Je suis désolée...

Mais déjà sa maîtresse reprend un semblant de contenance. Elle se remet droite, lui ordonne de ne pas prendre de risque. La domestique a un brusque sentiment de tendresse et de fierté pour la demoiselle, et esquisse un pauvre sourire.

- Oui, je... Je suis désolée, je ne voulais pas... je ne voulais pas que tu le découvres de la sorte. Enfin, je ne sais même pas si c'est une bonne chose que tu l'aie découvert, finalement...  

Nerveusement, elle lisse une page de son grimoire. Elle qui avait toujours fait de son mieux pour offrir à la jeune fille un exemple, un point d'attache sûr auquel elle aurait pu se fier, peu importe la situation... Et voilà que sans prévenir, elle lui agitait sa sorcellerie ridicule sous le nez ! Et malgré cela, l'adolescente s'inquiétait quand même pour elle...

- Mais tu as raison, seule je ne peux rien faire contre cette créature. Il y a plusieurs années de cela, j'en aurais été capable mais... ce temps est révolu, malheureusement.

Le regard perdu dans le vide, elle fixe les chiffres enchantés sur le papier. Elle se sent tellement misérable. Elle aurait pu être fière de montrer à sa maîtresse qu'elle avait des pouvoirs, qu'elle était capable de la protéger, mais finalement c'était encore pire. Elle n'a plus l'image d'une sorcière puissante, maintenant ce n'est plus qu'une sorcière déchue, une sorcière ratée.

- Je ne tenterai rien seule dans tous les cas.

Cette phrase la fait cependant réfléchir. Est-elle vraiment seule ? Avec un air songeur, elle effleure son médaillon du bout des doigts.

- ... Mais je ne suis pas la seule sorcière aux alentours. Et puis, j'ai une amie en Angleterre qui est une magicienne exceptionnelle...

Bien sûr, elle n'irait sûrement pas demander à Anne de venir à Warwick Bay pour l'aider à se battre contre un étrange monstre, mais... peut-être aurait-elle des conseils pour elle... ?

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    Pour une fois, c'est la petite blonde qui couvre Elizabeth d'un regard bienveillant, tentant presque de la rassurer alors qu'elle a suspendu l'instant dans sa tête. Cette histoire est folle, complètement folle. En arrivant à Warwick Bay il a y a quatre ans à peine elle a vécu plus de péripéties que tout au long de sa vie en Écosse. Même si rien ne rivalisera avec le décès de sa mère, certainement.

    Après s'être confondue en excuses, Elizabeth semble rependre possession d'elle-même, et c'est tant mieux : Caoimhe s'en voit légèrement rassurée, bien qu'elle tende le cou au cas où les choses pourraient déraper.
    Peu importe. Elle chasse les peurs de sa servante d'un revers de mots. Elle se moque bien de savoir si c'est une bonne chose ou non pour elle d'apprendre que sa plus proche amie, dirons-nous, est une sorcière. Le problème n'est pas là, et même s'il se posera sans doute plus tard, Elizabeth ne peut pas se laisser emporter de la sorte.
    Ce qui est fait est fait. Pense-t-elle alors, s'inquiétant plus de savoir si la rousse - apanage des sorcières s'il en est, elle va se méfier de toutes les rousses désormais, et à raison - va vraiment s'attaquer à la bête seule ou non. Une chose est sûre, Caoimhe ne va certainement pas refaire face au monstre, pas tout de suite en tout cas, pas sans savoir se défendre, avec ou sans Elizabeth. Quoi qu'il en soit, elle écoute avec attention ce qu'elle a à dire, fronçant légèrement des sourcils à la mention d'antan. Donc Elizabeth a été quelqu'un de puissant ? Avec le recul, la bourgeoise d'aperçoit qu'elle ne connais rien de l'ancienne vie de sa servante, si ce n'est qu'elle envoie des lettres à une certaines Anne.
    Au moins, désormais, Caoimhe a la certitude que la femme ne fera rien seule.

    Tu me rassures au moins sur un point. ne serait-ce pas un petit sourire qui pointe sur ses lèvres ? Très discret, comme toujours, il n'y a que quand elle se moque d'Adam qu'elle rit pour de bon.
    L'air pensif de la servante l'interpelle ; que mijote-t-elle encore ? La gentillesse sur son visage est bien vite écrasée par une moue quelque peu renfrognée, yeux plissés. Elle se méfie, oui, évidemment.
    ...
    D'autres sorciers ?

    La bourgeoise regarde Belle un instant. L'oiseau surveille aussi, dans sa cage. Après réflexion, elle s'est toujours demandée pourquoi Elizabeth avait emmené une pie. Il n'y a pas pire comme volatile. Il a souvent été accusé de disparitions des affaires de valeur de Caoimhe, quand elle était plus jeune. Ne serait-il pas lié au fait que la rousse soit sorcière, justement ?
    Ca lui rappelle son escapade dans la forêt, quand elle a vu une biche se faire abattre par une flèche. Un gitan est venu l'achever ; ne sont-ils pas eux-mêmes connus pour être de dangereux sorciers ?...

    Est-ce que... Tu connais la famille Belkhan ? Tout le monde les connaît, en ville, et tout le monde les reconnaît, d'ailleurs. Quand l'un d'entre eux pointe le bout de son nez, la colonie entière est au courant. As-tu déjà entendu parler des racontars à leur sujet ? Elle se risque de nouveau à demander.

    Qu'on le croit ou non, Caoimhe est une fouineuse, sacrée curieuse, petite et discrète qui se faufile n'importe où sans que l'on puisse la voir. Elle épie les conversations, épie les gens, rôde dans la forêt et en apprend plus que quiconque sur n'importe quel sujet grâce à cela.
    D'autant plus que ses "amies" sont de sacrées commères.
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Caoimhe semble avoir rapidement assimilé la situation, et sourit d'un petit air amusé en observant sa servante. Sous ce regard d'enfant presque adulte, Betty se sent mieux : elle sait qu'elle doit rester forte, pour elle. Ce n'est pas à Cherry de s'occuper d'elle, mais le contraire. Machinalement, elle passe la paume de sa main sur les pages pour les lisser, manie qu'elle a attrapée en apprenant les rudiments de la vie domestique. Lisser, plier, corriger, remettre en ordre pour que les défauts ne soient plus visibles. L'adolescente à ses côtés semble également perdue dans ses pensées, les yeux rivés sur la pie dans sa cage sobrement ouvragée. Puis le nom des Belkhan franchit ses lèvres. Betty hausse un sourcil, étonnée.

- Les Belkhan ? Comment se fait-il que tu les connaisses ?

Une pointe d'inquiétude perce dans sa voix tandis que ses sourcils se froncent.

- Tu n'es pas allée traîner dans le camp des gitans, n'est-ce pas ?

Imaginer sa petite maîtresse, toute blanche et pure, parmi la saleté du peuple roumain la révulse au plus haut point. Plus encore, c'est le nom des Belkhan qui l'interpelle. Elle les sait puissants, maudits au plus profond de leur chair, parias parmi les parias. Le pli soucieux entre ses sourcils demeure un moment alors qu'elle réfléchit à où sa maîtresse souhaite en venir.

- ... As-tu déjà adressé la parole à un Belkhan, Caoimhe ?

Elle est inquiète à cette idée. Connaissant la langue bien pendue de la jeune fille pour en avoir elle-même fait les frais, elle se demande subitement si elle n'a pas insulté involontairement l'un des membres de la famille, et si la Bête ne serait finalement qu'une invocation vengeresse de leur part à destination des Perkins. Cette idée romanesque la fait légèrement pouffer : oh oui, l'insolence de la demoiselle pourrait certainement pousser les plus sensibles à de telles fins. Mais bien vite elle reprend contenance et son visage se refait plus sérieux.

- Tu n'as pas fait de bêtise, n'est-ce pas ?


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    Ses yeux se lèvent au ciel. Elizabeth semble oublier qui est sa maîtresse.
    Tout le monde les connais, Elizabeth, ne fait pas l'étonnée. Dit-elle d'un air parfaitement condescendant, l'air presque contrariée.

    Mais quand l'idée d'avoir parlé à un gitan vient sur le tapis, Caoimhe se sent un peu comme l'enfant qui a donné l'information de trop à son parent qui en déduit bien trop facilement la situation. En reportant ses prunelles brunes sur la servante, elle dévie bien vite son regard malicieux vers les flammes des bougies, puis vers le sol, puis vers le mur, étouffant un petit sourire ou même quelques justifications en se pinçant les lèvres. Apparemment, ce n'est pas une bonne chose même pour sa sorcière de servante de côtoyer le peuple gitan. Évidemment, elle les méprises. Évidemment, ils ne font partie que d'un peuple souillé et crasseux à ses yeux. Mais même un peuple souillé et crasseux a droit à d'immenses pouvoirs. Ce n'est un secret pour personne, et si quelqu'un ne connaît pas les Belkhan, c'est un ignorant, rien de plus.

    Si j'avais fait une bêtise, ne crois-tu pas que nous en ferions déjà les frais, à la maison ? Finalement, son attention se reporte totalement sur la jeune femme. Et tu sais bien que je m'en vais promener en forêt régulièrement. Je suis même déjà tombée sur un indien. Dit-elle en relevant le menton, presque fière de son histoire, alors qu'elle devrait plutôt s'en garder. Mais regarde, Elizabeth, regarde comme elle est grande et forte, comme rien ne peut l'atteindre, alors que quelques minutes auparavant elle pleurait de peur à l'idée qu'une Bête monstrueuse ne vienne la dévorer. J'ai, en effet, adressé la parole à un Belkhan. Et il semblait aussi peu rassuré que moi quant à cette créature. Même si, lors de sa rencontre avec le gitan, ces histoires de Bête n'étaient que des foutaises et racontars pour la jeune bourgeoise. Il chassait une biche. Elle se mordille l'intérieur de la joue. C'est ce qui l'a marqué le plus. Et n'avait pas l'air hostile. Simplet et grossier, mais pas hostile. Un haussement d'épaules s'en suit. Je ne sais pas vraiment de quoi ils sont capables, mais ils vivent profondément dans les bois, à ce que l'on raconte. Ils pourraient être un soutien contre cette Bête, ne penses-tu pas ? Conclu-t-elle finalement.
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Ah, elle est fière d'elle la bougresse ! Betty ne peut réprimer un sourire amusé.

- Certes...

Elle hoche doucement la tête, ses boucles voletant doucement autour de son visage.

- Mais tu as dû t'enfoncer bien profondément dans les bois pour tomber sur un chasseur, mh ?

Son expression se fait plus sévère. Elle lui recommanderait bien de ne plus aller seule en forêt, mais ce serait inutile à dire. Après ce que la jeune fille a vécu, il y a fort à parier qu'elle ne s'y aventurera plus avant un long moment...
Après avoir attentivement écouté ce qu'elle avait à dire, Betty déclare :

- Effectivement, j'en ai entendu parler aussi. Cependant, je n'ai jamais eu l'occasion de leur adresser la parole.

Les bras croisés, elle regarde son grimoire ouvert sur ses genoux, l'air pensif.

- ... Il paraît que leur magie a de grandes affinités avec la nature et les bêtes s'y trouvant. Alors peut-être peuvent-ils nous en apprendre plus... Je pense que ça vaut le coup d'aller leur en parler.

Elle hoche la tête d'un geste décidé. Ce début de plan a quelque chose de rassurant et d'excitant : elle va enfin pouvoir passer à l'action.

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    S'enfoncer profondément dans les bois, elle ne refera plus. Pas tant que ce monstre rôdera encore entres les conifères et y fera taire la vie qui s'y abrite, pas tant qu'il la terrorise encore dans un sommeil agité de cauchemars et qu'elle se réveillé tremblante. Ce monstre ; elle n'attend que de le voir faner enfin sous les coups de feu et les haches de guerre. Si seulement il pouvait ne jamais avoir existé...

    La petite blonde se frotte doucement le bras ; malgré l'isolation des murs qui est de qualité et son corps habitué aux températures basses, elle frisonne alors qu'elle entend le vent souffler contre la fenêtre. Légèrement tremblante, ses yeux bruns rivés sur ceux d'Elizabeth, son regard suit le sien jusqu'à se poser dans les lettres étranges du grimoire. Elle plisse les paupières un instant, tente lire vaguement, puis reporte son attention sur le visage de sa servante. Son idée a l'air de lui plaire...

    Je pense aussi... Une petite moue pointe sur ses lèvres alors qu'elle glisse un regard vers la pie. C'est difficile pour elle de se dire que cet animal est forcément lié à Elizabeth... Qui est une sorcière. Depuis la révélation, l'ambiance a changé. Grandement changé.

    Cherry prend une profonde inspiration, cligne lentement des yeux.

    Elizabeth ?... Sans la regarder, elle garde les yeux rivés sur l'oiseau en cage jusqu'à prononcer ces mots : ... Sauras-tu m'apprendre un peu de ce que tu sais ? Sa tête penche un peu. En... Magie. Son ton semble hésitant. Bien étrange requête que voilà, de son point de vue, apprendre à faire de la magie... Comme on apprend à faire du piano. L'idée l'amuse et l'effraie en même temps. Enfin, elle pourra s'entraîner sérieusement avec quelqu'un pour la guider...
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La question de l'adolescente ne la surprend pas. Cherry est curieuse, déterminée, et il semble évident à la domestique qu'elle souhaite être initiée aux arts occultes. Cependant, elle hausse un sourcil interrogateur.

- Pourquoi souhaites-tu apprendre la magie ? C'est une pratique dangereuse.

Elle en avait elle-même payé le lourd tribut, après tout. C'était une douleur qu'elle ne souhaitait à personne. Perdre sa puissance avait été à l'image de son enfant mort-né : un morceau d'elle qui lui avait été arraché dans la souffrance et dans la honte.
Mais malgré cela, elle avait toujours trouvé injuste ceux qui, comme les Daucourt, pensaient que la sorcellerie était uniquement réservée à ceux nés avec des dispositions. Si Betty honorait les sabbats, elle le faisait à l'égard de la nature, et ne se vouait à aucun dieu... ou démon. La dénommée "magie", à ses yeux, constituait simplement la maîtrise du flux d'énergie qui circulait dans chaque être vivant. Il suffisait d'y prêter attention et de l'apprivoiser.

- Quand on y touche, il n'y a plus de retour en arrière. Tu en as conscience, n'est-ce pas ?

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    Le visage de la rousse devient sérieux, presque sombre. L'ambiance pèse désormais et Caoimhe comprend presque instantanément de l'impact qu'a eu et que pourra avoir sa demande. Plus revenir en arrière, n'est-ce pas ? Il semble pourtant évident à la jeune bourgeoise qu'il suffirait simplement de ne plus s'en servir pour ne plus avoir à en porter le fardeau ! Alors, fière, elle hausse le menton, tâchant de cacher l'éventuelle panique ou excitation qu'elle pourrait ressentir.

    Parles-en moi, dans ce cas. Explique moi. À vrai dire, elle ne se figure pas bien ce qu'il y a à expliquer ou non. Elle imagine que faire marche arrière est impossible, mais la magie n'est pas subie, elle est pratiquée... Non ? Je veux savoir me défendre, Elizabeth. Elle marque une pause, l'air grave et inquiète de ce qui va suivre. Je veux pouvoir me promener dans la forêt sans craindre qu'une créature monstrueuse ne m'agresse ; parce que je saurai réppliquer. Et par dessus tout, je souhaite pouvoir venir en aide aux blessés durant les batailles, à ce qui souffrent et que la médecine traditionnelle ne peut guérir. Rendre sa superbe aux soldats qui risquent leur vie tous les jours, et le sourire aux enfants au genou écorché. Elle a tout dit d'une traite, déterminée, et à la fois très excitée. Ce plan lui plaît, beaucoup, énormément. Savoir qu'elle aurait littéralement le pouvoir d'atteindre son rêve et ses objectifs... C'est l'idée la plus folle et pourtant la plus chère qu'elle n'ait jamais eu.
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